La commission d’enquête onusienne sur d’éventuels crimes de guerre commis pendant la guerre de Gaza de l’été dernier sollicite le témoignage d’Israéliens touchés par des tirs de roquettes et d’autres attaques terroristes palestiniennes.

Certains activistes pro-israéliens exhortent les Israéliens à raconter à la commission les souffrances vécues pendant le conflit de 50 jours, dans l’espoir de contrebalancer un rapport qui serait considérablement critique à l’égard d’Israël.

Mais le gouvernement à Jérusalem, qui a jusqu’à présent refusé de coopérer avec l’enquête, a déclaré cette semaine que toute tentative d’influencer l’opinion des commissaires était « vaine ».

La recherche de témoignages d’Israéliens est simplement une tentative de la commission de cacher son parti-pris anti-israélien, selon un haut responsable. Des officiels ont qualifié l’enquête de « tribunal fantoche » dont les conclusions étaient « courues d’avance ».

L’enquête, initiée par le Conseil des droits de d’homme de l’ONU et dirigée par le professeur canadien de droit international William Schabas, accepte les témoignages écrits jusqu’au 31 janvier.

Alors que la commission devrait se concentrer sur les violations israéliennes au cours de la guerre de l’été entre Israël et le Hamas à Gaza, un communiqué de presse publié fin décembre indiquait qu’elle inclurait « des enquêtes sur les activités des groupes armés palestiniens à Gaza, y compris les attaques sur Israël, ainsi que l’opération militaire israélienne dans la bande de Gaza et les actions israéliennes en Cisjordanie, dont Jérusalem-Est ».

Les trois commissaires « souhaitent personnellement rassurer tous ceux qui ont tant souffert du conflit qu’ils feront tout leur possible pour s’acquitter de leur tâche du mieux possible », selon le communiqué.

Cette déclaration a conduit certains à désirer que de nombreux Israéliens témoignent de leurs épreuves cet été devant la commission.

Elihu D. Stone, un avocat basé à Israël, a écrit dans un blog du Times of Israel, la semaine dernière, que le boycott de la commission ne ferait que renforcer son parti-pris en faveur des Palestiniens.

« A moins que la commission ne présente des témoignages poignants et volumineux sur la façon dont les Israéliens ont été touchés par les violations palestiniennes du droit international, il y a peu de chances qu’elle soit fidèle à sa mission », écrit-il.

Un site web, Hear Our Voices, a été créé pour faire pression sur les Israéliens afin qu’ils tirent profit de la demande de témoignages écrits.

« Le parti pris contre Israël de la part de la commission actuelle – réel ou perçu – ne devrait pas empêcher les parties lésées de soumettre un témoignage ; mais plutôt les encourager », énonce le site.

« Si la commission refuse d’étudier sérieusement et de manière transparente les blessures des victimes israéliennes, cela constituera la base d’une accusation de rapport biaisé. »

D’autre part, écrivent les auteurs du site, si les commissaires rapportent sérieusement le témoignage des Israéliens touchés par la guerre de Gaza, ils pourraient rendre un rapport plus nuancé et plus juste. « En tout état de cause, soumettre un témoignage leur évitera de clamer leur ignorance, pour justifier des conclusions biaisées. »

L’identité des auteurs du site n’est pas claire. Les tentatives de les contacter, plus tôt ce mois-ci, ont été infructueuses.

Après l’opération Plomb durci de 2008-2009, le juge Richard Goldstone a rédigé un rapport initié par l’ONU, très critique envers Israël. Il s’est rétracté plus tard de certaines parties, ayant appris des faits qu’il ignorait à l’époque.

Les responsables à Jérusalem, cependant, restent fermes dans leur refus de coopérer avec la mission d’enquête, soulignant que même les témoignages d’Israéliens qui ont souffert pendant l’été ne l’empêcheront pas d’émettre une forte condamnation d’Israël.

Au contraire, soumettre des témoignages créerait l’impression que Schabas et ses co-commissaires sont des experts objectifs qui examinent la question de tous les angles, ce qui n’est manifestement pas le cas, affirment-ils.

« Le Conseil des droits de l’homme, qui a nommé la commission, est très hostile à Israël », a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Emmanuel Nahshon au Times of Israel lundi. « La mission de la commission est biaisée et ne souhaite pas s’attaquer aux causes profondes du terrorisme contre Israël. La commission elle-même est dirigée par une personne qui ne cache pas son antipathie envers Israël », a-t-il dit, se référant à Schabas, critique virulent de la politique israélienne et qui a fait des déclarations de soutien du Hamas.

« Il n’y a aucune raison de coopérer avec cette parodie de justice. La commission n’est rien de plus qu’un procès d’inquisition moderne », a ajouté Nachschon. La tentative d’équilibrer le travail de la commission en s’adressant aux Israéliens est vaine. C’est une tentative désespérée de dissimuler le fait que la commission a pris pour cible Israël d’une manière hypocrite et hostile. »

Pendant ce temps, les trois commissaires – Schabas, le diplomate du Gabon, Baudelaire Ndong Ella, et l’ancienne juge de la Cour suprême de New York Mary McGowan – ont voyagé dans la région, mais n’ont pas pu entrer en Israël et à Gaza. Ils affirment avoir rassemblé des témoignages « très émouvants » d’Israéliens et de Palestiniens.

« En l’absence de réponse d’Israël, la commission d’enquête est toujours activement à la recherche d’une coopération du gouvernement égyptien, qui a indiqué qu’il est prêt à faciliter le voyage des commissaires à Gaza dès que la situation sécuritaire le permettra », affirme un communiqué de presse du 23 décembre 2014.

Le Caire n’a pas encore changé sa position, a précisé un porte-parole de la commission au Times of Israel lundi.

« Dans l’intervalle, la commission d’enquête est en train d’interviewer un large éventail de témoins et de victimes en Israël et dans les territoires palestiniens occupés, utilisant la technologie pour surmonter la distance physique », informe le communiqué de presse.

« Les témoignages entendus jusqu’ici sont très émouvants et les commissaires sont profondément conscients de l’énorme responsabilité que les victimes leur ont fait endosser en leur confiant des récits très intimes et traumatiques. »

La commission – officiellement connue comme la Commission indépendante d’enquête des Nations unies sur le conflit de Gaza 2014 – a refusé de révéler le nombre de personnes interviewées à ce jour, et notamment le nombre d’Israéliens, évoquant des soucis de protection des témoins.

« Notre travail est toujours en cours, ainsi nous ne révélerons pas de détails sur le nombre de témoins, ni sur la proportion d’Israéliens ou de Palestiniens », a déclaré un porte-parole au Times of Israel.

« Disons simplement que nous avons entendu des témoins d’Israël et des territoires palestiniens occupés. »