Ils étaient Juifs allemands, russes ou polonais, choisirent de se battre pour la France et finirent broyés par le régime de Vichy durant l’occupation allemande, déportés, internés ou contraints à la clandestinité.

Une exposition inédite rend hommage depuis mardi au Mémorial de la Shoah à Paris à ces milliers de volontaires juifs étrangers qui rejoignirent dans un même élan les rangs de l’armée française en 1914 ou 1939 au nom de la liberté et de la lutte contre la « barbarie ».

Le secrétaire d’Etat chargé des Anciens combattants, Kader Arif, a salué la mémoire de ces hommes qui « menèrent le combat de la France » et montrent l’exemple, 100 ans plus tard, « au moment où on remet en cause les valeurs de tolérance ».

« Cette page trop souvent méconnue vient battre en brèche le lieu commun d’une soi-disante passivité des juifs », a ajouté le président du Mémorial, Eric de Rotschild, lors de l’inauguration.

L’exposition lève aussi un voile douloureux sur le destin de nombre d’entre eux, pris au piège de l’occupant nazi et de zélés collaborateurs français.

Une photo cristallise le drame qui se dessine alors : le regard accusateur, l’ancien combattant Victor Fajnzylberg, qui a perdu une jambe en 1914-18, fixe l’objectif, appuyé sur deux lourdes béquilles et flanqué de ses deux enfants. Sur le revers de son veston, deux médailles militaires. Sur la robe de sa petite fille, une étoile jaune, dont le port a été imposé aux Juifs par les occupants nazis.

Il joindra cette photo à une lettre, adressée au maréchal Pétain, chef du régime de Vichy durant l’occupation allemande, pour demander la libération de son épouse, prise au piège de la rafle du Vél’ d’Hiv en juillet 1942, plus grande arrestation massive de Juifs en France pendant la Seconde Guerre mondiale. Pour seule réponse, la police viendra l’arrêter à son tour. Les époux Fajnzylberg, tous deux déportés au camp de concentration d’Auschwitz, ne reviendront jamais. Seuls leurs deux enfants ont survécu, cachés en France.

Comme 15 000 juifs étrangers, Icek Blikzylberg, né en Pologne en 1907 puis émigré à Paris, s’engage dans l’armée française dès la déclaration de guerre le 2 septembre 1939. Après la Débâcle de 1940, il est arrêté par la police française. Sur une assiette, il gravera les mots suivants, à l’attention de son fils : « Ne t’en sers que pour montrer la grande honte de la France ».

Régiments « ficelles »

Parmi les milliers de volontaires qui rejoignent la Légion étrangère en Afrique du nord, beaucoup se retrouvent affectés après 1940 à des travaux forcés, sous un soleil de plomb, pour la construction notamment d’une ligne ferroviaire transsaharienne. Ils ne pourront rallier la France libre ou des armées étrangères qu’après le débarquement allié du 8 novembre 1942 en Algérie.

A chaque guerre, leur incorporation n’avait déjà pas été des plus faciles. En 1914-18, les quelque 6 000 volontaires juifs étrangers sont la cible de préjugés antisémites d’hommes de troupe et d’officiers.

« Mais face au feu de l’ennemi, l’amalgame entre ces différents groupes va se réaliser de façon exemplaire », relève Olivier Lalieu, historien au Mémorial de la Shoah.

Déjà conséquent en 1914, l’afflux de volontaires étrangers – juifs et républicains espagnols notamment – devient massif en 1939. « La moitié d’entre eux seulement vont rester en métropole. Beaucoup seront envoyés dans la Légion étrangère en Afrique du nord parce que l’armée n’avait qu’une confiance limitée envers les ressortissants de puissances ennemies », note M. Lalieu.

Nombre de volontaires ne seront pas enrôlés en raison du manque d’officiers pour les encadrer et de logistique pour les envoyer sur le champ de bataille. Mal équipés, ils seront d’ailleurs bientôt surnommés les « régiments ficelles » en référence à leurs lanières de gourdes ou de casques improvisées.