Les relations entre Israël et le reste du Moyen Orient pourraient s’améliorer si la population arabe de l’Etat juif avait le droit de travailler dans d’autres parties de la région, a suggéré cette semaine un important journaliste saoudien.

Pendant un entretien accordé à l’Institut Hudson, un think-tank de Washington, Abdulrahman al-Rashed, ancien rédacteur du quotidien panarabe Asharq al-Awsat et ancien directeur général de la chaîne saoudienne Al Arabiya, a déclaré qu’une initiative de travail pourrait apaiser les tensions en l’absence d’un accord de paix avec les Palestiniens.

Al-Rashed a également souligné qu’un tel projet ne serait qu’une mesure temporaire, et ne remplacerait pas une solution adéquate au conflit. Il ne pourra pas y avoir de relations officielles entre Israël et l’Arabie saoudite tant qu’un accord de paix ne sera pas conclu avec les Palestiniens, a-t-il déclaré.

L’Arabie saoudite a été l’élément moteur de l’Initiative de paix arabe de 2002, qui appelle à une normalisation des relations du monde arabe avec Israël en échange d’un accord de paix avec les Palestiniens qui comprend un retrait israélien total de terres conquises pendant la guerre des Six Jours en 1967, et une solution au problème des réfugiés palestiniens.

« Si la question est, précisément, que peut-il être fait pour l’instant, avant la résolution du conflit, pour améliorer la connectivité, une nouvelle étape pourrait être que l’Arabie saoudite lève officiellement l’interdiction de visas de travail pour les citoyens arabes d’Israël, et qu’Israël accueille et promeuve le déploiement professionnel des Arabes israéliens dans tous les pays arabes », a déclaré al-Rashed à Joseph Braude, selon le site d’informations Ynet.

Le prince Turki al-Faisal d'Arabie Saoudite et le général (retraité) Yaakov Amidror, ancien conseiller à la sécurité nationale du Premier ministre Benjamin Netanyahu, échangent sur la scène de l'Institut de Washington, le 5 mai 2016. (Crédit : capture d'écran Washington Institute)

Le prince Turki al-Faisal d’Arabie Saoudite et le général (retraité) Yaakov Amidror, ancien conseiller à la sécurité nationale du Premier ministre Benjamin Netanyahu, échangent sur la scène de l’Institut de Washington, le 5 mai 2016. (Crédit : capture d’écran Washington Institute)

Il a déclaré que l’Arabie saoudite pourrait encadrer une telle mesure au bénéfice des Palestiniens « de chaque côté de la Ligne verte », la délimitation entre Israël et la Cisjordanie. De plus, a-t-il déclaré, les arabes qui ont été embauchés dans des pays du Golfe pourraient être un « pont humain » entre Israël et le reste de la région, « permettant au fur et à mesure des partenariats entre des populations plus importantes des deux côtés. »

De tous les pays du monde arabe, Israël n’a de relations officielles qu’avec l’Egypte et la Jordanie. Il y a 1,7 million de citoyens arabes en Israël, qui représentent un peu moins de 21 % de la population totale de 8,5 millions d’habitants du pays.

Al-Rashed a également remis en cause la logique d’interdire aux Arabes israéliens de travailler dans le reste de la région en raison de leur citoyenneté uniquement israélienne. Il a cité l’exemple de nombreux juifs israéliens qui ont une double nationalité car eux ou leurs ancêtres sont nés à l’étranger, et qui peuvent utiliser leur citoyenneté non israélienne pour travailler dans d’autres pays du Moyen Orient.

« Dans la même veine, beaucoup d’entreprises israéliennes exportent déjà des produits sur les marchés arabes en passant par des entités étrangères, alors que les agriculteurs arabes d’Israël ne peuvent pas vendre leurs tomates sur le marché du Golfe », a-t-il déclaré.

Le journaliste saoudien a cependant prévenu que, même si la sensibilisation des arabes d’Israël devrait être laissée à la Ligue arabe, l’organisation « a historiquement été l’arène de la résistance à la normalisation. »

Différents médias ont rapporté des discussions secrètes entre Israël et des puissances arabes, qui en sont venues à voir l’Etat juif comme un allié possible contre ce qu’ils considèrent comme une menace bien plus importante : l’Iran et ses aspirations régionales.

En juillet, le Dr Anwar Eshki, général saoudien retraité, s’était rendu en Israël avec une délégation d’universitaires et d’hommes d’affaires pour encourager la discussion sur l’Initiative de paix arabe saoudienne.

Le futur directeur général du ministère des Affaires étrangères Dore Gold et l'ancien conseiller du gouvernement saoudien Anwar Eshki à Washington, le 4 juin 2015 (Crédit : Groupe Debby Communications)

Le futur directeur général du ministère des Affaires étrangères Dore Gold et l’ancien conseiller du gouvernement saoudien Anwar Eshki à Washington, le 4 juin 2015 (Crédit : Groupe Debby Communications)

La délégation dirigée par Eshki avait rencontré Dore Gold, qui était alors le directeur général du ministère des Affaires étrangères, le major-général Yoav Mordechai, coordinateur des activités du gouvernement dans les territoires (COGAT) et plusieurs députés de l’opposition.

Une visite telle que celle d’Eshki, qui a été un conseiller du gouvernement saoudien, est extrêmement rare. « Même si ce n’était pas une visite officielle, elle était très inhabituelle, puisque Eshki n’aurait pas pu se rendre en Israël sans l’approbation du gouvernement saoudien », avait écrit un journal.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a lui aussi souvent parlé des relations confidentielles croissantes avec les pays arabes, même si des experts ont prévenu que les chances de normalisation des relations avant la conclusion d’un accord de paix avec les Palestiniens sont faibles.

La semaine dernière, le secrétaire d’Etat américain sortant John Kerry avait catégoriquement déclaré qu’il n’y aura « pas d’avancée ou de paix avec le monde arabe sans progrès sur le sujet palestinien. Chacun doit comprendre cela. »