La police bosnienne a arrêté mardi deux personnes, dont un djihadiste présumé, soupçonnées d’être complices de l’auteur d’une attaque « terroriste » dans laquelle un policier a été tué lundi, alors que les forces de l’ordre restent en état d’alerte.

Deux policiers ont été également blessés durant l’attaque à Zvornik (est). L’homme qui criait « Allah Akbar » lors de l’assaut a été tué dans un échange de tirs avec les policiers, avant d’être identifié comme Nerdin Ibric, âgé de 24 ans.

« Je crains que cela ne soit le début de développements bien plus graves dans toute la Bosnie », a mis en garde Dragan Lukac, ministre de l’Intérieur de la Republika Srpska (RS), entité serbe de Bosnie où l’attaque a eu lieu.

Le suspect arrêté « est lié à la mouvance wahhabite » et « il avait déjà été interrogé à propos de son déplacement en Syrie » en 2014, a dit Lukac.

L’homme interpellé s’apelle Avdulah Hasanovic, selon des sources policières citées par la presse. Il avait déjà été interpellé en septembre dans le cadre d’une opération contre des personnes soupçonnées d’avoir rejoint les rangs du groupe Etat islamique (EI) en Syrie ou en Irak ou d’avoir recruté des djihadistes.

Selon la chaîne de télévision privée TV1, l’assaillant fréquentait régulièrement Avdulah Hasanovic ces derniers mois.

Un deuxième suspect a été arrêté plus tard dans la journée dans la région de Kalesija (nord-est), a indiqué la police. Selon la presse locale, il s’agit de Kasim Mehidic, propriétaire d’un commerce.

Pendant la guerre intercommunautaire de 1992-95, la Bosnie avait accueilli des centaines d’islamistes venus notamment de pays arabes pour épauler les forces musulmanes.

Ces combattants étrangers ont quitté le pays, mais leur interprétation rigoriste de l’islam a été adoptée par certains musulmans de Bosnie qui, vingt ans plus tard, partent combattre aux côtés des djihadistes en Syrie et en Irak.

Les autorités n’ont pas dit si l’assaillant, un musulman d’un village près de Zvornik, était directement lié à l’EI. Selon la presse locale, le père de Nerdin Ibric a été tué au début de la guerre de Bosnie par les forces serbes.

Sécurité renforcée dans le pays

Lundi soir, le jeune homme est arrivé devant le commissariat à bord d’une voiture et a tué policier qui se trouvait devant la porte en lui tirant dessus au fusil à pompe.

Il est ensuite entré dans le commissariat et a continué à tirer sur les policiers, en blessant deux avant d’être lui-même abattu.

Mardi, la sécurité était renforcée autour des institutions de l’Etat dans les principales villes du pays.

« Nous devons comprendre comment cet acte a été planifié et s’il y a eu éventuellement un contexte plus large », a affirmé le ministre de la Sécurité, Dragan Mektic.

« Nous devons définitivement affronter le fait qu’il y a un problème sérieux de terrorisme qui prend de l’ampleur en Bosnie et nous devons utiliser toutes nos capacités pour le vaincre. Autrement nous serons vaincus », a-t-il dit.

Mektic a fait valoir que les renseignements bosniens disposaient déjà depuis vendredi d’une information quant à une possible « attaque terroriste » en Bosnie, sans toutefois connaître le lieu et le moment de l’attaque.

Les renseignements bosniens ont été informés de cette menace par leurs homologues australiens à la suite de l’arrestation à la mi-avril de cinq hommes, dont au moins deux d’origine bosnienne, soupçonnés d’avoir projeté des « actes terroristes » à Melbourne, a rapporté la chaîne d’Etat bosnienne FTV, citant un document officiel.

Le policier tué à Zvornik était un Serbe, tout comme ses collègues blessés. Redoutant d’éventuelles représailles dans cette ville où les tensions persistent entre les communautés serbe et musulmane depuis la guerre des années 1990, les autorités y ont déployé des unités spéciales de police et ont appelé au calme.

La Bosnie a été de 1992 à 1995 le théâtre d’une guerre intercommunautaire à l’issue de laquelle le pays a été divisé en deux entités, une serbe et l’autre croato-musulmane.

Une mouvance islamiste est présente en Bosnie, pays balkanique de 3,8 millions d’habitants, dont environ 40 % de musulmans qui vivent aux côtés des Serbes, chrétiens orthodoxes, et des Croates, catholiques.