Washington – La secrétaire d’Etat John Kerry s’est rendu à New York vendredi matin afin de prononcer deux interventions liées à l’accord nucléaire signé ce mois entre le P5+1 et l’Iran, dont une devant des dirigeants des institutions juives américaines.

Le Département d’Etat a confirmé jeudi soir que Kerry rencontrera les dirigeants de la Conférence des présidents [des grandes organisations juives américaines] et de l’American Jewish Committee.

Selon le Département d’Etat, le secrétaire d’Etat abordera « la relation israélo-américaine et les questions régionales. »

Le récent accord sur l’Iran, qui a inquiété de nombreuses organisations juives, dont la Conférence des présidents, est l’une des « questions régionales » qui devraient être discutées.

Le voyage a pour but de vendre l’accord à des publics influents, mais sceptiques alors que l’administration Obama se bat pour éviter un rejet de l’accord par le Congrès.

Tant les groupes de lobby pro-accord qu’anti-accord pressent les parlementaires mais aussi les citoyens à prendre parti dans le combat politique en cours.

De passage à New York, Kerry participera aussi à une discussion sur le Joint Comprehensive Plan of Action (JCPOA), le nom officiel de l’accord entre l’Iran et les puissances mondiales sur le programme nucléaire de Téhéran, avec les dirigeants du Conseil sur les relations étrangères.

Un certain nombre de grandes organisations juives, dont la Conférence des présidents et l’Anti-Defamation League, ont émis des avis sceptiques sur un certain nombre de dispositions clés de l’accord, qui a été conclu à Vienne.

Pas plus tard que mercredi, la Conférence des présidents a émis un communiqué de presse exprimant sa profonde préoccupation concernant les dispositions du JCPOA, « y compris l’interdiction de cinq ans sur les ventes d’armes conventionnelles à l’Iran, et de huit ans de suspension sur les transferts de technologie des missiles balistiques, qui peut être court-circuitée par une déclaration de conformité iranienne qui mènerait à une ‘conclusion élargie’ par l’AIEA ».

Dans sa réaction initiale à l’annonce de l’accord avec l’Iran au début de la semaine dernière, le directeur de l’AJC David Harris avait averti que « l’accord nucléaire conclu à Vienne ne semble pas aborder d’autres aspects extrêmement troublants du comportement iranien. »

Dans un communiqué publié après que l’accord ait été annoncé, l’AJC a écrit qu’il « reste profondément préoccupé par (1) le programme d’ICBM [missiles balistiques intercontinentaux] de l’Iran, qui ne peut être expliqué si ce n’est à des fins militaires menaçants ; (2) ses appels réitérés, y compris ces derniers jours, à l’anéantissement d’Israël et à « la mort de l’Amérique »; (3) son implication directe dans le terrorisme et son soutien à des organisations terroristes, dont le Hamas et le Hezbollah; (4) ses ambitions hégémoniques dans la région, du Liban à la Syrie, de l’Irak au Yémen; et (5) la répression systématique des droits de l’homme, comme amplement prouvée dans le plus récent rapport du Département d’État sur les droits de l’homme dans le monde. »

Harris a promis que son organisation fera partager ses opinions de l’accord nucléaire avec les membres du Congrès.

L’administration a identifié les dirigeants juifs comme démographiquement mûrs pour le lobbying.

La semaine dernière, le Conseiller adjoint à la sécurité nationale Ben Rhodes a rencontré un petit groupe de législateurs démocrates juifs pour discuter de l’accord. Rhodes est un confident d’Obama qui avait écrit le discours du président lors de sa visite de 2013 en Israël et qui rencontre fréquemment des organisations juifs au nom de l’administration .

Les efforts de l’administration pourraient trouver un terrain fertile.

Un sondage publié jeudi par le Los Angeles Jewish Journal – et vanté par le jour même par la Maison Blanche – indique que les Juifs américains soutiennent largement l’accord, et une majorité claire d’entre eux veulent que le Congrès ratifie l’accord.

« Les Juifs américains, plus que les Américains en général, ont tendance à soutenir l’accord avec l’Iran et veulent que le Congrès l’approuve », a déclaré Steven M. Cohen, professeur de recherche au Hebrew Union College-Jewish Institute of Religion et directeur de Berman Jewish Policy Archive qui a supervisé et analysé le sondage.

Les Juifs américains étaient non seulement plus favorables, mais ont montré un niveau plus élevé d’implication sur la question.

Selon les données, 49 % des Juifs américains soutiennent l’accord, comparativement à 28 % de la population américaine dans son ensemble.

De l’autre côté, 31% des Juifs américains s’y opposent, comparativement à 24 % des Américains en général – et alors que 48 % des Américains ont répondu qu’ils « ne savent pas assez pour se prononcer, » cela était vrai pour seulement un Juif américain sur cinq.

Alors que des groupes juifs faisant du lobbying auprès du Congrès des deux côtés de la question, le sondage indique que 53 % des Juifs américains interrogés estiment que le Congrès devrait « voter pour ratifier l’accord », tandis que
35 % sont contre.

Un nombre encore plus élevé, 59 %, ont déclaré qu’ils soutenaient l’idée de mener des négociations avec l’Iran. Contre seulement 19 % s’opposant à des pourparlers.