Le secrétaire d’État américain John Kerry a déclaré mercredi que tout accord final sur le nucléaire avec l’Iran exigera que Téhéran divulgue ses activités nucléaires militaires passées.

« Cela fera partie d’un accord final. Cela doit l’être », a-t-il martelé mercredi lors d’une interview dans l’émission PBS NewsHour. Le secrétaire d’État a insisté sur ce point, soulignant : « Ils doivent le faire. Ça sera fait. Si un accord devait être signé; cela sera fait. »

Dans le cadre de son examen du programme nucléaire de l’Iran, l’Agence internationale de l’énergie atomique avait cherché à savoir si la République islamique avait tenté dans le passé de construire des armes atomiques. Bien que Téhéran nie tout ambition militaire – passée et présente – l’AIEA et plusieurs autres pays estiment qu’il peut avoir secrètement travaillé à développer des armes nucléaires.

L’Iran a maintes fois fait obstruction par des réponses évasives à la volonté de l’agence des Nations Unies de surveillance nucléaire d’enquêter pleinement sur la portée de ses ambitions nucléaires. Toutefois, à en croire Kerry, tout cela va changer lors de l’accord qui devrait être signé en juin, qui comprendrait « un système d’inspection très robuste ».

Mercredi également, le ministre iranien de la Défense a précisé que les inspecteurs internationaux ne seraient pas autorisés à accéder aux sites militaires de son pays en vertu de l’accord-cadre avec les puissances mondiales sur le programme nucléaire de son pays.

Pendant l’interview, Kerry a également abordé l’opposition croissante, au sein même des États-Unis,  aux négociations sur le nucléaire. Il a affirmé que le Congrès avait un rôle dans l’amélioration de l’accord-cadre à condition que ce rôle soit « constructif ».

Il a averti que la proposition de loi au Congrès, qui suspendrait temporairement l’autorité du président américain Barack Obama sur la levée des sanctions dans le cadre d’un accord final, sapait l’autorité du président.

« Le président a tout à fait raison de s’assurer que ce que le Congrès fait, ne nuise ni à l’autorité présidentielle ni à la Constitution, et ne détruise pas sa capacité à négocier cet accord final », a-t-il répondu.

En référence aux rapports récents sur des navires iraniens dans le Golfe d’Aden, Kerry a mis en garde Téhéran sur son implication au Yémen, déclarant que les Etats-Unis ne toléreront pas une agression militaire iranienne.

« L’Iran doit être conscient que les Etats-Unis ne toléreront pas que la région soit déstabilisée ou alors que des gens s’engagent dans une guerre ouverte au delà des lignes – des frontières internationales – dans d’autres pays. »

Le secrétaire d’État a déclaré que Washington était « bien conscient » du soutien que l’Iran apportait aux rebelles houthis et qui a conduit le président yéménite Abdrabbuh Mansour Hadi à quitter le pays.

« Il y a eu – il y a, de toute évidence – des vols en provenance d’Iran. Chaque semaine, il y a des vols d’Iran, nous les avons localisés et nous le savons », a ajouté Kerry.

Les combats entre les rebelles houthis et les forces fidèles au président déchu dans la ville d’Aden, au Sud du Yémen, se sont intensifiés ces dernières semaines, alors qu’une coalition dirigée par l’Arabie Saoudite et soutenue par les États-Unis pilonne les positions rebelles depuis la fin du mois de mars.

Le Pentagone a annoncé mercredi que l’armée de l’Air américaine avait commencé à ravitailler en vol les avions de chasse de la coalition.

Le secrétaire d’État américain a également soutenu que le traitement des troubles régionaux alimentés par l’Iran devait être séparé des efforts internationaux visant à réduire son programme nucléaire. Israël insiste pour que tout accord sur le nucléaire avec la République islamique soit liée à un engagement visant à mettre fin à son implication dans le parrainage du Hezbollah, du Hamas et des rebelles Houthis.

Kerry a déclaré : « Nous l’avons fait comprendre à nos amis et alliés, nous ne pouvons faire deux choses en même temps. »

« Nous avons la capacité de comprendre qu’un Iran doté de l’arme nucléaire est une menace plus grande qu’un Iran qui ne le serait pas, et en même temps, nous avons la capacité d’être en mesure de résister à toute ingérence qui serait inappropriée, ou contraire au droit international, ou contraire à la stabilité et à l’intérêt de la région, et à ceux de nos amis. »

Le secrétaire d’État a assuré dans le même temps que les Etats-Unis ne cherchaient pas la confrontation.

« Mais nous n’abandonnerons pas nos alliances et nos amitiés », a-t-il ajouté, assurant que les Etats-Unis étaient convaincus de « la nécessité de nous tenir aux côtés de ceux qui se sentent menacés en raison des choix que l’Iran pourrait faire ».

Il s’agit de la première interview télévisée de Kerry depuis son retour à Washington, après la conclusion d’un accord-cadre entre les grandes puissances et Téhéran sur le nucléaire iranien.

L’accord-cadre conclu jeudi dernier avec l’Iran vise à réduire de manière significative la technologie de fabrication de bombes de Téhéran en échange de l’allègement des sanctions internationales à l’encontre du pays chiite.

Les engagements, s’ils étaient appliqués, réduiraient sensiblement les capacités nucléaires iraniennes pendant une décennie et en limiteraient d’autres pendant cinq années supplémentaires. L’Iran serait également soumis à des inspections internationales intrusives. Les puissances mondiales ont jusqu’au 30 juin pour concocter un accord final.