WASHINGTON – Deux jours avant le début d’un débat sur une proposition de loi qui pourrait infliger à l’administration Obama une défaite cinglante dans la bataille interne autour des négociations nucléaires avec l’Iran, le secrétaire d’Etat américain John Kerry a défendu ses interprétations du résultat des négociations avec l’Iran en les qualifiant de « fiables et précises ».

Une feuille de route des États-Unis a été publiée il y a 10 jours, après la conclusion d’un accord cadre entre les Etats membres du 5 + 1 et l’Iran, mais les dirigeants iraniens ont réfuté un certain nombre des points énumérés dans le document.

Interviewé dimanche par George Stephanopoulos d’ABC, qui lui a demandé s’il existait un « accord » concernant le moment où les sanctions seraient levées, Kerry a répondu que « les faits sur lesquels les paramètres sont fondés sont des faits. Hier, les Russes ont publié un communiqué affirmant que la feuille de route et les faits tels qu’ils sont décrits par les États-Unis étaient des informations fiables et précises ».

Jeudi, le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, avait minimisé le récent accord, en disant que « tout ce qui a été fait jusqu’à présent, ne garantit ni un accord de principe, ni son contenu, ni ne garantit que les négociations se poursuivront jusqu’à la fin ».

« Tout le problème est maintenant que les détails doivent être discutés, parce que l’autre partie est obstinée, dure dans les négociations, qu’elle rompt ses promesses et donne des coups de poignard dans le dos », a déclaré Khamenei, prétendant que l’Iran n’avait jamais accepté d’inspections des installations militaires non nucléaires et exigeant que toutes les sanctions soient immédiatement levées dès la conclusion d’un accord final.

Les Etats-Unis ont insisté à plusieurs reprises pour que les sanctions ne seraient levées que dans le cadre d’un processus graduel.

Téhéran, a affirmé John Kerry, « avait de la même manière publié un ensemble différent d’interprétations » lors de l’accord intérimaire précédent sur le nucléaire, en 2013.

« Mais quand est venu le temps de mettre en œuvre l’accord, l’accord qui a été mis en œuvre était l’accord que nous avions présenté et c’est l’accord qui a été retenu. »

Kerry a noté « au crédit de l’Iran, que l’Iran s’est tenu à chaque exigence de cet accord ».

Kerry informera les deux chambres du Congrès des accords conclus il y a deux semaines, à Lausanne, entre l’Iran et les Etats membres du 5 + 1.

S’exprimant dimanche, il a dit qu’il exposerait en détail « notre interprétation de cet accord ». En ce qui concerne les revendications iraniennes sur plusieurs points clés de l’accord, Kerry a ajouté que « s’il ne suit pas notre vision, nous n’allons pas signer d’accord ».

Pour qu’un « accord complet soit mis en place », a affirmé Kerry, les négociateurs devront « finaliser quelques points qui ont été clairement laissés en suspens ». Le secrétaire d’Etat n’a pas, toutefois, donné de précisions sur ce dont il s’agissait.

Dans une interview au Times of Israel, la semaine dernière, Olli Heinonen, un ancien directeur adjoint de l’Agence internationale de l’énergie atomique, avait déclaré que, d’un point de vue technique, les négociateurs avaient plus de travail devant eux dans les deux prochains mois pour combler les lacunes que pendant les dix-huit derniers mois de pourparlers.

La venue de Kerry à Capitol Hill intervient à un moment critique pour l’administration américaine. Mardi, la commission des affaires étrangères du Sénat devrait entamer le vote d’une proposition de loi qui, selon les responsables de l’administration, risqueraient de compromettre la suite des négociations.

S’exprimant dans l’émission « Face the Nation » de CBS, dans le cadre de son offensive télévisuelle de dimanche , Kerry a affirmé que l’administration avait « acquis le droit d’essayer de compléter cela sans interférence et certainement sans politique partisane ».

Les initiateurs de la proposition de loi, les sénateurs Bob Corker (Républicain) et Robert Menendez (Démocrate), insistent sur le fait que la législation ne vise qu’à autoriser le Congrès à exercer un contrôle sur tout accord final qui serait atteint avec l’Iran avant la date butoir du 30 juin.

Cependant, les opposants à la proposition de loi affirment qu’elle contient des clauses « empoisonnées » qui cherchent à faire échouer totalement les pourparlers. Plus de 50 amendements ont été ajoutés à la proposition, y compris une demande que l’Iran reconnaisse l’Etat d’Israël comme condition préalable à l’allègement des sanctions.

Le président américain Barack Obama a promis d’opposer son veto à la loi, même si un certain nombre de démocrates seraient en train de travailler sur un compromis qui satisferait les demandes des deux partis au Congrès afin de le laisser peser sur l’accord d’une manière que l’administration puisse accepter.

Dans l’intervalle, Corker ne serait qu’à quelques votes d’une majorité des deux-tiers du Sénat qui la mettrait à l’abri d’un veto présidentiel.

Kerry n’a pas répondu directement aux observations formulées par l’un des adversaires les plus virulents de l’accord nucléaire au Sénat, le sénateur republicain John McCain, qui avait accusé Kerry d’essayer « de vendre sans arrêt sa marchandise, en espérant peut-être que les Iraniens ne s’exprimeraient pas beaucoup à ce sujet ».

« Je pense que le président Obama a répondu très, très puissamment au sénateur McCain hier », a déclaré Kerry à Stephanopolous.