Avant d’être un fervent bolchevique, Itzok Isaac Granich devenu Mickaël Gold, fut un enfant pouilleux du Lower East Side new-yorkais, descendant d’immigrés roumains.

Cette misère totale qu’il a voulu exposer au grand jour dans Juifs sans argent en 1932 devait servir à combattre le cliché du Juif capitaliste, explique François Forestier qui déniche pour l’Obs les trésors oubliés de la littérature.

La misère morale et matérielle est omniprésente. « Gold se souvient de la chèvre qui se vautre sur le trottoir, écrit Forestier, des Juifs pieux qui abominent le commerce, des prostituées qui fument la pipe, des cadavres gisant sur le pavé (« Deux joueurs qui se sont battus. – Ach! L’Amérique ! »), d’Ida, la mère maquerelle qui chantait entre deux passes, de la halva, des loukoum et des knishes de foie dévorés dans la rue… ».

Dans ce cloaque, voleurs et « saints » partagent les mêmes trottoirs. Et « quand vient l’orage, les habitants du quartier glapissent des anciennes prières des Hébreux pour le tonnerre, les éclairs, le pain et la mort ».

Gold, lui, s’est trouvé un nouveau prophète, Marx, et une nouvelle chapelle le parti communiste. Il en deviendra un fanatique partisan, jouant le rôle de gardien de la ligne idéologique auprès des camarades montrant à ses yeux un déficit de ferveur communiste.