Avec l’attention d’Israël concentrée sur les tunnels d’attaque du Hamas vers Israël, la contrebande d’armes et de biens depuis la péninsule du Sinaï a continué et a été stimulée par les hostilités dans la bande de Gaza, selon des sources égyptiennes et bédouines.

« Durant la guerre de Gaza, les affaires sont florissantes », a déclaré un guide bédouin, sous couvert d’anonymat, à Reuters.

Les combats et la crise humanitaire grave ont augmenté la demande en armes et en provisions humanitaires que seuls les contrebandiers experts peuvent fournir. Pourtant, si leurs affaires sont encore florissantes, ce n’est pas ce que c’était il y a tout juste deux ans.

La répression sur la contrebande est venue après des accusations par l’Egypte que le Hamas s’était associé aux Frères musulmans pour mener des « attaques terroristes » sur son territoire au cours des dernières années.

En mars de cette année, l’armée égyptienne a déclaré avoir détruit
1 370 tunnels de contrebande sous la frontière avec la bande de Gaza. Couplée à de fréquentes fermetures de la frontière de Rafah et du blocus de sécurité efficace d’Israël, la destruction d’autant de tunnels a laissé l’enclave côtière presque totalement isolée.

« La situation est bien plus contrôlée », a déclaré un officier égyptien de haut rang à Reuters, notant que depuis mi-2012, l’armée a réussi à réduire sérieusement la contrebande d’armes, de fuel, de nourriture et de médicaments. « Ce n’est pas du 100 %, mais nous essayons d’atteindre cet objectif ».

De leur côté, les contrebandiers bédouins reconnaissent que la répression égyptienne les a forcés à voir plus petit.

Les tunnels énormes qui pouvait faire passer des voiture et des camions ont été détruits, mais de nombreux couloirs d’un ou deux mètres de large sont encore disponibles. Un guide bédouin a déclaré à Reuters que les contrebandiers avaient construit plus de 200 tunnels au cours de deux dernières années, pour atteindre un total de tunnels en fonctionnement de 500. En comparaison, avant la répression, il y en avait environ 1 500.

« Chaque jour, environ trois ou quatre personnes traversent avec des armes, et chacun transporte six ou sept armes », a expliqué le guide, sans spécifier quel type d’armes était transporté.

Un coup d’œil à une maison délabrée en Egypte où l’ouverture du tunnel est située, et cachée uniquement par un rideau de douche, offre un aperçu sur le fonctionnement du système.

« Ce tunnel est un partenariat entre nous », déclare le propriétaire égyptien du tunnel, faisant référence à son homologue du côté de Gaza. « La construction coûte environ 230 000 euros. Il a payé la moitié et j’ai payé l’autre. Le profit est partagé entre nous à 50-50 ».

En moyenne, les deux hommes touchent environ 200 dollars par jour, facturant des prix variés pour différentes provisions, selon le propriétaire. A titre d’exemple, une caisse d’un mètre carré de médicament ou de nourriture coûterait 12 dollars, tandis que des armes, des matérieux de construction ou du fuel pourraient coûter jusqu’à 150 dollars.

Lorsque l’Egypte a réprimé la contrebande entre son territoire et Gaza en 2012, elle a affirmé que les forces militantes utilisaient les tunnels pour apporter des armes et des hommes armés aux groupes qui attaquaient fréquemment ses forces militaires, éveillant l’inquiétude de la population du Sinaï. Tandis que sa campagne a pu frapper un coup sur l’entreprise, cette opération tunnel prouve que la menace existe toujours.

Tout comme les marchandises, les personnes peuvent aussi passer, à un prix commençant à 50 euros par personne, avec supplément si la personne porte des armes.

« Si quelqu’un passe avec une ou deux armes, nous facturons 60 ou 70 dollars. Mais si quelqu’un a plus d’armes, c’est une opération spéciale et cela peut coûter jusqu’à 1 000 ou 2 000 dollars en fonction du type d’armes », a déclaré l’Egyptien cité par Reuters.

Il a ajouté n’avoir aucun intérêt à savoir qui ils sont, ni quelles sont leurs intentions, tant que son partenaire palestinien explique que cela lui convient.

« Tant qu’ils me donnent 50 dollars, je les laisse passer », explique-t-il. « Je livre simplement les armes et prends l’argent. Cela ne m’intéresse pas de savoir où ils vont ».