Un adolescent portant de longues papillotes se frayait mardi soir un chemin dans la foule rassemblée devant la résidence privée de Jérusalem du Premier ministre Benjamin Netanyahu pour distribuer des autocollants « Kahane avait raison », mais il n’a trouvé que peu de preneurs.

Presque tout le monde en avait déjà.

Avec des slogans invoquant le rabbin extrémiste décédé et des panneaux jurant que l’avant-poste d’Amona « ne tomberait pas une nouvelle fois », un millier de manifestants de droite se sont rassemblés dans le centre de Jérusalem pour protester contre l’évacuation imminente de l’avant-poste, qui doit avoir lieu avant le 25 décembre.

« Amona restera à Amona et ne tombera pas », a déclaré à la foule sous les applaudissements Avichai Boaron, qui dirige la campagne de sauvegarde de l’avant-poste.

Avec un fort vent mais peu de pluie, les manifestants plutôt jeunes ont pesté contre les projets de démantèlement de l’avant-poste et de déplacement des 40 familles qui vivent sur une colline du centre de la Cisjordanie.

Le sujet a pesé sur le gouvernement ces derniers mois, des responsables tentant de trouver une solution pour ne pas déplacer les habitants de l’avant-poste et contenter la communauté des implantations, tout en menant à bien un ordre de la Haute cour de justice, qui a jugé que l’avant-poste était construit sur des terrains palestiniens privés.

De jeunes hommes juifs construisent une structure dans l'avant-poste d'Amona, en Cisjordanie, le 28 novembre 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

De jeunes hommes juifs construisent une structure dans l’avant-poste d’Amona, en Cisjordanie, le 28 novembre 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Amona est le plus grand de la centaine d’avant-postes, érigés sans autorisation du gouvernement mais généralement tolérés, qui parsème la Cisjordanie. En décembre 2014, après de multiples appels et reports, la cour a ordonné que l’avant-poste soit évacué dans les deux années suivantes, et pas plus tard que le 25 décembre 2016. Elle a déjà rejeté une demande de report du démantèlement de l’avant-poste de huit mois.

Le Premier ministre étant en déplacement à des milliers de kilomètres, en visite en Azerbaïdjan et au Kazakhstan, la foule a principalement ciblé la Haute cour.

« Ce sont les plus grands criminels de tous », a déclaré Matti Barnea, qui portait un T-shirt orange affirmant qu’il était un « colon de Givatayim », une banlieue de Tel Aviv.

« C’est notre foyer, vous devez vous battre pour votre foyer », a-t-il déclaré, rejetant le jugement qui affirme que les terrains appartiennent à des Palestiniens, et même la simple idée que des Arabes possèdent des terres quelque part en Israël.

« Amona est un symbole », a affirmé Haïm Goldberg, un manifestant de 16 ans qui vit dans un avant-poste. « Renoncer à Amona c’est renoncer aux autres endroits et on ne pourra plus stopper le mouvement. »

Des militants de droite manifestent contre le démantèlement imminent de l'avant-poste d'Amona, à Jérusalem, le 13 décembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Des militants de droite manifestent contre le démantèlement imminent de l’avant-poste d’Amona, à Jérusalem, le 13 décembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Ron Hoffman, de Jérusalem, qui portait un chapeau blanc « Make America Great Again », le slogan de campagne du président américain élu Donald Trump, dans une main, et un grand drapeau israélien dans l’autre, a accusé la Haute cour de « détruire le pays ».

« J’espère que la manifestation aidera à convaincre le gouvernement de ne pas déplacer Amona de quelques mètres », a-t-il déclaré, dans une rue couverte de tracts appelant à la fin de la « dictature » de la Haute cour.

« Il faudrait remplacer les juges de la Cour suprême qui ont pris des décisions biaisées à gauche », a accusé Israël Evenchen, un manifestant de 61 ans.

La police était massivement déployée autour de la manifestation, dans un contexte de craintes de violence pendant l’évacuation de l’avant-poste, comme cela avait été le cas en 2006, pendant une opération de destruction de neuf maisons de l’avant-poste, qui avait entraîné d’importants affrontements entre habitants et forces de sécurité.

Micky Rosenfeld, porte-parole de la police, a déclaré que 150 policiers sécurisaient l’évènement, et qu’il n’y avait pas eu de violence. Il n’a toutefois pas écarté la possibilité d’incidents une fois la manifestation terminée.

« Il n’y a pas eu de problèmes jusqu’à présent. Espérons qu’il n’y en aura pas, mais nous verrons », a-t-il déclaré.

Pendant que les orateurs promettaient que l’avant-poste ne serait pas évacué, le présentant comme un microcosme représentant tout le mouvement des implantations, peu ont mentionné explicitement les projets de résistance à l’opération, dont des appels des habitants d’Amona à venir défendre l’avant-poste.

Des militants de droite manifestent contre le démantèlement imminent de l'avant-poste d'Amona, à Jérusalem, le 13 décembre 2016. (Crédit : Joshua Davidovich/Times of Israël)

Des militants de droite manifestent contre le démantèlement imminent de l’avant-poste d’Amona, à Jérusalem, le 13 décembre 2016. (Crédit : Joshua Davidovich/Times of Israël)

« Nous espérons qu’il n’y aura pas d’évacuation, mais s’il y en a une, nous vous demandons d’être avec nous, a déclaré Boaron. Vous êtes notre force. »

Au même moment, les dirigeants des implantations s’opposaient résolument à tout projet pour déplacer Amona, alors que le ministre de l’Education, Naftali Bennett, avait annoncé la veille qu’il avait conclu un compromis avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu pour permettre aux habitants de déménager vers un terrain adjacent à l’emplacement actuel de l’avant-poste.

« Toute négociation en Israël qui parle de déplacer des juifs ne réussira pas », a déclaré Daniella Weiss, une des dirigeantes du mouvement des implantations.

« Nous n’abandonnerons aucune colline », a-t-il ajouté, jetant le doute sur les promesses du gouvernement de leur permettre de construire des maisons sur un autre emplacement proche.

Avishai Wasstertsug, lycéen de la ville de Yad Binyamin, dans le sud d’Israël, a déclaré qu’il espérait que la manifestation montrerait au gouvernement « la vraie voix du peuple ».

A présent, les partisans d’Amona parient sur une demande de l’Etat auprès de la Haute cour pour reporter d’un mois l’évacuation, ou de manière permanente.

Les avocats de l’Etat devaient demander à la Haute cour de justice un report d’un mois, le Premier ministre ayant déclaré qu’un tel délai était nécessaire pour préparer des solutions de relogement temporaires pour la quarantaine de familles qui doit être expulsée à l’occasion du démantèlement.

Ces dernières tentatives pour empêcher l’évacuation surviennent après le vote en première lecture à la Knesset la semaine dernière d’un projet de loi dit de régulation, qui légaliserait les implantations construites sur des terrains palestiniens. La clause qui aurait assuré la reconnaissance d’Amona et ainsi contourné le jugement de la Cour avait été retirée du projet de loi.

S’adressant à une foule diminuée par la bruine froide, le rabbin Yair Frank, dirigeant spirituel de l’avant-poste, a présenté ses voisins et lui-même comme « les habitants permanents », vivant dans des maisons et pas dans des caravanes qui parsèment actuellement la colline proche de Ramallah.

« Nous sommes implantés dans le sol, a-t-il déclaré. Nous sommes mariés à cette colline. »

Raoul Wootliff, l’équipe du Times of Israël et l’AFP ont contribué à cet article.