Dans seulement huit jours, l’Autorité palestinienne devra payer les salaires d’environ 180 000 employés. À l’heure actuelle, la manière n’est toujours pas claire.

Israël, ou plus précisément le Premier ministre Benjamin Netanyahu, semble déterminé à ne pas renouveler le transfert des taxes à l’Autorité palestinienne, contrairement à la position de représentants de l’establishment de la défense.

Ces deux derniers mois, l’Autorité palestinienne a trouvé une solution lui permettant de surmonter partiellement les sanctions israéliennes, via des garanties et des prêts auprès de banques, qui lui ont permis de payer environ 60 % de ces salaires.

Selon de hauts responsables palestiniens, cependant, les banques ne peuvent plus continuer à prêter des fonds à Ramallah pour régler le prochain salaire et les employés de l’AP devraient recevoir pas même une partie de celui-ci au début mars.

Une solution temporaire et partielle à la question sera probablement trouvée, et les fonctionnaires recevront une partie encore plus faible de leurs salaires. Mais les salaires des employés de l’AP sont le facteur le plus important de l’économie de Cisjordanie et leur interruption fermera ce moteur.

Tandis que les mois passent et les salaires diminuent, l’économie de Cisjordanie se détériore et les risques d’une augmentation de la violence sont de plus en plus réalistes.

Bizarrement, les dirigeants politiques israéliens ne semblent pas vouloir s’embarrasser de ce problème.

Alors que Tsahal est en état d’alerte, le Commandement central, le Shin Bet et les forces spéciales se préparent à une possible escalade de la violence en Cisjordanie en mars et avril, en partie à cause du gel du transfert de fonds fiscaux, même si la question semble être presque totalement occultée par le Premier ministre ou le ministre de la Défense.

En outre, les médias israéliens ne s’empressent pas de couvrir le danger d’une confrontation violente avec les Palestiniens dans les prochains mois.

Netanyahou, le ministre de la Défense Moshe Yaalon et d’autres membres du cabinet ne semblent pas prêts de modifier leur position sur la question. A leurs yeux, le gel des fonds fiscaux palestiniens constitue une réponse justifiée à la décision de l’Autorité palestinienne de se tourner vers la Cour pénale internationale.

Les conséquences de la situation sur le terrain sont claires pour eux – la remise en cause de la coopération sécuritaire entre les deux parties (peut-être même sa suspension) ; l’agitation qui augmentera progressivement au sein des résidents de Cisjordanie contre l’Autorité palestinienne, notamment parmi les classes inférieures de la société palestinienne ; et le président de l’AP Mahmoud Abbas acculé dans un coin.

La raison veut que l’intérêt d’Israël soit de transférer des fonds aux Palestiniens afin de préserver la coopération sécuritaire, comme il l’a fait jusqu’à présent.

Les arrestations de centaines de membres du Hamas par l’AP chaque année aident à intercepter des attentats terroristes – y compris contre les habitants des implantations et l’armée israélienne – et ont même réussi à maintenir la paix durant la guerre de l’été dernier à Gaza.

Mais toute décision est empêchée par les élections du 17 mars, qui peuvent dissuader Netanyahu d’ouvrir le robinet et de laisser couler l’argent vers l’Autorité palestinienne. Une telle mesure ne ferait que renforcer le pari HaBayit HaYehudi.

En attendant, l’Autorité palestinienne ne s’attend pas à ce que Netanyahu débloque les fonds au lendemain des élections.

A Ramallah, l’on suppose que même les semaines suivantes, tandis que Jérusalem composera une coalition gouvernementale, les fonds palestiniens resteront en Israël.

Mais les responsables palestiniens comprennent la nécessité de maintenir un profil bas avant les élections, de crainte que même une confrontation diplomatique aide la campagne de Netanyahu. C’est aussi l’explication du silence des médias palestiniens sur des recours devant La Haye ou le Conseil de sécurité des Nations unies.

Mais chaque jour qui passe où les salaires restent impayés, le danger d’un effondrement de la loi et de l’ordre en Cisjordanie croît. L’économie palestinienne connaît déjà un ralentissement qui, dans les mois à venir, pourrait se transformer en véritable crise.

Dans le cas d’un soulèvement national, même d’ordre économique, contre l’Autorité palestinienne, il sera très difficile de prédire où cette colère saignera.