Le soleil était déjà au zénith quand un bus rempli de touristes juifs roulait dans la petite ville biélorusse de Glubokoe.

Le bâtiment terne et la pauvreté visible de cette ville de l’ex-URSS n’ont pas vraiment enthousiasmé les passagers – les journalistes et les participants VIP de la conférence de Biélorussie organisée au début du mois par le groupe d’étude juive Limmud FSU.

Mais nous étions là pour l’importance de Glubokoe dans la vie d’Eliezer Ben Yehuda, considéré par tous comme le père de l’hébreu moderne. Ben Yehuda a étudié à Glubokoe, et ses première et seconde épouses, des sœurs, y sont nées.

Ceux d’entre nous qui avaient déjà travaillé dans l’ex-URSS s’attendaient à une réception de l’Hôtel de ville avec des biscuits rassis et des discours éculés de fonctionnaires locaux de peu d’importance, suivis, peut-être, d’une visite d’un musée municipal en décomposition.

Mais alors que le bus approchait de la place principale de Glubokoe, le bruit des manifestations d’étonnement grandissait.

Debout dans le soleil sur l’asphalte de la rue principale de Glubokoe, se tenait une fanfare exclusivement féminine composée d’une vingtaine de belles jeunes femmes munies d’instruments de musique, en uniforme blanc et rouge, avec des mini-jupes et des bottes hautes.

Tâtonnant pour extraire nos caméras, nous descendions pour assister à une petite fête de bienvenue en présence du gouverneur et trois femmes de la région. Ils tenaient un pain de 60 cm de long dont la croûte noire était décorée d’une pâte légère en forme de tournesol.

Le pain fut présenté à l’hôte de la délégation d’honneur, Gil Hovav, célèbre chef et critique gastronomique israélien, n’est nul autre que le petit-fils d’Eliezer Ben Yehuda.

La fanfare a interprété des chansons avant de diriger la délégation vers une place composée de neuf colonnes, chacune d’elles portant le buste d’une personnalité célèbre de Glubokoe.

Parmi elles, se trouvait une statue dévoilée en 2010 représentant le jeune Eliezer Ben Yehuda arborant l’expression austère, presque bourrue, typique, selon les gens qui le connaissaient, de ce roux à la volonté de fer.

Hovav a prononcé un discours honnête et touchant sur ce grand-père, qui, selon lui, a vécu dans le pré-Etat ​​d’Israël avec le sentiment constant d’être sous-estimé, ce qui l’a mené à de nombreux affrontements avec des adversaires réels ou imaginaires.

Ben Yehuda, a assuré Hovav aux résidents de Glubokoe, aurait été ravi de voir une statue en son honneur dans cette ville.

Plus tard ce jour-là, une cérémonie semblable s’est déroulée à Luzhki, la ville natale de Ben Yehuda, où Hovav a inauguré un monument consacré à son grand-père. Des centaines d’habitants étaient présents.

J’ai demandé à Boris Gersten, le président de l’Union des organisations biélorusses et des collectivités publiques juives, pourquoi les habitants semblent trouver le patrimoine de Ben Yehuda si important.

« Nous n’avons pas beaucoup d’interaction avec le reste du monde », dit-il de son pays, qui est parfois appelé la dernière dictature d’Europe, soumise à des sanctions de l’Union européenne pour violations présumées des droits de l’Homme par son président tout-puissant, Alexandre Loukachenko.

« Donc, chaque fois qu’il y a une visite de personnes de l’étranger, c’est intéressant, attrayant », explique-t-il.

Bien qu’il se disait tout à fait imperméable aux charmes de l’Europe, je crois que Ben Yehuda aurait sûrement apprécié.