L’absence de stratégie sécuritaire cohérente au cours des cinq dernières années a entraîné certains des échecs militaires israéliens lors de la guerre dans la bande de Gaza, en 2014, et représente toujours un défi pour l’armée israélienne d’aujourd’hui, a estimé la sous-commission de la Knesset responsable des perspectives de défense globales du pays dans un rapport accablant publié lundi.

Le rapport accuse les dirigeants politiques d’avoir été incapables de transmettre des orientations stratégiques claires aux militaires.

Il se concentre sur le Plan Gideon de l’armée israélienne, un programme sur cinq ans qui entre dans sa deuxième année et vise à rationaliser l’armée et à garantir son niveau de préparation aux conflits qu’elle pourrait avoir à mener prochainement.

La sous-commission, placée sous la direction de la puissante commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset, s’est penchée sur l’élaboration du plan Gideon et sur sa mise en œuvre.

Le rapport a été écrit par le président de la sous-commission, le député Ofer Shelah de Yesh Atid, qui critique depuis longtemps la stratégie sécuritaire du gouvernement actuel -, le président de la commission des Affaires étrangères et de la Défense, Avi Dichter, député du Likud, ancien chef des services de sécurité du Shin Bet, et cinq autres membres de la Knesset de gauche comme de droite.

IDF soldiers train with the Tavor, an Israeli developed assault rifle (photo credit: Tsafrir Abayov/Flash90)

Soldats israéliens à l’entraînement. Illustration. (Crédit : Tsafrir Abayov/Flash90)

Les principales critiques de la sous-commission porte sur le fait que c’est l’armée qui a déterminé ses propres besoins pour ce plan pluriannuel, et pas les dirigeants politiques qui ont dicté aux militaires ce qu’ils devaient faire.

Le rapport estime que cette situation est problématique, à la fois pour des raisons hiérarchiques et parce que l’armée n’est pas nécessairement la mieux placée pour déterminer quels seront ses objectifs.

« Gideon a été créé ‘de bas en haut’ par Tsahal, et de l’intérieur : sans perspective écrite de défense nationale qui ait été approuvée et présentée au public », a écrit la sous-commission.

Une version publique de 30 pages du rapport a été publiée lundi. La version classifiée complète, de 54 pages, qui comprend des informations supplémentaires, a également été présentée aux instances de défense concernées, a indiqué Dichter.

Le rapport a salué certains éléments de la mise en œuvre du plan Gideon, notamment l’accent mis par les militaires sur les exercices et les entraînements pour les conscrits et les réservistes. Il a cependant également découvert certains facteurs qui pourraient se révéler problématiques à l’avenir et qui doivent être étroitement surveillés.

Rapport d'une sous-commission de la Knesset sur le plan quinquennal Gideon de l'armée israélienne présenté au public, à la Knesset, le 25 septembre 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Rapport d’une sous-commission de la Knesset sur le plan quinquennal Gideon de l’armée israélienne présenté au public, à la Knesset, le 25 septembre 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Shelah a de plus souligné que de nombreux aspects du plan Gideon n’ont pas encore été totalement mis en place, et qu’il est donc impossible de déterminer leur impact.

Néanmoins, le rapport affirme toutefois que, même si les militaires ont réussi à élaborer une force de combat impressionnante, l’armée n’est pas toujours correctement préparée à sa mission.

« Au cours des années, Tsahal a construit une réponse forte, très qualitative et très estimée, mais elle ne s’attaque pas toujours aux besoins réels. Un profond changement est nécessaire dans l’armée, non seulement dans ses capacités, mais aussi dans ses perspectives, afin qu’elle se conforme à ses missions réelles », écrit la sous-commission.

Dans un communiqué, l’armée a répondu en indiquant avoir reçu le rapport complet et qu’une « réponse détaillée à son contenu a déjà été envoyée. »

L’armée a indiqué que les « leçons tirées de ce rapport seront tirées » et qu’elle « salue tous les processus d’examen et de supervision. »

La sous-commission souligne également d’autres failles du plan Gideon, notamment qu’il ne prend pas en compte le « changement tectonique » de la présence de la Russie dans la région, ayant été écrit avant le déploiement des troupes russes par le président Vladimir Poutine en Syrie, a dit Shelah.

Une affiche géante de Bashar el-Assad et de Vladimir Poutine à Alep, le 9 mars 2017. (Crédit : Joseph Eid/AFP)

Une affiche géante de Bashar el-Assad et de Vladimir Poutine à Alep, le 9 mars 2017. (Crédit : Joseph Eid/AFP)

« Que pouvons-nous faire, que voulons-nous, quelles sont nos options dans une guerre » sont les aspects du plan qui doivent être revus à la lumière du retour de Moscou au Moyen Orient, a ajouté le député de Yesh Atid.

Le rapport appelle également le gouvernement à réexaminer le plan et à le modifier si nécessaire, ainsi qu’à réamorcer le processus de réflexion pour le projet qui succédera à Gideon, et qui s’achève en 2020.

« La sous-commission appelle [le gouvernement] à commencer immédiatement le processus de conception, de validation et d’approbation d’une perspective de défense nationale, à partir de laquelle des prévisions de mises en œuvre et des perspectives opérationnelles pour Tsahal pourront être établies », peut-on lire dans le rapport.

« Ce processus doit être mené et dirigé par le Premier ministre et le ministre de la Défense », a estimé la sous-commission.

Dichter et Shelah ont tous deux noté l’importance, dans une démocratie, de présenter à la population les informations sur les stratégies sécuritaires à grande échelle du pays.

Shelah a ajouté que, même si certaines stratégies de défenses du pays doivent rester secrètes, « la stratégie de défense doit être publique. »

De gauche à droite : Avi Dichter, député du Likud et président de la Commission des Affaires étrangères et de la Défense, Ofer Shelah, député de Yesh Atid et président de la sous-commission en charge des perspectives de défense, et Moti Yogev, député de HaBayit HaYehudi, pendant la présentation d'un rapport sur le plan quinquennal Gideon de l'armée, le 25 septembre 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

De gauche à droite : Avi Dichter, député du Likud et président de la Commission des Affaires étrangères et de la Défense, Ofer Shelah, député de Yesh Atid et président de la sous-commission en charge des perspectives de défense, et Moti Yogev, député de HaBayit HaYehudi, pendant la présentation d’un rapport sur le plan quinquennal Gideon de l’armée, le 25 septembre 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Moti Yogev, député de HaBayit HaYehudi et membre de la sous-commission, n’a pas signé le rapport public mais a signé le rapport classifié, car des informations cruciales ont été écartées de la version publique, ce qui, selon lui, lui donne une « tendance politique. »

(Le député du Likud Yoav Kish n’a pas non plus signé la version publique du document, mais il n’était pas présent lors de l’annonce de sa publication et n’a pas expliqué son absence.)

Shelah a expliqué que le dialogue constant entre l’armée et les dirigeants politiques, nécessaire pour la rédaction de ce rapport, était plus important que la possibilité qu’un plan stratégique potentiellement supérieur puisse naître du travail de la sous-commission.

Pour démontrer cet argument, le député de Yesh Atid a cité le général Dwight Eisenhower, ancien président américain, souvent cité par le chef d’état-major de Tsahal, Gadi Eizenkot : « les plans sont inutiles, mais la planification est indispensable. »

Shelah a rendu hommage à l’ouverture des militaires et leur volonté de coopérer avec la sous-commission, ainsi que pour avoir accepté de transmettre toutes les informations pertinentes : « cela n’arrive pas toujours », a-t-il précisé.