Voilà une preuve d’une belle santé grâce à des budgets plus importants et, depuis plusieurs années déjà, une reconnaissance internationale de la qualité de ses films.

Dans la catégorie « Un Certain Regard », la réalisatrice Keren Yedaya, qui avait remporté la Caméra d’Or en 2004 avec « Mon Trésor », fait son retour avec « Loin de mon père », récit sulfureux sur une relation incestueuse entre un homme de 60 ans et sa fille de 22 ans.

Deux autres films israéliens concourent dans « la Semaine de la critique »: « Self Made » de Shira Geffen — l’histoire de deux femmes, l’une Israélienne l’autre Palestinienne, qui « échangent leurs vies » à un checkpoint — et hors compétition « L’Institutrice » de Nadav Lapid, son deuxième film après « Policeman ».

Enfin, « Gett, le procès de Viviane Amsalem », écrit et réalisé par l’actrice Ronit Elkabetz, star en Israël, et son frère cadet Shlomi, ainsi que « Next to her » d’Assaf Korman seront présentés à « La Quinzaine des réalisateurs », autre section parallèle au Festival.

La vitalité de la production israélienne se traduit par le nombre de plus en plus important de films sélectionnés dans des grands festivals internationaux et par un succès populaire en Israël et à l’étranger.

Depuis une décennie, le cinéma israélien collectionne les nominations à Hollywood pour l’Oscar du meilleur film étranger: « Beaufort » (2007, Joseph Cedar), « Valse avec Bachir » (2008, Ari Folman), « Ajami » (2009, Skandar Copti et Yaron Shani), « Footnote » (2011, Cedar à nouveau)…

D’autres films comme l’hilarant « Visite de la Fanfare » (2007, Eran Kolirin), « Les Méduses » (2007, du couple Shira Geffen-Etkar Keret), ou « Tu marcheras sur l’eau » (2004, Etan Fox) ont été encensés par la critique, attirant un public de plus en plus nombreux en Israël qui préférait jusque là les blockbusters américains à la production locale.

« La reconnaissance internationale, associée à un niveau de qualité qui ne se dément pas depuis plusieurs années, a mis la production cinématographique israélienne au premier plan », explique à l’AFP Meir Schnitzer, critique réputé.

Miracle

C’est avec « Mariage tardif » de Dover Kossashvili, sorti en 2001, que l’on assiste à une véritable révolution, quand cette comédie dramatique sur une famille juive d’origine géorgienne, diffusée notamment en Europe et aux Etats-Unis, devient le premier film israélien à connaître une renommée planétaire.

Longtemps, le cinéma israélien a été en crise. Mais alors que pendant des années, moins de 15 films étaient produits annuellement en Israël, le nombre de longs métrages de fiction tournés localement a atteint le chiffre record de 38 en 2013.

Pour Yaïr Raveh, autre critique et blogueur, « le terme de crise pour le cinéma israélien fait partie du passé depuis dix ans ».

Selon les statistiques officielles, 14 millions de places de cinéma ont été vendues l’an dernier contre moins de 8 millions en 2005, dont 700.000 pour des films israéliens (un record pour un pays de 8 millions d’habitants).

« Le Cœur a ses raisons » (2012, Rama Burstein), une plongée dans l’univers juif ultra-orthodoxe, qui a offert à son interprète principale Hadas Yaron le prix de la meilleure actrice au Festival de Venise, a rempli les salles obscures en Israël pendant des mois dépassant 300.000 entrées!

L’an dernier, c’est « Bethléem » (Youval Adler), une histoire d’amitié tragique entre un agent secret israélien et son jeune informateur palestinien, qui a eu les faveurs du public et de la critique.

« Le miracle du cinéma israélien dure depuis plus de dix ans et ne se mesure pas uniquement au nombre de films annuels ou au succès public mais à une véritable révolution dans la qualité de la production », juge Meir Schnitzer.

Auteur de nombreux livres sur le cinéma israélien, il souligne que si 400 films de fiction ont été produits en hébreu entre 1932 et 1994, on en recense plus de 1 600 depuis cette date.

« Par la force des choses, plus il y a de films, plus il y a des chances pour qu’il y ait des meilleurs œuvres », explique le critique.