WASHINGTON – Le décret exécutif du président américain Donald Trump interdisant l’entrée aux Etats-Unis des réfugiés a horrifié une partie de la communauté juive américaine, en particulier parce que son annonce a coïncidé avec la Journée internationale de commémoration de l’Holocauste.

Le décret, intitulé « Protéger la nation de l’entrée de terroristes étrangers aux Etats-Unis », suspend immédiatement toute installation de réfugiés en provenance de sept pays majoritairement musulmans pour 90 jours, et interdit à ceux venant de Syrie, pays déchiré par la guerre civile, d’entrer dans le pays jusqu’à nouvel ordre.

Jonathan Greenblatt, le directeur exécutif de l’Anti-Defamation League (ADL), a promis jeudi dans un communiqué de « combattre inlassablement cette politique », notant que « notre histoire et notre héritage nous obligent à prendre position. »

L’ADL, une association juive de défense des droits civiques, surveille et lutte contre l’antisémitisme et les autres formes de sectarisme dans le monde entier.

Cette déclaration a été faite avant que le décret ne soit annoncé, alors que des rumeurs circulaient, affirmant que Trump tiendrait bientôt sa controversée promesse électorale, qui a commencé comme une « interdiction des musulmans » avant de se transformer en proposition pour interrompre l’immigration de certains territoires, en particulier au Moyen Orient, où sont ancrés des groupes terroristes.

Samedi, Greenblatt, qui n’a pas hésité à s’exprimer contre Trump pendant l’élection présidentielle américaine, a noté avec révulsion que le décret présidentiel avait été signé le jour même de la Journée internationale de commémoration de l’Holocauste. Il l’a comparé aux passagers du MS St. Louis, un navire allemand qui transportait 937 réfugiés juifs, qui n’ont pas eu l’autorisation d’entrer aux Etats-Unis, au Canada et à Cuba en 1939.

Réfugiés juifs à bord du paquebot allemand St. Louis, le 29 juin 1939. (Crédit : Planet News Archive/SSPL/Getty Images via JTA)

Réfugiés juifs à bord du paquebot allemand St. Louis, le 29 juin 1939. (Crédit : Planet News Archive/SSPL/Getty Images via JTA)

« Il est impossible d’ignorer, que ce soit intentionnel ou pas, l’ironie tragique de la mise en place du genre de décret qui a fermé l’Amérique aux juifs, comme ceux qui ont péri sur le St. Louis et d’innombrables autres, le jour où nous commémorons la tragédie indicible qui a frappé la communauté juive européenne et le peuple juif », a-t-il déclaré au Times of Israël.

« L’ironie tragique de ce décret, exécuté ce jour même, est au mieux frappante, et triste à voir, a-t-il ajouté. [C’est] une politique qui est en opposition directe avec nos valeurs fondamentales en tant que nation, et avec tout ce que nous avons appris depuis la Shoah. »

Sur Twitter, le rabbin Rick Jacobs, qui dirige l’Union de la communauté juive réformée, a comparé le décret à la décision de la cour Dred Scott, qui a maintenu l’esclavage dans le Sud des Etats-Unis avant la guerre, et à l’internement des Américains Japonais pendant la Seconde Guerre mondiale.

L’AJC a également fustigé le décret, déclarant vendredi dans un communiqué qu’il était « injuste et injustifié ».

Le président Trump a raison de vouloir assurer une sécurité des frontières qui examine correctement ceux qui entrent dans le pays, a déclaré David Harris, le président de l’association. Mais cette action générale est inadmissible, a-t-il indiqué.

David Harris, directeur exécutif de l'AJC. (Crédit : Olivier Fitoussi/AJC)

David Harris, directeur exécutif de l’AJC. (Crédit : Olivier Fitoussi/AJC)

« La suspension générale des visas et de l’admission des réfugiés suggèreraient [qu’ils sont] coupables par associations, en ciblant principalement les musulmans fuyant les violences et l’oppression, a-t-il déclaré. L’AJC considère de telles actions, contraires aux perceptions internationales d’une Amérique compatissante et renforçant les stéréotypes anti-musulmans, comme injustes et injustifiées. »

Le décret de Trump comprend une clause qui autorise les Etats-Unis à admettre des réfugiés au cas par cas pendant le gel, pendant que le gouvernement étudiera les demandes de personnes affirmant être victimes de persécution religieuse, mais uniquement si la religion de ces individus est minoritaire dans leur pays.

Greenblatt a jugé cette clause troublante. « Il est impossible de ne pas voir cela comme un grand tableau qui dépeint tous les musulmans de ces pays de la même manière, a-t-il déclaré. Nous luttons tous pour comprendre une politique qui est aux antipodes des valeurs de notre pays. »

Il a déclaré que l’ADL préparait une série de mesures pour lutter contre cette politique de l’administration Trump et qu’elle présentera son plan cette semaine.

« Nous préciserons cela dans les prochains jours », a-t-il déclaré.

Une femme portant une broche pendant une manifestation contre le décret présidentiel interdisant l'immigration musulmane à l'aéroport international de San Francisco, le 28 janvier 2017. (Crédit : Stephen Lam/Getty Images/AFP)

Une femme portant une broche pendant une manifestation contre le décret présidentiel interdisant l’immigration musulmane à l’aéroport international de San Francisco, le 28 janvier 2017. (Crédit : Stephen Lam/Getty Images/AFP)

D’autre part, B’nai Brith International s’est déclaré « profondément préoccupé » par ce plan « drastique ».

« Bien que nous reconnaissions la menace très réelle posée par les terroristes qui veulent exploiter les instincts humanitaires de notre pays, une approche plus nuancée et plus équilibrée pour aider ceux qui cherchent un endroit sûr est clairement préférable, et plus en relation avec les valeurs américaines, que cette interdiction générale imposée par l’administration », ont déclaré le président et le directeur exécutif de l’organisation, Gary P. Saltzman et Daniel S. Mariaschin, dans un communiqué.

« Notre pays a une grande tradition, quoique parfois imparfaite, d’accueil de ceux qui fuient l’oppression, la persécution et les guerres civiles qui n’en finissent pas », ont-ils déclaré.