Le président iranien Hassan Rouhani a accusé mercredi Israël d’être la « source du principal danger pour la région », après la condamnation par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu du « très mauvais accord » en négociation sur le programme nucléaire de Téhéran.

Tout accord avec l’Iran sur son programme nucléaire doit être en mesure de recevoir l’approbation de la communauté internationale, a assuré mercredi le secrétaire d’Etat américain John Kerry.

« L’objectif n’est pas d’obtenir n’importe quel accord, c’est d’obtenir le bon accord, capable de passer un examen » par la communauté internationale, a déclaré à la presse M. Kerry au terme de trois jours de discussions en Suisse avec son homologue iranien.

Dans un discours historique au Capitole, Netanyahu a affirmé mardi que l’accord sur le nucléaire iranien que le président américain Barack Obama veut conclure avec Téhéran était une « menace sur le monde entier ».

Il a estimé que les « concessions » prévues par cet accord en cours de négociations laisseraient l’Iran avec un « vaste programme nucléaire ».

Surtout, a-t-il dit, « l’accord censé empêcher une prolifération entraînera au contraire une course aux armes nucléaires dans la région la plus dangereuse du monde », c’est-à-dire le Moyen-Orient.

L’Iran et les pays du groupe 5+1 (Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Russie, Chine et Allemagne) se sont mis d’accord pour poursuivre les négociations afin de parvenir à un accord politique d’ici le 31 mars, puis finaliser les détails techniques avant le 1er juillet. Mais l’Iran demande désormais un seul accord comprenant à la fois l’aspect politique et les détails.

« Ce régime qui est lui-même le plus criminel et (…) terroriste prétend parler de paix et de dangers futurs alors qu’il est lui-même la source du principal danger pour la région », a réagi Rouhani en marge du conseil des ministre, selon l’agence Isna.

L’accord recherché vise à garantir la dimension exclusivement civile et pacifique du programme nucléaire de l’Iran, en échange d’une levée des sanctions qui étouffent l’économie iranienne.

Rouhani a ajouté que le « monde voit avec satisfaction les progrès dans les négociations entre l’Iran et le groupe 5+1 (…) et seul un régime d’agression et d’occupation est mécontent et en colère ».

« Les peuples du monde et les Américains n’ont pas besoin qu’un régime va-t-en guerre leur donne des conseils », a encore affirmé Rouhani, en accusant Israël de posséder « de nombreuses bombes atomiques » et de refuser de soumettre ses « installations nucléaires » aux inspections de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

Israël est considéré comme la seule puissance nucléaire du Moyen-Orient et n’a pas signé le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP).

des « défis difficiles » à régler avant un accord

Il y a encore des « défis difficiles » à régler pour parvenir à un accord sur le programme nucléaire iranien, a prévenu mercredi un haut responsable américain au terme de trois jours de discussions en Suisse entre les chefs de la diplomatie des deux pays.

Le secrétaire d’État américain John Kerry rencontrera samedi à Paris ses homologues britannique, français et allemand. Les prochains entretiens bilatéraux entre Américains et Iraniens auront lieu le 15 mars, « probablement à Genève », a indiqué ce responsable.

« Nous travaillons aussi dur que nous pouvons », a-t-il encore déclaré sous couvert d’anonymat.

C’est comme dans le « Rubik’s cube, (…) tant que chaque pièce n’est pas verrouillée à sa place, rien n’est accepté jusqu’à ce que tout soit accepté », a-t-il affirmé.

Les responsables américains savent que « le monde entier examinera chaque ligne, chaque mot » de cet accord, qui doit être conclu avant l’échéance du 31 mars.

Ces pourparlers doivent déboucher sur un règlement politique d’ici au 31 mars, puis à un texte technique complet d’ici au 30 juin/1er juillet, garantissant la nature pacifique et uniquement civile du programme nucléaire iranien en échange d’une levée des sanctions internationales.

Les directeurs politiques des grandes puissances du groupe 5+1 (États-Unis, Chine, Russie, France, Royaume-Uni et Allemagne) et de la République islamique doivent se retrouver jeudi à Montreux pour faire le point sur ces trois jours de négociations menées sous l’autorité de Kerry et du chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif.

Pour la troisième journée consécutive, Kerry et Zarif se sont retrouvés toute la matinée dans un grand hôtel de Montreux, sur les rives du Lac Léman.

John Kerry quitte la Suisse pour Ryad en Arabie Saoudite en début d’après-midi.

Critiques israéliennes

Dans un discours devant le Congrès à Washington, le chef du gouvernement israélien Benjamin Netanyahu a assuré mardi qu’un « accord avec l’Iran ne l’empêchera pas de produire des bombes atomiques ».

Le président Barack Obama, qui a des relations exécrables avec Netanyahu et avait exclu de le rencontrer, a aussitôt jugé que ce discours n’apportait « rien de nouveau » et n’offrait aucune « alternative viable ».

« Nous n’avons pas encore d’accord », a affirmé Obama.

« Mais si nous réussissons, ce sera le meilleur accord possible avec l’Iran pour empêcher l’Iran de se doter d’une arme nucléaire », a-t-il défendu depuis le Bureau ovale.

Ce rapprochement entre les Etats-Unis et l’Iran, après plus de 30 ans de confrontation à la suite de la prise d’otages à l’ambassade de Téhéran en 1979, inquiète Israël mais aussi les alliés des Américains dans le Golfe, qui craignent l’expansionnisme iranien.

John Kerry rencontrera à Ryad, pour les rassurer, les chefs de la diplomatie des pays du Conseil de Coopération du Golfe ainsi que le nouveau roi saoudien Salman.

La menace du groupe Etat islamique (EI), qui contrôle de larges territoires en Syrie et en Irak, a compliqué la donne au Moyen-Orient, l’Iran chiite jouant un rôle de plus en plus important dans la lutte contre ces extrémistes sunnites.

Rôle ‘positif’ de l’Iran

Le général Martin Dempsey, le plus haut gradé américain, a reconnu mardi devant la commission des forces armées du Sénat que l’aide de l’Iran à l’offensive irakienne en cours pour reprendre la ville de Tikrit pourrait être « positive », si la situation ne dégénère pas en tensions interconfessionnelles avec les sunnites.

L’offensive de Tikrit, lancée lundi, marque l’implication iranienne « la plus manifeste » en Irak depuis 2004, « avec de l’artillerie et d’autres moyens », a estimé le chef d’état-major inter-armées.

Les forces pour reprendre cette ville clé au nord de Bagdad sont constituées pour un tiers de la 5ème division de l’armée irakienne, et pour deux tiers de milices chiites (soutenues par l’Iran), a-t-il estimé. 30 000 hommes sont engagés, selon Bagdad.

Les officiels américains soulignent que, même s’ils parviennent à un accord sur le nucléaire, ils ne resteront pas indifférents aux autres activités de l’Iran, toujours qualifié par Washington de principal pays soutenant le terrorisme.

« Si nous avons un accord sur le dossier nucléaire, nous pensons que cela va directement contribuer à la stabilité régionale, mais aussi à la sécurité et à la stabilité globale », a déclaré aux journalistes un haut responsable du Département d’Etat.

Mais il a aussi lancé une mise en garde: « quoi qu’il se passe sur le dossier nucléaire, nous continuerons à nous opposer fermement à l’expansionnisme iranien dans la région, à l’agressivité iranienne dans la région ».