WASHINGTON — Le représentant du Minnesota Keith Ellison a promis mercredi de d’abandonner son siege au Congrès s’il remporte la course au poste de président du comité national du parti Démocrate (DNC), supprimant l’une des plus importantes objections internes soulevées contre sa candidature. Et ce, six jours après que l’ADL (Anti Defamation League) ait estimé que les propos qu’il a tenu sur Israël le « disqualifient » pour la fonction.

“J’ai décidé de démissionner en tant que membre du Congrès si je remporte l’élection à la présidence du DNC”, a annoncé Ellison dans une déclaration. “Quiconque remportera ce scrutin devra faire face à beaucoup de travail, devra voyager, organiser, et lever des ressources. Je pourrais ainsi consacrer toute mon énergie pour relever ce défi”.

Cette déclaration d’intention d’Ellison survient alors que de plus en plus de voix émanant de responsables du DNC, présents et passés, ainsi que de groupes appartenant au parti Démocrate, comme le Conseil démocrate juif national, affirment vouloir que le prochain président puisse assumer sa fonction à plein temps.

“En tant qu’ancien militant du DNC et en tant que membre élu au sein de ce comité depuis plus de 19 ans, je suis convaincue que cette élection doit se pencher sur l’avenir du parti et pas sur les positions adoptées par une seule personne”, a déclaré lundi au Times of Israel Susan Turnbull, ancienne vice-présidente du DNC et ancienne dirigeante du Conseil Juif pour les Affaires publiques.

“Pour moi, ceux qui ont déjà un mandat d’élu sont disqualifiés d’office en raison de la nature de la fonction qui exige une présidence à plein temps”, a-t-elle ajouté. « Si Ellison devait accepter de démissionner en cas de victoire, alors il doit être pris en considération comme n’importe qui d’autre”.

Alors qu’Ellison a précédemment indiqué qu’il était en mesure d’assurer deux fonctions simultanément, les membres du DNC avaient cherché à éviter la répétition d’un scénario similaire à celui qu’ils ont connu avec l’ancienne présidente, la représentante de Floride Debbie Wasserman Schultz.

Debbie Wasserman Schultz (photo credit: Courtesy)

Debbie Wasserman Schultz (photo credit: Courtesy)

Wasserman Schultz avait dû démissionner l’été dernier après que des courriels avaient fuité portant sur l’aide potentielle que pouvaient apporter à la candidature d’Hillary Clinton des membres du DNC face à son rival Bernie Sanders. Elle avait par ailleurs souvent été critiquée pour avoir placer ses intérêts politiques personnels avant ceux du parti.

Depuis la démission de Wasserman Schultz au mois de juillet, c’est Donna Brazile, la stratège de longue date des Démocrates, qui a assuré l’intérim.

La candidature d’Ellison à la tête du DNC a suscité un débat intense au sein de la communauté juive et pro-israélienne américaine sur les conséquences qu’aurait son ascension sur le parti démocrate en termes de position officielle sur Israël.

Ellison, premier musulman à avoir été élu au sein du Congrès, a été un critique véhément de nombreuses politiques mises en oeuvre par le gouvernement au sein de l’Etat juif à travers toute sa vie publique, de façon plus notable pour les implantations d’Israël et les réponses militaires jugées « féroces » de l’Etat juif au cours des périodes de conflit intense avec les Palestiniens.

Il avait également créé la polémique pour son association passée avec Nation of Islam et ses défenses répétées de son dirigeant, Louis Ferrakhan, taxé d’antisémitisme, et d’autres figures radicales.

Au cours de sa première campagne pour le Congrès en 2006, Ellison s’était excusé pour avoir échoué à « examiner les positions adoptées par Farrakhan de manière appropriée » et les avait reconnues comme étant antisémites.

Depuis l’annonce de sa candidature au poste de président, il a également insisté sur son soutien à Israël, expliquant que toute critique formulée était à considérer dans un cadre préalable d’amitié. Il a souligné son appui à une solution à deux Etats qui, dit-il, est dans l’intérêt des deux parties, évoquant son vote en faveur d’une somme de 27 milliards de dollars d’aide à Israël.

Le président d'ADL Jonathan Greenblatt prenant la parole lors de la conférence Never is Now  à  New York City,le 17 novembre  2016. (Crédit : ADL)

Le président d’ADL Jonathan Greenblatt prenant la parole lors de la conférence Never is Now à New York City,le 17 novembre 2016. (Crédit : ADL)

Mais la candidature d’Ellison au sein de la plus grande organisation-cadre du parti Démocrate s’est intensifiée cette semaine, lorsque l’ADL l’a critiqué pour des propos tenus il y a six ans et récemment révélés dans lesquels il sous-entendait que la politique étrangère américaine était dictée par les intérêts israéliens – un discours que le groupe de défense des droits civils juifs a considéré comme « disqualifiant ».

Ellison a répondu dans une lettre ouverte à l’ADL, expiquant que ses paroles avaient été “sorties de leur contexte” et que la bande audio de ce discours, donnée à un collecteur de fonds privé, avait été « modifiée de façon sélective ».

Les leaders juifs et les organisations ont été divisés de manière notable sur la candidature soumise par Ellison. Le donateur Haim Saban a stupéfait de nombreux membres du public réuni lors du Forum de Saban cette semaine en qualifiant le Démocrate du Minesotta de “clairement antisémite et anti-Israël”, qui “serait une catastrophe pour la relation entretenue entre la communauté juive et le parti Démocrate”.

D’autres l’ont toutefois défendu, dont le groupe libéral JStreet et le nouveau leader des minorités au Sénat Chuck Schumer, l’un des membres Juifs les plus éminents du Congrès.

“La récente vague d’attaques contre le représentant Keith Ellison portant sur son soutien à Israël et à la communauté juive doit cesser”, a indiqué JStreet dans un communiqué. « Il est temps de mettre un terme à la stratégie qui vise à réduire au silence tout officiel américain se présentant à un haut poste et qui a osé critiquer certaines politiques gouvernementales ».

L’élection interne du DNC aura lieu au mois de février.