Le secrétaire d’Etat américain John Kerry a rencontré mercredi le roi Abdallah II à Amman, lors d’une nouvelle visite destinée à maintenir sur les rails le processus de paix israélo-palestinien face à la crainte qu’Israël ne libère pas le prochain contingent de prisonniers prévu.

Arrivé de Rome à la mi-journée, M. Kerry devait dîner avec le président palestinien Mahmoud Abbas.

Cette visite de M. Kerry vise à « tenter de rapprocher les positions entre les parties en présence », a expliqué mardi la porte-parole du département d’Etat Jen Psaki, en ajoutant que le secrétaire d’Etat devait aussi s’entretenir par téléphone avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

Selon un responsable palestinien, M. Kerry avait demandé à M. Abbas d’envoyer son négociateur Saëb Erakat à Rome, mais le président palestinien a refusé en précisant qu’il n’entendait pas discuter de l’accord-cadre final avant la libération des derniers prisonniers palestiniens prévue le 29 mars.

La rencontre avec M. Abbas intervient 10 jours après la visite du président palestinien à la Maison blanche, où le président Barack Obama l’a appelé à prendre des « risques » pour la paix.

Deux semaines plus tôt, M. Obama avait également invité M. Netanyahu à prendre des décisions « difficiles » à l’approche de la date limite du 29 avril fixée pour trouver un accord-cadre traçant les grandes lignes d’un règlement définitif sur les questions les plus sensibles: frontières, colonies, sécurité, statut de Jérusalem et réfugiés.

L’accord conclu en juillet pour relancer le processus de paix après trois ans de suspension prévoyait la libération par étapes de 104 prisonniers de longue date.

Si les trois premiers contingents de détenus ont été libérés dans les temps, M. Netanyahu pourrait renoncer au dernier.

Pas d »Etat juif’

En retour, les Palestiniens menacent de relancer les démarches d’adhésion d’un Etat de Palestine aux organisations internationales. Leurs dirigeants ont en outre exprimé de très fortes réserves sur les propositions américaines d’accord.

Courroucés par les annonces régulières de constructions de logements dans les colonies israéliennes de Cisjordanie et de Jérusalem-Est, les dirigeants palestiniens refusent aussi de reconnaître Israël « comme Etat juif ».

M. Netanyahu insiste sur ce point en assurant que la racine du conflit est le rejet arabe d’un Etat juif et non l’occupation des Territoires palestiniens depuis 1967. Mais les Palestiniens y voient un renoncement aux droits de réfugiés.

Réunis en sommet à Koweït, les dirigeants arabes ont proclamé mercredi leur « refus total et catégorique de reconnaître Israël comme un Etat juif » et rejeté sur Israël la responsabilité du blocage du processus.

Le climat a été rendu encore plus tendu par les pressions israéliennes pour obtenir la libération de Jonathan Pollard, un ancien analyste de la marine américaine condamné à la perpétuité pour espionnage au profit d’Israël, en échange de la poursuite du processus de paix.

La radio militaire israélienne a affirmé que Washington avait proposé cette libération, mais Mme Psaki a apporté un démenti catégorique.

« Il n’y a actuellement aucun plan pour libérer Jonathan Pollard », a-t-elle déclaré, rappelant qu’il avait été « reconnu coupable d’espionnage contre les Etats-Unis, un crime très grave, et condamné à la prison à vie, et il purge sa peine ».

Israël réclame en vain depuis des années la grâce de son espion qui a obtenu la nationalité israélienne en 1995.

Après avoir passé la nuit à Amman, M. Kerry devait repartir jeudi pour Rome, où M. Obama doit rencontrer le pape François, avant une visite vendredi en Arabie saoudite, où le processus de paix israélo-palestinien devrait à nouveau être à l’ordre du jour.