John Kerry a dénoncé mercredi la lettre « irresponsable » que des sénateurs républicains américains ont adressée à l’Iran, en pleines négociations sur son programme nucléaire, le secrétaire d’Etat disant redouter dorénavant une méfiance à l’égard de la diplomatie des Etats-Unis.

« Cela risque de saper la confiance que des gouvernements étrangers placent dans des milliers d’accords importants qui engagent les Etats-Unis et d’autres pays », a fustigé John Kerry devant la commission des Affaires étrangères du Sénat, aux mains des républicains.

Après le président Barack Obama, son vice-président Joe Biden, l’ancienne secrétaire d’Etat et possible candidate à la présidentielle de 2016, Hillary Clinton, M. Kerry a, à son tour, condamné une lettre « stupéfiante » et exprimé son « incrédulité » face à l’initiative des parlementaires.

Cela provoque depuis trois jours une importante polémique entre l’administration démocrate et le Congrès républicain.

Dans une lettre ouverte adressée lundi aux « dirigeants de la République islamique d’Iran », 47 des 54 sénateurs républicains, très sceptiques au sujet des négociations internationales sur le nucléaire, ont prévenu les Iraniens que le Congrès disposait, seul, du pouvoir de lever définitivement les sanctions américaines adoptées sous la forme de lois ces dernières années.

Implicitement, ils ont signalé ainsi leur opposition à un éventuel accord, ou entente, politique entre le groupe 5+1 (Etats-Unis, Chine, Russie, France, Royaume-Uni et Allemagne) et l’Iran, dont les contours se dessinent à trois semaines de l’échéance du 31 mars fixée par les négociateurs.

Ce courrier « prétend dire au monde que s’il désire faire confiance à l’Amérique, il doit traiter avec les 535 membres du Congrès », a encore dénoncé John Kerry, estimant que l’initiative des sénateurs allait à l’encontre de « plus de deux siècles de précédents dans la conduite de la politique étrangère américaine ».

Le président des Etats-Unis a souvent l’initiative en matière de diplomatie, mais, dans un régime constitutionnel de stricte séparation des pouvoirs, ses décisions sont encadrées par le Congrès, notamment en ce qui concerne des déclarations de guerre, des ratifications de traités, des votes ou levées de sanctions…

Dans leur lettre à l’Iran, les sénateurs ont souligné que si Barack Obama a le pouvoir de suspendre les sanctions américaines contre l’Iran, son successeur à partir de janvier 2017 pourra les rétablir d’un « simple trait de plume », car tout accord non approuvé par le Congrès reste du domaine d’un décret de l’exécutif.