Quand il s’agit de critiquer la coalition, la députée de Yesh Atid Karine Elharar, qui se décrit elle-même comme « une opposante du cœur », ne se retient pas.

Elharar pense que le discours public de la Knesset actuelle est plus haineux et inflammatoire que ces dernières années, même pour les politiciens israéliens, connus pour être combatifs.

Elle dit que le projet de loi controversé sur les ONG de la ministre de la Justice, qui étiquètera les organisations des droits de l’Homme financées principalement par des gouvernements étrangers, pourrait « brûler des liens internationaux », et n’a « pas de mot positif à dire » à propos du projet de loi similaire sur « les taupes agents de l’étranger » du député Likud Yoav Kisch.

Elle maintient aussi que l’ONG Breaking the silence a perdu sa voie – bien qu’elle déclare que certaines de leurs affirmations contre les soldats de l’armée israélienne sont probablement vraies – et souligne que la législation proposée pour fermer tous les commerces à Shabbat est un désastre.

Mais quand on lui demande si la démocratie israélienne est en danger, la députée roule des yeux sans s’excuser.

« Je suis une grande croyante en l’Etat d’Israël, et je n’ai pas perdu espoir. Je pense que c’est une vague difficile, mais nous résisterons et resterons un État démocratique », dit-elle.

Parlant au Times of Israel dans son bureau de la Knesset, Elharar, autrefois empathique et très directe, est d’avis que la Knesset est de plus en plus divisée le long de lignes partisanes. Elle dit que l’opposition est trop fracturée pour s’unir contre l’étroite coalition et écarte catégoriquement l’option de rejoindre le gouvernement actuel.

Elharar, qui est liée à son fauteuil roulant et souffre de dystrophie musculaire, dit également qu’Israël bat les Etats-Unis pour les services aux personnes handicapées, mais est loin derrière des pays comme le Canada ou la Suède. Sa priorité législative du moment est de sécuriser la reconnaissance par l’état des familles d’accueil. Et aux juifs de diaspora, son message est : « ne nous abandonnez pas ».

« Vouloir être Ally McBeal »

Elharar, 38 ans, qui est entrée à la Knesset en 2013, a déclaré qu’elle n’a jamais rêvé d’être députée – elle voulait être « Ally McBeal ». Né dans une « famille de classe moyenne classique » à Holon, dans le centre du pays, elle a décidé à 13 ans de faire carrière dans le droit.

Après avoir été diplômée de l’université de droit, Elharar a été bénévole dans une organisation locale d’assistance juridique, et là, dit-elle « j’ai découvert ‘l‘autre’ », autrement dit l’Israël pauvre. « Ils n’étaient pas dans mon quartier, ou s’ils y étaient, je ne les ai pas vus. Je vivais dans cette bulle agréable », dit-elle.

“Et là je me suis dit que j’avais deux options. Je pouvais être avocate dans un bureau situé dans une grande tour avec vue sur la mer, et alors je rendrais quelqu’un de riche un peu plus riche. Ou je pouvais vraiment changer la vie des gens ». Elharar a aussi travaillé à l’université Bar-Ilan pendant plusieurs années, et c’est son « étudiant le plus célèbre » qui l’a plus tard présentée à Yair Lapid : l’ancien ministre de l’Education et ancien membre du parti Yesh Atid, Shai Piron.

Quand il a créé le parti Yesh Atid, Lapid l’a appelé et a dit « je me souviens de vous, que vous voulez changer le monde », dit Elharar. Elle a rejoint le parti.

Yesh Atid Knesset candidates, from left, Rina Frenkel, Ruth Calderon, Karin Elharar (in chair), Aliza Lavie, Yair Lapid, Yael German, Adi Kol, Yifat Kariv and Penina Tamnu-Shata. (photo credit: Yossi Zeliger/Flash90

Les candidats à la Knesset du parti Yesh Atid, de gauche à droite : Rina Frenkel, Ruth Calderon, Karin Elharar (en fauteuil), Aliza Lavie, Yair Lapid, Yael German, Adi Kol, Yifat Kariv et Penina Tamnu-Shata. (Crédit : Yossi Zeliger/Flash90

Maintenant mariée et mère d’un garçon de deux ans, Elharar dirige la commission de contrôle de l’Etat à la Knesset, qui examine la mise en place des recommandations des rapports du contrôleur de l’Etat, couvrant tout de la surveillance de l’arrachage des arbres de la corporation électrique israélienne à l’état de préparation du front intérieur pour la guerre (sur celui-ci, elle note : « Le front intérieur n’est pas prêt. Point. » Et s’il y a une guerre demain ? « Alors bonne chance. J’espère que chacun sait comment prier, et a quelqu’un qui lui répond ».)

Dans les priorités de son agenda figure un projet de loi qui donnerait un statut légal aux familles d’accueil en Israël, y compris les proches.

Le projet de loi est actuellement en préparation pour ses deuxième et troisième lectures. « En Israël, c’est intéressant, comparé au monde, 80 % des enfants sont dans des institutions [sociales] et seulement 20 % en famille d’accueil. Dans le monde, c’est précisément le contraire », dit-elle.

« Le domaine le plus problématique est les parents d’accueil qui sont aussi des membres de la famille. Cela arrive beaucoup, mais ils ne sont pas reconnus. Personne ne va être une famille d’accueil seulement pour la somme d’argent ridicule, qui arrive tard et est vraiment absurde, et ne subvient pas du tout aux besoins… mais si la famille nucléaire, biologique, dit qu’ils vont le faire, c’est bien pour les enfants de rester dans leur environnement naturel… soutenons-les ».

La députée de Yesh Atid Karine Elharar à l'université de Tel Aviv, le 24 novembre 2015. (Crédit : Tomer Neuberg/FLASH90)

La députée de Yesh Atid Karine Elharar à l’université de Tel Aviv, le 24 novembre 2015. (Crédit : Tomer Neuberg/FLASH90)

Elharar défend aussi les Israéliens avec des handicaps, mais déclare que « indépendamment de quelle législation passe, au final, ce qui fait vraiment une différence est l’attention et [briser] les stigmatisations ». Et les stigmatisations existent toujours, dit-elle.

« Comparée au Canada, la situation est vraiment terrible. Comparée aux Etats-Unis, la situation est moyenne », dit-elle des services fournis aux personnes avec des handicaps et de l’accessibilité. « Notre loi est super, mais la mise en place est problématique ».

« Et nous n’aspirons même pas au Canada, nous aspirons à la Suède. Là-bas, c’est vraiment une utopie ».

« Un discours violent, irrespectueux »

Elharar a récemment fait les gros titres après que le député du Likud Oren Hazan se soit moqué de son handicap et ait accusé un député qui l’aidait de double vote.

En réponse, Elharar a crié à travers la plénière : « ordure », et « meurs ». (Hazan a ensuite porté plainte auprès de la commission d’éthique contre Elharar, qui a été rejetée par la commission, alors que le nouveau député Likud a été suspendu pour un mois sous une flopée de plaintes).

Elharar dit qu’elle a surmonté l’altercation, mais maintient que les remarques de Hazan sont symptomatiques d’un état affairiste où les députés sont volontairement provocateurs pour faire les gros titres.

« Il y a un discours qui est certainement violent, irrespectueux, dit-elle. La discussion entre les membres de la Knesset est dure ».

Le député Oren Hazan assiste à une réunion de la commission des Finances de la Knesset, le 8 juin 2015. (Crédit photo: Miriam Alster / FLASH90)

Le député Oren Hazan assiste à une réunion de la commission des Finances de la Knesset, le 8 juin 2015. (Crédit photo: Miriam Alster / FLASH90)

« Et il y a un sentiment, au moins le mien, et plusieurs autres députés [le ressentent aussi], que si vous ne dites pas quelque chose de choquant, les médias ne le couvriront pas. Et ensuite il y a donc ‘une course’ à celui qui dira la chose la plus choquante, une sorte de Big Brother, dit-elle, faisant référence à l’émission de téléréalité. D’autre part, je veux toujours espérer que bien que le Premier ministre affronte des problèmes de survie politique avec sa très étroite coalition, il ne laissera quand même pas passer une législation super nuisible, comme le projet de loi sur les ONG, qui peut brûler des liens internationaux, comme la loi ‘taupes d’agents étrangers’, sur laquelle je n’ai aucun mot positif à dire, pas même un seul ».

Les alliances transpartisanes persistent à la Knesset, dit-elle, pointant ses liens personnels avec David Bitan, du Likud, Yishak Cohen, du Shas, Uri Maklev, de Yahadut HaTorah, et Merav Ben-Ari, de Koulanou.

« Vous pouvez vous asseoir en plénière pendant des heures et crier, et affronter les autres, et au final chacun quitte la pièce et on boit le café ensemble, dit-elle, et pourtant cela arrive moins que dans les Knesset précédentes, même la dernière. Cela devient plus politique que ça ne l’était ».

En ce qui concerne l’opposition, Elharar maintient qu’elle est trop fracturée, entre Yisrael Beytenu à droite, et la Liste arabe unie, pour être efficace, mais elle écarte néanmoins de rejoindre la coalition actuelle.

« Nous étions dans une coalition sous le Premier ministre Bibi Netanyahu », ajoute-t-elle, faisait référence au dernier gouvernement, qui est tombé quand Netanyahu a limogé son ministre des Finance d’alors, Yair Lapid, puis la ministre de la justice, Tzipi Livni.

« Cela ne marchait pas si bien », dit-elle en anglais, en riant.

« Critiquer l’armée est la bonne chose à faire »

Tandis qu’Elharar se positionne elle-même légèrement à la gauche de son parti centriste, elle s’en tient à la ligne du parti en critiquant Breaking the silence, une organisation qui documente les exactions présumées des soldats de l’armée israélienne contre les Palestiniens.

« A mes yeux, critiquer les activités de l’armée israélienne est la bonne chose à faire. Nous avons toujours dit ‘nous sommes l’armée la plus morale du monde’, et nous voulons rester ainsi. Et je pense qu’il est bon que les soldats, qui ont des visages, qui ont des noms, s’avancent et témoignent sur ce qui a été incorrect », dit-elle.

Mais les critiques doivent être adressées à un public israélien, plutôt qu’à l’ONU et à l’Union européenne, dit-elle.

« Prenez la ministre des Affaires Etrangères de la Suède. Je ne vais pas me promener main dans la main avec elle dans la Vieille Ville et dire : ‘Regardez, vous voyez cette maison. Ici, chaque année, quand il y a un match de football, ils attachent les Palestiniens dans les chambres, et les soldats regardent le match’, dit-elle, faisant référence à une accusation. Il est possible que ce soit arrivé, je ne dis pas que ce n’est pas le cas. C’est probablement arrivé. Mais je ne pense pas que cela arrive de manière répétée ».

Une conférence d'un membre de Breaking The Silence (Crédit : Gili Getz)

Une conférence d’un membre de Breaking The Silence (Crédit : Gili Getz)

Elharar – qui dit qu’il est dur pour elle de juger les « activités guerrières complexes » de l’armée israélienne, n’y ayant pas servi – maintient qu’il y a probablement des cas « horribles ».

« Mais je pense que premièrement, il est très facile de critiquer depuis le confort de la Knesset ou d’un café de Tel Aviv. Et deuxièmement, si vous critiquez déjà, et que c’est correct, alors faites-le depuis un endroit où vous pouvez améliorez les choses. Donc… même moi je pense que Breaking the silence est une organisation qui a en quelque sorte perdu la direction que les fondateurs voulaient lui donner. Et c’est dommage ».

« Ne nous abandonnez pas »

Pendant qu’elle était aux Etats-Unis pour obtenir son diplôme de droit d’une université américaine, Elharar dit qu’elle a senti que la communauté juive américaine « s’éloignait » d’Israël, que « nous ne sommes pas eux ».

« Je veux leur dire de ne pas nous abandonner », dit-elle.

« A la fin de la journée, nous sommes une nation. Ne nous abandonnez pas. Pas dans le sens où j’appelle tout le monde à venir en Israël. Mais je pense qu’il y a tellement de choses qui nous lient, qui nous unit, que cela serait… très douloureux » s’il y avait une division profonde entre les Israéliens et les juifs à l’étranger, dit-elle.

Yesh Atid travaille pour assurer qu’Israël reste l’état de « tous les juifs », ajoute-t-elle. Donc, conclut-elle ironiquement, oubliez les projets de rupture pour le moment.