Dans une affaire qui illustre ce que l’on peut peut-être appeler la démocratie théocratique singulière d’Israël, la cour suprême s’est prononcée contre une motion déposée par les avocats de Yonit Erez, dont la conversion a été révoquée par les cours rabbiniques israéliennes.

Les rabbins ont pris cette radicale décision après avoir conclu qu’Erez les avait trompés lorsqu’elle avait promis de mener une vie orthodoxe.

Dans la requête, les avocats avaient demandé au juge Neal Hendel si la cour rabbinique avait l’autorité et la compétence pour annuler la conversion d’Erez deux ans après qu’elle ait été approuvée par la même cour rabbinique.

La requête a été plaidée devant Hendel. Il était accompagné de la vice-présidente de la cour suprême Miriam Naor et de la juge Esther Hayut.

Erez était représentée par les avocats du Centre pour la justice des femmes. L’un des avocats était Susan Weiss, qui comme Hendel a immigré en Israël depuis les Etats-Unis. La cour rabbinique était représentée par le procureur général Roi Sheka et Rabbi Shimon Yaakobi.

Hendel a justifié sa décision en affirmant que « comme les cours civiles ont l’autorité inaliénable de renverser – dans des cas extrêmement rares – un jugement final, c’est aussi le cas pour les cours religieuses spéciales des conversions. Faute de quoi, nous permettrons à des jugements qui comportent des lacunes depuis son commencement d’exister éternellement ».

Selon le site d’information hébreu News1, la cour de conversion a pris la décision de révoquer la conversion d’Erez car elle a complètement changé son mode de vie peu de temps après sa conversion. Elle n’observait plus les commandements religieux (mitzvot) qu’elle avait accepté de suivre.

Se conformer aux commandements est une obligation dans une conversion juive orthodoxe, le seul courant religieux dont les conversions sont reconnues par l’Etat d’Israël.

En observant le mode de vie apparemment laïc d’Erez, le tribunal de conversion en a conclu que sa déclaration initiale où elle avait accepté d’observer un mode de vie religieuse était une tromperie, et que même a priori, elle n’avait aucune intention de le faire.

Dans la décision rendue jeudi, le juge Naor était d’accord avec Hendel, mais a souligné que l’on ne devait absolument pas croire que ce jugement constituait un précédent pour les annulations d’autres conversions ; ce jugement ne concerne que les conversions obtenues par la tromperie. La Juge Hayut partage le même avis.

Un expert a réagi avec choc et stupéfaction à la décision d’origine du tribunal religieux de révoquer la conversion.

Selon Chuck Davidson, un rabbin orthodoxe moderne et activiste au sujet de ce qu’il appelle « la crise de conversion en Israël », il est très clair dans la littérature rabbinique qu’il n’y a presque pas de cas dans lequel une conversion peut être révoquée.

« Depuis le Moyen-âge, les plus grands rabbins ont explicitement écrit que même si un converti, immédiatement après sa conversion, allait idolâtrer une idole, cette personne sera toujours considérée comme étant juive », s’insurge Davidson, qui a publié de nombreux articles sur le sujet.

Davidson, qui ne connaît pas les détails de l’affaire, affirme : « à moins qu’il n’y ait eu paiement ou corruption, si la révocation est fondée sur la non-observation, il n’y a aucun fondement à cette révocation. Si la conversion est casher, faite par un beit dinh casher [cour religieuse] alors, il s’avère impossible de révoquer la conversion ».