La conférence internationale de paix de vendredi à paris commencera avec un discours le matin du président français François Hollande, avant que les participants, qui n’incluent pas les Israéliens ou les Palestiniens, n’aillent discuter à l’abri des regards sur les moyens de faire avancer le processus de paix entre les deux parties.

La conférence d’un demi-journée doit s’achever sur un vote universel de confiance pour une solution à deux états, et un appel urgent pour mettre en place un « planning clair » pour la reprise des négociations de paix.

« Je vise deux objectifs pour cette rencontre, a déclaré le ministre des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault dans un entretien avec Le Monde. La confirmation de la perspective d’une conférence avec les parties avant la fin de l’année et la création de plusieurs groupes de travail, dont un sera focalisé sur le thème des incitations économiques, par exemple l’offre d’un partenariat spécial avec l’Union européenne et un accord d’association pour le futur état palestinien ».

Un second groupe, a déclaré Ayrault, se concentrera sur « l’environnement régional et les garanties sécuritaires ».

Les ministres des Affaires étrangères de 28 pays, parmi lesquels les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la Russie, la Chine, l’Allemande et plusieurs autres états arabes, doivent participer à la rencontre, qui ne doit pas durer plus de trois heures et demi. Aucuns officiels israéliens ou palestiniens n’ont été invités à la conférence, que les Français veulent poursuivre avec un sommet plus important vers la fin de l’année avec la présence de deux parties.

« Le temps n’est pas un facteur neutre, étant donné l’érosion constante de la solution à deux états. Une approche ouverte ne prendrait pas en compte la réalité sur le terrain et les risques constants d’escalade », peut-on lire dans un document interne que le ministère des Affaires étrangères a envoyé aux participants.

« Les ministres seront d’accord sur le principe qu’un planning clair devra être établi pour les négociations lorsqu’elles reprendront, et qu’un examen provisoire pourrait être nécessaire afin d’observer le sérieux du processus ».

Ce document, révélé pour la première fois dans Haaretz, appelle la communauté internationale à explorer les questions centrales du conflit et ainsi « aider à proposer de solutions, à offrir de l’assistance et des garanties pour leur mise en place. Cela peut leur fournir un cadre pour les accompagner dans leurs conclusions ».

Les ministres de Affaires étrangères sont encouragés « à être d’accord sur une déclaration commune que la solution à deux états est l’unique option, qui est sérieusement menacée et a besoin d’être préservée ; (b) sur le réaffirmation du soutien concret qu’il seraient prêts à apporter pour faciliter la préservation de la solution à deux états et sa mise en place ; (c) un point de vue commun sur comment revigorifier le processus de paix, et quel devrait être le but d’une conférence ; (d) sur une série de tâches et d’actions devant être menées en préparation de la conférence ; (e) sur une méthode et un planning pour la conférence ».

Selon le ministère français des Affaires étrangères, les ministres des Affaires étrangères invités, ainsi que les représentants d’institutions comme les Nations-Unies, l’Union Européenne et la Ligue Arabe commenceront par examiner « la situation sur le terrain ». Des discussions ultérieures se concentreront sur les « détails de l’organisation d’une conférence internationale devant avoir lieu avant la fin de l’année prochaine, avec les Israéliens et les Palestiniens », a expliqué le ministre.

Une feuille de route officielle sur la conférence distribuée cette semaine par le gouvernement français explique la logique derrière tout cela, souligner l’expansion des implantations israéliennes comme une raison clef de la détérioration de la situation sur le terrain. « La solution à deux états est constamment menacée, particulièrement en ce qui concerne les activités d’implantation », peut-on lire dans le document.

« Les crises qui affectent la région n’ont en rien réduit l’importance du conflit israélo-palestinien. C’est à nous d’agir pour recréer un climat politique qui encourage des négociations bilatérales renouvelées entre les deux parties actuellement dans une impasse », précise la feuille de route

Notre but est de mobiliser la communauté internationale dans son ensemble afin qu’elle puisse activement relancer le processus de paix ».

Paris est « bien consciente des difficultés » de faire avancer le processus de paix au point mort, mais « nous ne pouvons pas nous permettre de ne rien faire », explique le document. « Tous nos partenaires sont d’accord que la solution à deux états devient de plus en plus difficile et que la situation actuelle est dangereuse. Notre but est de mobiliser la communauté internationale dans son ensemble afin qu’elle puisse activement relancer le processus de paix ».

Très spécifiquement, Paris aimerait explorer quelles sont « les contributions concrètes » que ses partenaires internationaux sont prêts à faire dans le domaine de la politique, de la sécurité et de l’économie pour relancer les négociations afin qu’elles puissent avoir une conclusion positive.

A la fin de la conférence, Ayrault doit tenir une conférence de presse. Elle est prévue pour 12h30, seulement trois heures et demi après le début de la conférence.

En outre, les participants doivent publier une déclaration commune qui répétera la position de la communauté internationale que seule la solution à deux états peut résoudre le conflit et invitera les Israéliens et les Palestiniens à reprendre les négociations bilatérales.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, à Jérusalem, le 15 mai 2016. (Crédit : AFP/Menahem Kahana)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, à Jérusalem, le 15 mai 2016. (Crédit : AFP/Menahem Kahana)

La conférence, qui est soutenue par l’Autorité palestinienne mais fortement rejettée par le gouvernement israélien, vise à proposer un « cadre » pour la reprise des négociations de paix entre Israéliens et Palestiniens et discuter des manières dont la communauté internationale peut fournir des incitations afin que les deux parties puissent obtenir un accord.

Le chef du ministère des Affaires étrangères d’Israël, Dore Gold, a déclaré jeudi que l’initiative française était « vouée à l’échec ».

Le document français invite également les participants à « créer des incitations pour montrer les parties et leurs populations qu’ils peuvent tous bénéficier de la paix. Cela peut aider à créer un environnement dans lequel des futures négociations de paix peuvent avoir lieu ».

Israël a été catégorique dans son rejet de la conférence, affirmant que seules des négociations bilatérales peuvent mener à un progres.

« Le chemin vers la paix ne passe pas à travers des conférences internationales qui cherchent à imposer des accords, rendre les demandes des Palestiniens plus extrêmes et ainsi éloigner plus encore la paix, a déclaré le Premier ministre Benjamin Netanyahu mercredi. Le chemin vers la paix passe par des négociations directes sans prérequis entre les parties. C’est ainsi que le paix a été obtenue dans le passé avec l’Egypte et la Jordanie et c’est ce qui doit être fait avec les Palestiniens ».

Si les pays réunis à Paris voulaient vraiment promouvoir la paix, ils devraient exhorter le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas à entamer des négociations bilatérales directes avec Israël, a ajouté Netanyahu. « C’est l’unique chemin vers la paix – il n’y en a pas d’autre. »

L’Autorité Palestinienne et la Ligue arabe ont approuvé l’initiative française, alors que le Hamas l’a rejeté comme étant une « distraction ».

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry lors d'une audience devant la Commission des relations étrangères au sénat le 23 juillet 2015 à Capitol Hill à Washington (Crédit : Alex Wong / Getty Images / AFP)

Le secrétaire d’Etat américain John Kerry lors d’une audience devant la Commission des relations étrangères au sénat le 23 juillet 2015 à Capitol Hill à Washington (Crédit : Alex Wong / Getty Images / AFP)

Le secrétaire d’Etat américain John Kerry « se réjouit à l’avance de participer » à la conférence, a déclaré mercredi le porte-parole du département d’Etat John Kirby.

Le plus haut diplomate des Etats-Unis « ne va pas tourner le dos aux bonnes idées qui pourraient nous rapprocher d’une solution à deux Etats. Et il attend avec impatience de pouvoir discuter de toutes les options et alternatives qui pourraient se présenter vendredi ».

Kerry reste vivement intéressé par le processus de paix au Moyen-Orient et veut « parler à toute personne qui pourrait être en mesure de proposer des alternatives et des solutions viables pour y arriver », a ajouté Kirby. « Mais en fin de compte, il va falloir que toutes les parties présentes prennent les commandes afin de prendre les mesures positives nécessaires pour apaiser les tensions et nous rapprocher d’une solution à deux Etats. Cela doit commencer par-là ».

Bien que le Président Hollande soutienne pleinement la conférence, il n’y restera pas très longtemps. Son discours d’ouverture est prévu pour 09h20. Quarante minutes plus tard, il devrait rencontrer le secrétaire général de l’OTAN Jens Stoltenberg, selon l’emploi du temps public de Hollande.