Washington – Un jour après que le président Barack Obama ait parlé des pourparlers de paix au point mort entre les Israéliens et les Palestiniens lors d’une allocution importante pour la politique étrangère, le Secrétaire d’Etat John Kerry a déclaré qu’il était « déçu » par le résultat de neuf mois de négociations, soulignant que la démarche israélienne dans l’expectative vis-à-vis des négociations pour l’unité palestinienne était « appropriée ».

Au cours d’un entretien diffusé jeudi soir sur PBS, Kerry a déclaré qu’il était « déçu que le processus en place n’ait pas permis de passer à l’étape suivante ».

Evoquant l’impasse de la situation, Kerry a déclaré que le « président Abbas dit être prêt à retourner à la table des négociations, mais que certaines conditions devaient être remplies. Le Premier ministre Netanyahu et Israël attendent de voir ce qui va se passer avec la réconciliation du Hamas, avec l’annonce du nouveau gouvernement, avec la question de ce que le nouveau gouvernement pourrait choisir ou non de faire ».

« C’est une démarche adaptée », a ajouté Kerry. « Nous allons tous voir ce qui se passe ».

Un gouvernement d’unité palestinienne d’intérim doit être annoncé dans les prochains jours, à la suite de la réconciliation entre les factions du Fatah et du Hamas.

Israël et les Etats-Unis considèrent le Hamas comme une organisation terroriste. Ils ont expliqué que la présence du Hamas dans le gouvernement poserait des problèmes quant à la coopération avec l’Autorité palestinienne.

Jeudi, la porte-parole du Conseil national de sécurité américain Bernadette Meehan a déclaré que l’administration Obama « ne prendrait pas de décision avant de voir la formation finale du gouvernement d’intérim et d’avoir la possibilité d’évaluer et de décider s’il s’agit d’un gouvernement avec lequel il sera possible de travailler ».

Kerry a nié être un optimiste parce qu’il croyait que les négociations pourraient porter leurs fruits, il se considère plutôt comme réaliste.

« Mon expérience de la réalité me dit qu’aucune des deux parties ne sera capable de vivre à long terme avec ce statu quo sans devoir faire face à de sérieux problèmes. Ainsi, en fin de compte, il devra y avoir des discussions sur la gestion de ces processus », a-t-il déclaré à Gwen Ifill de PBS. « Je ne sais pas si cela sera un processus de paix complet ou des démarches individuelles, mais je sais que la sécurité d’Israël, qui est fondamentale pour les Etats-Unis et pour les Israéliens, sera bien mieux assurée si l’on trouve un moyen d’avancer vers la paix. Les droits des Palestiniens et la possibilité d’avoir un Etat peuvent seulement se réaliser grâce à un processus politique. Ce sont ces deux aspirations qui dirigent la vie et les espoirs des habitants de la région ».

Il a renouvelé les avertissements qu’il avait formulés au cours des récents mois, disant qu’aucune partie des négociations « ne peut simplement se permettre de maintenir le statu quo et croire qu’une voie vers une plus grande stabilité et vers la paix est possible sans revenir à un moment donné dans le processus de négociations ».

Kerry n’a pourtant pas répété ses avertissements selon lesquels un échec créerait une situation où Israël deviendrait un « Etat apartheid » ou, comme il l’avait ensuite reformulé, un « Etat unitaire et binational ne peut pas être l’Etat juif qu’Israël mérite ».

Après que des critiques aient évoqué l’échec d’Obama à mentionner le processus de paix comme un signe que l’administration était prête à oublier les neufs mois de négociations, Kerry a souligné jeudi qu’il voyait son travail comme « une volonté de trouver de l’optimisme et des possibilités, de ne pas abandonner, de refuser d’abandonner ».

« Je crois que ne devons trouver un moyen d’aller de l’avant. Cela n’a pas avancé en 40, 50 ans, et cela ne va pas se résoudre soudainement par soi-même », a-t-il ajouté. « C’est notre travail d’essayer de faire avancer le processus ».

L’entretien de Kerry fait partie du plan médiatique lancé par l’administration jeudi pour mettre son programme de politique internationale en avant dans les semaines à venir. De la demi-douzaine d’événement médiatiques importants des dernières 36 heures, l’entretien dans la soirée de jeudi a été le premier au cours duquel Kerry s’est ouvertement exprimé sur les négociations de paix au point mort.

Reprenant un thème d’Obama lors de son discours à West Point de mercredi, Kerry a également évoqué l’engament de l’administration avec l’Iran comme une réussite majeure en matière de politique internationale.

« Nous étions sur le point d’entrer dans une collision frontale au moment où ils mettaient au point un système d’armes nucléaires et le monde s’y opposait », explique Kerry. « Le président a mis en place une série de sanctions afin de ramener l’Iran à la table des négociations. Nous sommes maintenant en train de négocier ».

« Le programme nucléaire a été gelé et a fait machine arrière. Maintenant, nous avons donné plus de temps à l’Iran pour trouver une sortie de la crise. C’est un succès », a ajouté Kerry.