La Coalition nationale syrienne (CNS), la principale formation de l’opposition en exil, a apporté jeudi son soutien à un cessez-le-feu qui doit entrer en vigueur en Syrie à minuit, selon son porte-parole Ahmad Ramadan.

« La coalition nationale apporte son soutien à l’accord, et appelle toutes les parties à s’y soumettre », a-t-il précisé, alors que l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, parrainé par la Russie et la Turquie, a été confirmée par l’armée syrienne.

La Turquie et la Russie, dont la coopération s’est intensifiée sur le dossier syrien, prévoient la mise en oeuvre d’un cessez-le-feu en Syrie avant le début de la nouvelle année, a déclaré jeudi un ministre turc.

Le cessez-le-feu pourrait être mis en oeuvre « à tout moment », a annoncé le chef de la diplomatie turque Mevlüt Cavusoglu, interrogé sur la chaîne de télévision A Haber à Ankara. « Nous prévoyons d’obtenir ceci avant le début de la nouvelle année ».

La veille, l’agence de presse progouvernementale turque Anadolu avait annoncé que Moscou et Ankara étaient parvenus à un accord sur un projet de cessez-le-feu sur l’ensemble de la Syrie, ce que les principaux acteurs du conflit n’avaient pas confirmé.

Mevlüt Cavusoglu, ministre turc des Affaires étrangères. (Crédit : capture d'écran YouTube)

Mevlüt Cavusoglu, ministre turc des Affaires étrangères. (Crédit : capture d’écran YouTube)

M. Cavusoglu a assuré qu’en cas de succès, cet accord conduirait à des négociations politiques entre le régime de Bachar al-Assad et l’opposition syrienne à Astana, au Kazakhstan.

Astana n’est pas « une alternative à Genève » où doivent se dérouler des négociations sous l’égide de l’ONU en février, a néanmoins souligné le ministre. « C’est une étape complémentaire ».

« Les négociations à Astana se feront sous notre supervision », a-t-il ajouté, en précisant que la liste des participants n’était pas encore arrêtée.

Plusieurs accords de cessez-le-feu ont déjà été conclus en Syrie, négociés par Washington et Moscou, mais ont rapidement achoppé.

Les Etats-Unis ne sont pas inclus dans les négociations en cours entre la Turquie et la Russie.

‘Garants’

Mevlüt Cavusoglu a précisé que Moscou et Ankara seraient les garants de l’accord négocié, mais qu’il n’était pas encore clair si Téhéran le serait aussi.

Une réunion entre la Turquie, la Russie et l’opposition syrienne armée doit avoir lieu jeudi à Ankara, selon la chaîne qatarie Al-Jazeera. De nombreuses réunions de ce type se sont tenues ces dernières semaines dans la capitale turque.

La Russie et la Turquie sont très impliquées dans le conflit syrien, où elles soutiennent des parties adverses: Ankara appuie les rebelles tandis que Moscou, tout comme Téhéran, est un proche allié de Damas.

La coopération russo-turque a accouché il y a deux semaines d’un cessez-le-feu à Alep, permettant l’évacuation de milliers de personnes des quartiers tenus par les rebelles.

Cette coopération sur le dossier syrien s’est intensifiée depuis le réchauffement des relations russo-turques après une grave crise diplomatique due à la destruction d’un avion russe par la Turquie au-dessus de la frontière syrienne fin 2015.

La Turquie est restée silencieuse lorsque le président Assad a obtenu sa plus grande victoire contre la rébellion depuis le début du conflit en reprenant la totalité d’Alep la semaine dernière, grâce à l’aide russe.

Le président syrien Bashar el-Assad sur la chaîne portugaise RTP, le 15 novembre 2016. (Crédit : capture d'écran RTP)

Le président syrien Bashar el-Assad sur la chaîne portugaise RTP, le 15 novembre 2016. (Crédit : capture d’écran RTP)

Mevlüt Cavusoglu a néanmoins affirmé qu’il était « hors de question » pour la Turquie d’échanger avec M. Assad.

Tensions

La Turquie s’agace en revanche de plus en plus ouvertement du soutien apporté par les Etats-Unis aux milices kurdes en Syrie pour lutter contre le groupe Etat islamique (EI).

Ankara considère ces milices comme des alliées du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), classé « organisation terroriste » par la Turquie, les Etats-Unis et l’Union européenne.

Le président Recep Tayyip Erdogan a accusé mardi la coalition internationale menée par Washington de soutenir, outre ces milices kurdes, l’EI lui-même.

Un soutien vigoureusement démenti mercredi par l’ambassade américaine à Ankara, qui a nié également fournir des armes ou des explosifs aux milices kurdes et au PKK.

Le président turc a répliqué lors d’un discours jeudi : « Si vous donnez tous types d’armes à des organisations terroristes dans la région, puis affirmez ‘on ne donne pas des armes mais que des munitions’, désolé, mais nous ne l’accepterons pas », a-t-il affirmé, sans mentionner l’accord de cessez-le-feu.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan s'adresse à la 71e Assemblée générale des Nations unies à New York, le 20 septembre 2016. (Crédit : John Moore/Getty Images/AFP)

Le président turc Recep Tayyip Erdogan s’adresse à la 71e Assemblée générale des Nations unies à New York, le 20 septembre 2016. (Crédit : John Moore/Getty Images/AFP)

Il reproche également à la coalition internationale de ne pas soutenir l’opération militaire turque engagée dans le nord de la Syrie depuis fin août.

Depuis le début de la guerre en mars 2011, le conflit en Syrie a fait plus de 310 000 morts et poussé des millions de Syriens à l’exil.

Jeudi encore, l’Observatoire syrien des Droits de l’Homme (OSDH) a déploré la mort de 7 civils, dont 3 enfants dans des frappes du régime dans la Ghouta orientale, près de Damas.