TEL AVIV – Un adjectif est utilisé plus que tout autre pour décrire Moshe Kahlon : modeste.

Mais si les célébrations post-électorales de son parti Koulanou ont en effet commencé de cette façon mardi soir – avec seulement quelques dizaines de partisans dans une grande salle à moitié vide – une fois que Kahlon est arrivé, elles pourraient être décrites tout autrement.

Dès l’instant où le chef du parti est sorti de sa voiture, il fut entouré par ses partisans, des journalistes et les autres candidats désireux de fêter les dix sièges donnés à Koulanou par les estimations électorales à l’issue du scrutin.

Avant que Kahlon n’arrive au QG de sa campagne, l’acclamation que ses partisans répétait sans cesse était « Hou hah! Qui est-ce qui vient ? Le prochain ministre des Finances ! »

Mais après l’entrée de Kahlon dans la salle, le slogan est devenu beaucoup plus optimiste : «  »Hou hah! Qui est-ce qui vient ? Le prochain Premier ministre ! »

C’est peut-être prendre leurs désirs pour la réalité, mais l’idée même que cela puisse être une éventualité évoque le long et impressionnant chemin de Kahlon depuis la petite ville côtière de Givat Olga jusqu’à la direction de ce que ses partisans appellent « le parti politique le plus important de l’élection ».

Kahlon a grandi dans une famille de sept enfants dont les parents ont immigré de Tripoli, en Libye. Sa sœur Leah Abutbul se souvient que bien que la famille était pauvre et la ville touchée par la criminalité, leur père Yehuda a insisté sur l’importance de l’éducation et du travail acharné.

« Je veux que vous réussissiez, avait-il l’habitude de leur dire, afin que vous n’ayez pas à faire un travail comme le mien : un travail physique. »

Quand il était adolescent, son père, un travailleur du bâtiment, s’était cassé le dos contraignant le jeune Moshe à travailler, en vendant du poisson au marché local pour soutenir financièrement la famille.

« Il a grandi dans la misère, dit Yaffit Techouva, une résidente de Givat Olga qui connait Kahlon depuis sa naissance, et regardez ce qu’il a accompli. Je lui dis ‘Bravo’ « .

« Il connaît le manque, affirme sa soeur. Personne n’a pas besoin de lui expliquer ce que c’est. Il l’a vécu. A partir de cela, vous développez des sentiments de compassion et d’altruisme. »

Dans son discours devant les centaines de partisans qui ont participé mardi soir au rassemblement du parti Koulanou , Kahlon a expliqué tout cela. « Nous allons prendre soin de la classe moyenne, a-t-il promis. Nous allons prendre soin des couches les plus faibles [de notre société]. »

Beaucoup n’ont pas compris l’accent mis sur « l’autre » et sur la classe ouvrière. « Des gens nous ont dit pendant la campagne : ‘Ne soyez pas un parti pour les pauvres.’ Quoi ?! Nous sommes leur espoir. »

Michael Oren, numéro 4 sur la liste de Koulanou, a qualifié le discours de Kahlon d’ « incroyable moment de la politique israélienne ».

« C’était un moment qui rappelle Kennedy » a dit l’immigrant américain et ancien ambassadeur aux États-Unis nommé par Netanyahu .

Oren a également souligné les débuts difficiles de Kahlon comme la source de la mission de son parti.

« Kahlon est parti de rien », a déclaré Oren. Et il en est de même du parti, qui n’existait pas jusqu’à l’année dernière.

« Nous n’avions même pas de café », a plaisanté ce natif du New Jersey.

« Comme quelqu’un qui est aussi venu dans ce pays avec rien », Oren, qui a lui-même immigré en Israël en 1977, voit également cette mission socio-économique dans le cadre de l’identité d’Israël.

« C’est une responsabilité inhérente à l’Etat juif de s’occuper des pauvres », a-t-il expliqué.

Lorsqu’on lui demande comment son expérience d’ambassadeur aux États-Unis lui permettra d’aider son parti à atteindre ses objectifs économiques, Oren fit une pause.

« Tout le monde dans le parti y contribue d’une certaine façon. Et à long terme, si vous créez une économie robuste, vous avez besoin d’une bonne communication avec le monde extérieur », a-t-il répondu.

Et c’est là, dit Oren, que je peux entrer en jeu.

Michael Oren et Elie Alalouf (g) au QG à Tel Aviv - 17 mars 2015 (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israel)

Michael Oren et Elie Alalouf (g) au QG de Tel Aviv, le 17 mars 2015 (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israel)

Kahlon a déclaré à ses partisans qu’il fallait se soucier de ce qui se passe entre les Etats-Unis, Israël et l’Etat islamique, mais que « notre vie ici n’est pas moins importante ».

« Il s’agit de la première élection basée sur le social depuis 1977 », a-t-il affirmé, faisant référence à la campagne de Menachem Begin pour affranchir la communauté sépharade –  qui lui a valu de diriger le premier gouvernement de droite depuis la création de l’Etat d’Israël.

« Nous nous engageons à combattre, a conclu Kahlon, et à gagner. »

A l’issue du discours de Kahlon, les neuf autres candidats restants qui devraient entrer à la Knesset ont été appelés sur scène.

Après les étreintes, les applaudissements et les photos, la soirée devait se terminer avec l’hymne national, la Hatikva.

Mais apparemment, le parti – qui naguère n’avait pas de café – n’a maintenant pas de système de sonorisation en état de marche.

Ainsi, après avoir attendu que la musique commence, Rachel Azaria, l’adjointe au maire de Jérusalem et numéro cinq sur la liste, a pris les choses en main.

Azaria, qui était la plus proche du podium, a pris le micro et a commencé à chanter. Sa voix était tremblante, et pas nécessairement aux normes professionnelles, mais pour un parti naissant qui peut néanmoins déterminer qui sera le prochain Premier ministre d’Israël, cela était approprié.