Les Palestiniens élisaient samedi leurs conseils municipaux seulement en Cisjordanie, la bande de Gaza gouvernée par le Hamas terroriste restant à l’écart en raison des différends entre mouvements rivaux.

Le Fatah du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas et les candidats sans étiquette proches de lui devraient sans surprise rafler le plus grand nombre de sièges comme ce fut le cas lors des dernières municipales de 2012, boycottées par le Hamas.

Le parti terroriste n’a pas présenté de liste sous son nom et a appelé du bout des lèvres à voter, après avoir dénoncé un scrutin « renforçant la division ».

A 04H00 GMT, 145 bureaux de vote ont ouvert dans des écoles de Cisjordanie, a indiqué le président de la Commission électorale Hanna Nassir. Ils fermeront à 16H00 GMT et les résultats définitifs doivent être connus dimanche, selon lui.

A 13H00 GMT, le taux de participation était de 35,3 %, selon la commission.

Aucun scrutin national ne s’est tenu dans les territoires palestiniens depuis 2006.

Celui de samedi est de nouveau marqué du sceau de la division entre la Cisjordanie –dirigée par l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas– et la bande de Gaza –-aux mains du Hamas depuis 10 ans.

A l’issue d’un long feuilleton judiciaire, la Haute cour de justice a reporté le scrutin dans l’enclave palestinienne sine die. L’absence de la bande de Gaza, avec ses deux millions d’habitants, scelle un nouvel échec des efforts de réconciliation.

Samedi, le Premier ministre Rami Hamdallah a accusé le Hamas d’en être l’unique responsable car il a « interdit » cette élection à Gaza où il maintient « un gouvernement » concurrent qui entérine « la séparation ».

Le Premier ministre de l’Autorité palestinienne, Rami Hamdallah (Crédit : Université d'An-Najah)

Le Premier ministre de l’Autorité palestinienne, Rami Hamdallah (Crédit : Université d’An-Najah)

A Ramallah, le siège de l’Autorité palestinienne, Dona Kafri est allée voter dès l’ouverture du scrutin dans le quartier cossu d’al-Tireh. Derrière un paravent, elle a coché l’une des quatre listes puis a glissé son bulletin dans l’urne. Elle a ensuite trempé son doigt dans une encre indélébile bleue, de façon à ne pas pouvoir voter deux fois.

« Parce qu’on leur a donné nos voix, on pourra ensuite demander des comptes » aux élus, affirme à l’AFP cette Palestinienne.

Pour Amjad Moustapha, un trentenaire qui dirige une société de matériel informatique, ce vote est « une occasion à ne pas rater car cela faisait longtemps qu’on n’avait pas participé à un événement démocratique ».

Poids des familles

Pour Mme Kafri, « il était temps que nous puissions décider dans notre ville et notre pays ».

La dernière présidentielle remonte à 2005. Le mandat de M. Abbas, expiré en 2009, court toujours faute d’accord avec le Hamas sur la tenue d’élections. C’est donc lui que rencontrera le président américain Donald Trump fin mai lors d’une visite en Cisjordanie et en Israël pour, dit-il, travailler à un accord de paix avec les Israéliens.

Le président américain Donald Trump avec le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, le 3 mai 2017. (Crédit : Mandel Ngan/AFP)

Le président américain Donald Trump avec le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, le 3 mai 2017. (Crédit : Mandel Ngan/AFP)

Quant au dernier Parlement, il a été élu en 2006, un scrutin remporté par le Hamas qui, privé de sa victoire par l’Autorité palestinienne, s’est lancé avec le Fatah de M. Abbas dans une quasi guerre civile qui a mené à la division actuelle.

Sur 1,1 million d’électeurs inscrits en Cisjordanie, « 70 % sont appelés à voter » samedi, a expliqué M. Nassir. Car dans 181 circonscriptions, majoritairement des villages, les habitants ont décidé par consensus qu’une seule liste se présenterait.

Parmi les 4.400 candidats, le Fatah « est très représenté, mais les clans et les familles pèsent aussi largement », explique-t-il.

Samir Bechari, un mécanicien qui s’appuie sur sa canne, explique à l’AFP à la sortie du bureau de vote à Ramallah que son choix n’a « pas été que politique », car ce qui compte avant tout, c’est que « ceux qui gagnent prennent soin de la ville et de tous ses habitants ».

Comme lors des précédentes municipales, il sera difficile pour les observateurs de dégager de véritables tendances à l’issue de ce scrutin, tant les enjeux et les liens locaux comptent pour les électeurs, alors que les affiliations politiques sont floues avec plus de la moitié des listes représentant des « indépendants ».

Mais pour Zina Masri, qui votait à Ramallah, « des élections municipales, c’est déjà mieux que rien » dans un pays où « la situation est différente de partout ailleurs dans le monde ».