Si Israël ne fait pas la paix prochainement, il pourrait devenir un « Etat d’apartheid » comme l’Afrique du Sud, a confié le secrétaire d’Etat américain John Kerry lors d’une réunion à huis clos avec des dirigeants mondiaux, a-t-il été révélé lundi matin.

Selon un enregistrement obtenu par le site d’information américain Daily Beast, Kerry a fait ces commentaires vendredi lors d’une une réunion de la Commission trilatérale, une organisation privée dont le but est de renforcer les liens entre l’Europe, l’Amérique du Nord et le Japon.

« Une solution à deux Etats sera clairement défendue comme étant la seule alternative réelle », a affirmé Kerry. « Parce qu’un État unique signifie soit un Etat d’apartheid avec des citoyens de seconde zone, soit la fin de l’idée d’Etat juif. Une fois que vous avez cela en tête, cette réalité, qui est la plus essentielle de toutes, vous comprenez à quel point il est impératif de parvenir à une solution à deux Etats, à laquelle les deux dirigeants ont, hier encore, dit rester profondément attachés. »

Selon le Daily Beast, Kerry s’en est également violemment pris à la construction d’implantations israéliennes, mais a affirmé que les torts étaient partagés entre les dirigeants israéliens et palestiniens quant au blocage des pourparlers.

Il a indiqué qu’un changement de gouvernement dans l’un des camps ou dans les deux pourrait aider les parties à parvenir à un accord.

Le haut diplomate américain a ajouté qu’il pourrait décider de présenter aux deux parties un accord de paix « à prendre ou à laisser. »

La période de négociation de neuf mois, sous l’égide des Etats-Unis, doit prendre fin mardi. Le président américain Barack Obama a déclaré ce week-end qu’une « pause » des efforts menés par son pays pourrait désormais s’avérer nécessaire.

Le processus de négociation s’est effondré ces derniers jours, après la signature mercredi par le Fatah de Mahmoud Abbas d’un accord de réconciliation avec son rival du Hamas, et la suspension par Israël des pourparlers le lendemain, affirmant qu’il ne négocierait pas avec une direction palestinienne soutenue par le groupe terroriste islamiste.

L’utilisation du terme « apartheid » pour désigner Israël risque de susciter la colère de nombreux responsables israéliens. Lors de sa campagne présidentielle en 2008,

Obama avait refusé de coller cette étiquette sur Israël, déclarant à son sujet qu’elle était «  émotionnellement chargée, historiquement inexacte, et ce n’est pas ce que je crois. »

Ce ne serait pas la première fois que Kerry formule des propos qui suscitent l’indignation en Israël. « Les deux parties s’enferment dans une série de mesures inutiles », a déclaré Kerry lors d’une audition au Sénat le 8 avril, avant de visiblement rejeter la plupart des fautes sur Israël.

« Les prisonniers n’ont pas été libérés par Israël le jour où ils étaient censés l’être. Puis, un jour, deux jours, trois jours sont passés et dans l’après-midi, quand ils [les Israéliens] pouvaient peut-être le faire, [la construction de] 700 unités de logement était annoncée à Jérusalem et ‘pouf’, voilà où nous en sommes », a regretté Kerry.

Portant un coup supplémentaire aux négociations israélo-palestiniennes déjà en crise, le conseil central de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) a adopté dimanche une motion visant à poursuivre les tentatives pour rejoindre 60 organismes et traités internationaux des Nations unies.

Dans le même temps , le conseil central de l’OLP a décidé de créer un « centre juridique pour l’État de Palestine », chargé d’assister le conseil central et le comité exécutif de l’OLP, selon l’agence de presse officielle WAFA.

Le mois dernier, Abbas a déposé une candidature d’adhésion auprès de 15 organismes et traités internationaux, ce qu’Israël considère comme une violation des engagements convenus au début des pourparlers. La mesure a été prise après le refus d’Israël de libérer un contingent de prisonniers.

L’adhésion aux organismes internationaux est perçue comme une importante étape diplomatique unilatérale vers l’Indépendance palestinienne.  Mais elle s’écarte du cadre de négociation fixé l’été dernier.