Pour le chef de l’agence de renseignement israélienne la plus influente du pays, la doctrine de la guerre est à un tournant. Il a déclaré le 29 janvier, que les cyber-capacités offensives affecterait considérablement les techniques de guerre pour les mille ans à venir.

Pour l’instant, les 170 000 roquettes et missiles pointés vers Israël par des Etats ennemis constituent la menace la plus imminente – encore plus que le programme nucléaire iranien.

« En mon humble avis, les cyber-attaques sont une révolution, d’une plus grande ampleur que l’invention de la poudre à canon ou de l’usage des espaces aériens au siècle dernier », a déclaré le major-général Aviv Kochavi, chef de la direction du renseignement militaire de l’armée israélienne.

Ancien officier d’infanterie, il estime que les cyber-guerres « n’ont pratiquement aucune limite ». « Et cela n’est pas une métaphore », a-t-il ajouté.

Il a révélé que la Direction du renseignement militaire de Tsahal – à ce jour la plus grande division de l’armée – a effectué de récents changements dans sa méthodologie. A une époque, explique-t-il, les renseignements d’Etat étaient chargés de décrire la réalité. Aujourd’hui, ils doivent activement en faire partie pour mieux la modifier.

« Les cyber-guerres n’ont pratiquement aucune limite »

Aviv Kochavi

Tout comme l’a fait son prédécesseur Amos Yadlin, Aviv Kochavi a fait un discours lors de la conférence annuelle du centre de recherche INSS. Il a décrit le Moyen Orient d’un point de vue historique, avec tout ce que cela comporte de défis et d’opportunités.

Selon lui, il y a quatre défis majeurs, à commencer par les roquettes. Il a affirmé qu’Israël était dans la ligne de mire de 170 000 roquettes et missiles, et que « pour la première fois depuis dizaines d’années, l’ennemi a la capacité d’atteindre les villes israéliennes. »

Dans le passé, c’était l’armée de l’air qui s’en chargeait. Aujourd’hui, les roquettes sont l’arme principale des ennemis d’Israël et constituent un challenge de taille pour les renseignements militaires.

A l’origine, les estimations de l’armée étaient bien supérieures à 170 000 roquettes, raconte Aviv Kochavi. Mais compte tenu de la guerre civile en Syrie et de l’Opération Pilier de Défense en 2012 contre le Hamas, les stocks en Syrie et dans la bande de Gaza ont été épuisés.

Néanmoins, « cet arsenal sera vite reconstitué, » prévient-il.

Il a aussi révélé que les cyber-menaces auxquelles Israël doit faire face augmentent de façon exponentielle. L’année précédente, des centaines de cyber-menaces ont visé l’administration israélienne et des dizaines d’autres ont été dirigées contre les services de renseignement.               « Heureusement, la majorité d’entre elles a échoué », a-t-il ajouté.

Par ailleurs, il a souligné la présence de djihadistes le long des frontières israéliennes, y compris en Turquie. En dehors de la tension qui monte dans les régions limitrophes, Aviv Kochavi explique que la montée en puissance de groupes armés non-étatiques aura pour conséquence de « déplacer » les conflits. En conséquence, « 90% des futures opérations menées par Israël auront lieu dans des zones urbaines. »

A l’occasion de ce bilan annuel, Aviv Kochavi a aussi évoqué quelques points positifs : la baisse de popularité et de légitimité du Hezbollah et de Bachar al-Assad, ainsi que celle des Frères Musulmans au Moyen Orient.

Il a aussi ajouté que les pays sunnites modérés « représentaient une grande opportunité », car certains de leurs intérêts sont « en   adéquation » avec ceux d’Israël.

Cette nouvelle donne au Moyen Orient, a-t-il insisté, a forcé les services de renseignement israéliens à repenser considérablement leur façon de procéder.

Sans entrer dans les détails, il a déclaré que les renseignements devaient être plus réactifs, afin que les informations dont disposent les quartiers généraux de l’armée à Tel Aviv soient directement transmissibles sur le terrain. La collecte d’information doit elle aussi augmenter et se diversifier.

Il a insisté tout particulièrement sur le rôle des cyber-guerres, qu’elles soient employées pour attaquer ou pour se défendre.

Néanmoins, « tous les meilleurs renseignements dont nous disposons, c’est aux soldats que nous les devons », a-t-il conclu, en montrant un diaporama de photos de soldats, assis devant leur écran d’ordinateur.   « Ils travaillent beaucoup et obtiennent des résultats extraordinaires. »