La décision de l’Australie de cesser de se référer à Jérusalem-Est comme « occupée » et d’adopter des mesures similaires supplémentaires seront susceptibles de plaire à Israël et attiseront la colère des Palestiniens.

Cette décision est une mesure de rétorsion contre les responsables palestiniens qui, ces derniers mois, ont à plusieurs reprises férocement attaqué la politique du Moyen Orient de Canberra en public, a-t-on appris au Times of Israel.

« Le gouvernement australien est irrité par la façon dont les Palestiniens ont choisi de montrer leurs désaccords avec nous en public », a déclaré une source australienne haut placée au Times of Israel jeudi. « C’est le genre de comportement que vous attendez des dirigeants d’un syndicat étudiant, mais pas d’un gouvernement en attente ».

Mercredi, le procureur général de l’Australie George Brandis a donné une explication sur la position de la ministre des Affaires étrangères Julie Bishop selon laquelle l’utilisation du mot « occupé » est moralisateur et ne contribue pas au dialogue sur la zone contestée.

« La description de Jérusalem-Est comme « occupée » à Jérusalem Est est un terme lourd d’implications péjoratives qui ne sont ni appropriées ni utiles », a déclaré Brandis lors d’une réunion au Sénat. « Il ne doit pas et ne sera pas dans la pratique du gouvernement australien de décrire les domaines de négociation dans cette langue
moralisatrice ».

C’est l’étape qui cimente la position de l’Australie comme l’un des amis les plus proches du gouvernement israélien dans la communauté internationale.

Cet été, Benjamin Netanyahu est en passe de devenir le premier chef de gouvernement israélien en fonction à visiter Canberra. Pendant ce temps, le ministre des Affaires étrangères Avigdor Liberman a salué jeudi la décision de l’Australie en ce qui concerne Jérusalem-Est, en affirmant que c’est un signe de « l’honnêteté et de l’équité » dans l’approche du conflit du pays.

Cependant, il y a plus à la nouvelle approche de l’Australie à la question israélo-palestinienne : une politique similaire est en place en ce qui concerne toutes les autres questions essentielles non résolues du conflit, ce qui signifie que Canberra ne prend pas position sur eux, contrairement à n’importe quel autre gouvernement dans le monde.

Dans la pratique, l’Australie ne fera pas de déclarations officielles sur les frontières futures ou sur la demande des Palestiniens pour un « droit au retour ».

Le plus remarquable est que Canberra, de manière unique, n’a pas de position sur la légalité ou l’illégalité des implantations juives en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, contrairement à la position juridique de l’Organisation des Nations unies, de l’Union européenne et presque tout autre gouvernement dans le monde, y compris du Canada et des États-Unis.

« J’aimerais voir la loi internationale qui les a déclarés illégales » a déclaré Bishop au Times of Israel en janvier, s’attirant de vives critiques de la part de hauts responsables palestiniens, qui ont évacué leur frustration envers sa position dans plusieurs textes d’opinion durement formulés dans la presse australienne.

En mai, l’ambassadeur de l’Australie en Israël, Dave Sharma, a rencontré le ministre du Logement Uri Ariel dans le bureau de celui-ci situé à Jérusalem Est. La plupart des envoyés évite de rencontrer des responsables israéliens n’importe où au-delà de la Ligne verte de peur que cela ne soit considéré comme une approbation tacite des revendications israéliennes sur le territoire.

Furieux du coup de Sharma, le négociateur en chef des pourparlers palestinien, Saeb Erekat, a écrit une lettre courroucée à Bishop, qui a été divulguée à Haaretz le jour même où elle a été envoyée.

« Il convient de noter que la reconnaissance diplomatique de la situation créée par la tentative d’annexion de notre capitale est une violation flagrante du droit international », a écrit Erekat à la ministre des Affaires étrangères australienne.

« Je dois aussi prendre un moment pour vous rappeler gentiment que l’Australie est sous l’obligation claire de respecter et de garantir le respect de la quatrième Convention de Genève relative à la protection de la personne civile en temps de guerre et que l’État qui aide sciemment un autre État dans la réalisation d’un fait internationalement illicite est responsable de la violation ».

La communauté internationale cite de façon massive la quatrième Convention de Genève, pour condamner les implantations israéliennes en Cisjordanie et à Jérusalem-Est et les qualifier d’illégales. Toute violation de la Convention est considérée comme crimes de guerre.

« Les Palestiniens ont mal géré [cette situation]. Ce genre de désaccords est généralement traité en privé », a déclaré la source australienne de haut rang, ajoutant que le comportement des Palestiniens a partiellement mené à l’annonce de Canberra cette semaine de ne plus se référer à Jérusalem-Est comme « occupée ».

« La lettre de M. Erekat a été tout à fait personnelle et ne reflète pas la façon dont les hauts fonctionnaires devrait normalement s’écrire. Apparemment, ils n’attachent pas beaucoup d’importance à leur relation avec l’Australie, et n’apprécient pas vraiment notre soutien financier ».

L’Australie est l’un des 10 principaux donateurs aux Palestiniens. En 2013, le gouvernement a donné 50 millions de dollars d’aide à l’Autorité palestinienne, en grande partie non liée, ce qui signifie que les Palestiniens peuvent dépenser les fonds comme bon leur semble.

Malgré la ligne diplomatique actuelle, et au beau milieu de coupes dans l’aide au développement d’autres pays, Canberra ne prévoit pas actuellement de réduire ses contributions à l’Autorité palestinienne.

Canberra n’a également pas accueilli avec bienveillance la création du nouveau gouvernement palestinien d’union nationale, qui est soutenu par le Hamas – comme l’ONU, l’UE, et de nombreux pays ont fait – mais n’ont cependant pas rompu les liens avec l’Autorité palestinienne, comme Jérusalem l’aurait souhaité.

L’aide continuera à arriver pour le nouveau gouvernement, et les fonctionnaires australiens voyageant dans la région continueront à rendre visite à leurs homologues à Ramallah. Dans le même temps, l’Australie n’empêche pas ses fonctionnaires de rencontrer des responsables israéliens à Jérusalem Est, contrairement à la plupart des autres pays.

Alors que l’Australie refuse de prendre des positions concrètes sur les questions essentielles du conflit israélo-palestinien, le gouvernement soutient une « solution pacifique au conflit entre Israël et le peuple palestinien, qui reconnaît le droit d’Israël à exister en paix dans des frontières sûres et reconnaît également l’aspiration à un Etat du peuple palestinien », a déclaré le procureur général Brandis.