Le président de l’AP Mahmoud Abbas a déclaré dimanche au Secrétaire d’Etat américain John Kerry qu’il était sur le point de soumettre un texte amendé [en vue de créer un Etat] au Conseil de sécurité des Nations unies, s’attirant ainsi les menaces de Washington.

Plus tôt, le négociateur palestinien Saeb Erekat avait déclaré que, lundi, un projet de résolution serait soumis au Conseil de sécurité via la Jordanie. Un vote pourrait être fixé pour mardi ou mercredi au plus tard.

Abbas a appelé Kerry dimanche soir pour l’informer de ce que les Palestiniens prévoyaient de présenter leur motion, qui appelle à un retrait israélien sur les lignes de 1967 d’ici la fin 2017, a rapporté l’agence officielle palestinienne Wafa.

Un officiel anonyme aurait déclaré que Kerry s’est opposé à cette décision lors de leur conversation téléphonique, et a exhorté Abbas à retarder l’offre jusqu’à une date ultérieure aux élections israéliennes de mars, d’après l’agence chinoise Xinhua.

Abbas a informé Kerry de cette décision qui a pour objectif de faire pression sur le Conseil de sécurité de l’ONU, puisque cette résolution appelle à la reconnaissance d’un Etat palestinien dans les deux ans.

Kerry a rétorqué à Abbas qu’il souhaitait un report, et a laissé entendre que les Etats-Unis mettraient leur veto à la proposition si nécessaire et imposeraient éventuellement des sanctions économiques aux Palestiniens, a déclaré un haut responsable palestinien anonyme.

La résolution, qui doit être soumise aujourd’hui, comporterait huit nouveaux amendements ajoutés depuis que la Jordanie a présenté un premier texte au Conseil de sécurité le 18 décembre, a déclaré vendredi le négociateur en chef palestinien Saeb Erekat à la chaîne de nouvelles Al-Arabiya.

Erekat n’aurait pas précisé les modifications exactes apportées au document, ne mentionnant que l’insertion d’une clause définissant Jérusalem-Est comme capitale du futur Etat palestinien ainsi qu’une demande de libérer les prisonniers palestiniens selon un calendrier précis.

Washington aurait, en vain, fait pression sur Ramallah pour retarder son offre, selon des responsables palestiniens.

Foreign Policy a rapporté le 19 décembre que lors d’un récent déjeuner annuel avec 28 ambassadeurs de l’Union européenne, Kerry aurait déclaré qu’un vote de l’ONU avant les élections israéliennes ne profiterait qu’à ceux qui s’opposent au processus de paix, comme, selon lui, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de l’Economie Naftali Bennett.

Le secrétaire d’Etat américain a également laissé entendre lors de cette assemblée que les États-Unis pourraient soutenir une résolution du Conseil de sécurité si le libellé était approprié, mais il n’est pas allé plus loin dans ses explications.

Kerry aurait déclaré que les Etats-Unis ne permettraient pas la résolution à venir se transformer en vote avant les élections israéliennes prévues pour le 17 mars, selon le rapport.

« Kerry a été très, très clair sur le fait que pour les États-Unis, il n’était pas question de discuter d’un texte quel qu’il soit, avant la fin des élections israéliennes », aurait dit un diplomate européen.

La semaine dernière, le ministre des Affaires étrangères Riyad al-Maliki a déclaré que les Palestiniens n’allaient pas repousser le vote, malgré la demande de Kerry.

« Nous étions complètement en désaccord avec Kerry sur cette question, a déclaré al-Maliki. Il estime que le vote du Conseil de sécurité aura un impact négatif sur les élections israéliennes et sur l’identité du vainqueur de ces élections. Nous avons fait valoir, cependant, que l’offre d’aujourd’hui aura un effet positif. »

Erekat a nié lundi dernier que Kerry avait mentionné les élections comme facteur susceptible de reporter le vote du texte. Le secrétaire d’Etat américain aurait plutôt estimé que davantage de temps s’avérait nécessaire pour parvenir à un plan de paix alternatif.

« J’ai entendu du secrétaire Kerry qu’il y avait besoin de temps pour travailler à une nouvelle formule. Ils sont contre l’idée d’aller devant le Conseil de sécurité des Nations unies. Ils préparent un plan pour avoir une solution à deux Etats. Nous devons les conseiller pour cela. Mais je n’ai rien entendu du secrétaire Kerry au sujet de la date des élections israéliennes », a-t-il déclaré.

La résolution devrait normalement être rejetée par le Conseil de sécurité – soit par un échec pour obtenir le minimum des 9 « Oui » nécessaires ou bien par le veto des États-Unis, le plus proche allié d’Israël, qui affirme avec insistance qu’il faut une solution négociée au conflit.

L’ambassadeur de Jordanie aux Nations unies a fait savoir à plusieurs reprises que la Jordanie souhaitait une résolution de consensus convenue par l’ensemble des 15 membres du conseil.