Des juifs et de musulmans ont conduit une prière commune pour le retour en bonne santé des trois adolescents israéliens enlevés il y a cinq jours. La prière s’est tenue près du lieu de leur enlèvement dans le sud de Jérusalem, jeudi.

Une vingtaine de résidents juifs du Gush Etzion et des rabbins sont arrivés au point où les officiels croient que les ravisseurs ont emmené les trois étudiants de la yeshiva après les avoir enlevés.

La prière était organisée par le forum Tag Meir, une organisation de terrain créée pour combattre le vandalisme nationaliste juif ciblant les Palestiniens.

D’importants rabbins et des personnalités publiques étaient présents, y compris l’ancien ministre Meimad, le rabbin Michael Melchior ;l’éducateur, le Rabbin Yoel Bin Nun des alentours d’Alon Shvut ; Hadassah Froman, la veuve du rabbin et de l’activiste de paix Menachem Froman de l’implantation de Tekoa. Tous ont récité des psaumes ou ont parlé lors de l’événement, en compagnie d’une poignée de musulmans.

« Notre cœur est déchiré en ce moment, mon cœur va pour les mères de ces enfants » a déclaré le cheikh Ibrahim Al Hawa du quartier de Jérusalem d’A-Tur sur le mont des Oliviers, avant de réciter le premier chapitre du Coran, la Fatiha.

« Il y a un mur entre nos deux nations, et nous espérons enlever les murs qui séparent les cœurs des humains… nous prions que Dieu fasse revenir ces jeunes à leurs mères le plus rapidement possible, à la grâce de Dieu », a-t-il ajouté en arabe.

Melchior a déclaré au public qu’il avait parlé aux membres du clergé islamique qui avaient exprimé leur préoccupation au sujet du sort des jeunes, exigeant leur libération immédiate « sans le moindre délai ni négociation ».

« Les Israéliens ne sont pas les seuls bouleversés, mais les Palestiniens le sont aussi. Ils ont l’impression qu’un crime a été commis. Tout ce qu’il reste à faire est de prier pour la pitié de Dieu », a déclaré Melchior.

Ce sentiment a été exprimé par Ziad Sabatin, un activiste palestinien pour la paix âgé de 42 ans qui vient du village de Husan, à l’ouest de Bethléem.

« Toute personne ayant la foi devrait être ici aujourd’hui », a déclaré Sabatin au Times of Israel. L’humain est plus sacré que la terre ».

Pour un moment, le seul Palestinien présent au rassemblement, Sabatin était déçu par ce qu’il ressentait comme un manque d’empathie israélien pour les centaines de prisonniers palestiniens en grève de la faim depuis 55 jours. « On doit prendre en compte ces personnes », a-t-il dit.

Si Tag Meir mène généralement des manifestations sur des sites d’attaques de haine par des extrémistes juifs, le fondateur du groupe, Gadi Gevaryahu, a expliqué qu’il ne pouvait pas rester sans rien faire « alors qu’une nation entière est en pleurs ».

« Pendant presque trois ans, nous nous sommes rendus dans différents endroits où des attaques ont eu lieu, condamnant les crimes de haine et le racisme », a déclaré Gevaryahu au Times of Israel. « C’est également un crime de haine et nous ne pouvons pas rester silencieux. C’est notre devoir d’être ici ».

Eliaz Cohen, un poète israélien et un activiste de paix habitant à proximité du kibboutz Kfar Etzion, a affirmé qu’il espérait que la prière commune commencerait le processus de cicatrisation pour les deux peuples.

« Je suis venu ici pour surprendre Dieu, pour le rendre heureux », a déclaré Cohen. « Nous [les juifs et les musulmans] prions le même Dieu, mais cela fait longtemps qu’Il ne nous a pas entendus prier ensemble ».

Dimanche, Cohen a déclaré que des résidents juifs et palestiniens de la zone se sont rencontrés dans un champ local qu’ils cultivent ensemble dans le cadre d’un projet coopératif appelé « Shorashim/Judhur », les mots hébreu et arabe pour racines, en débattant de la situation pendant sept heures d’affilée.

Les Palestiniens ont expliqué à leurs amis des implantations qu’ils ne dorment pas depuis l’enlèvement, « comme si c’était nos propres enfants ».

« Pour nous [les juifs], c’est important de sortir des tranchées et de regarder dans les yeux des autres », a-t-il déclaré. « Se débarrasser de notre propre intimité, c’est le début de notre guérison ».

Cohen a cité le passage de la Torah récité dans les synagogues samedi dernier où les douze espions retournent vers Moise après avoir exploré la terre d’Israël.

« La question n’est pas de savoir si la terre est bonne ou non, parce que cette terre est à la fois ‘très bonne’ et elle dévore ses habitants », a-t-il expliqué. « Si le Seigneur est content de nous, il nous conduira vers la terre », a continué Cohen, citant le Livre de Nombres. « Je dis cela au nom de deux peuples. Quelque chose émanant d’ici va semer les graines d’une nouvelle langue ».