Les autorités israéliennes ne fournissent pas de services postaux adéquats aux résidents arabes de Jérusalem-Est, a statué un panel de juges de la Haute Cour mardi, appelant le ministère de la Communication à établir un calendrier pour remédier à la situation.

La décision a été rendue suite à une requête déposée par l’Association pour les droits civils en Israël (ACRI) en juin 2010 au nom des résidents de Jérusalem-Est, exigeant que la municipalité de Jérusalem, la Poste israélienne et le ministère des Communications réparent l’inégalité existante dans les services postiers entre les quartiers arabes et juifs de Jérusalem.

Selon les données fournies par l’ACRI, seulement huit bureaux de poste fonctionnent dans les quartiers arabes de Jérusalem, pour une population de plus de 300 000 habitants. Parallèlement, la population juive de Jérusalem Ouest, de 530 000 âmes, est servie par 44 bureaux de poste.

En raison des noms de rues et adresses institués seulement récemment dans les quartiers arabes, seulement onze postiers livrent le courrier dans les zones concernées.

Le courrier est souvent déposé à la porte des mosquées locales ou des épiceries, ou dans les 8 000 boîtes postales. Environ 45 000 ménages n’ont pas accès au service.

« Cette situation est absurde », a déclaré, mardi, l’avocate Tali Nir d’ACRI au Times of Israel.

« Le dommage causé aux résidents est énorme. Les gens reçoivent des mandats de réquisition et voient leurs biens confisqués en raison de dettes datant de dix ans, dont ils n’ont jamais pris connaissance, et pendant ce temps, les intérêts se sont accumulés. »

Le courrier n’est qu’un aspect du fossé dans les services rendus aux habitants de Jérusalem-Est et Ouest actuellement débattu à la Cour suprême.

Lundi, un panel de trois juges a entendu l’appel de l’ACRI sur la crise de l’eau qui sévit dans les mêmes quartiers. L’accès à l’éducation est un troisième problème, avec une pénurie de quelque mille salles de classe dans les quartiers arabes de Jérusalem.

Dans une démarche inhabituelle, le tribunal a demandé au maire de Jérusalem, Nir Barkat, de comparaître mardi et de présenter les progrès de la mairie sur la question des postes.

Le président de la Poste, Chaim Almoznino, et le directeur général du ministère des Communications, Avi Berger, ont également été interrogés par les juges suprêmes Elyakim Rubinstein, Uzi Fogelman et Hanan Melcer.

« Il existe des écarts importants entre Jérusalem-Est et Jerusalem-Ouest, et c’est un euphémisme », a admis Barkat, qui a présenté des cartes à la cour, décrivant les efforts de la municipalité pour finir de nommer les rues et les ruelles des quartiers arabes de Jérusalem.

Selon l’avocat de la municipalité, Danny Liebman, l’attribution de noms aux rues se terminera d’ici quatre mois, sauf dans les quartiers de Jérusalem situés au-delà de la barrière de sécurité, où la cartographie est plus lente.

« Chaque millimètre [de Jérusalem-Est] recevra des plaques de rue », a promis Barkat aux juges.

Mais la cour, semble-t-il, est moins préoccupée par la municipalité de Jérusalem que par le ministère des Communications, accusé d’avoir échoué dans sa tâche de forcer la Poste à fournir les services adéquats.

« À mon avis, le législateur ne s’acquitte pas de son devoir », a déclaré le Fogelman. Le travail de la Poste est de faire des profits, mais le législateur doit fixer des normes, ce qu’il n’a pas fait. Nous devrons superviser cette affaire. »

Le juge Melcer – qui a proposé d’augmenter le nombre de centres locaux de collecte de courrier comme mesure provisoire avant la fin du processus de cartographie – a adopté un ton plus sévère, accusant la Poste de tromper sciemment le tribunal sur la situation sur le terrain. La Poste avait affirmé que 70 % des lettres arrivaient à destination à Jérusalem-Est.

« Vous êtes imprécis, a accusé Melcer. Nous avons connu des problèmes avec la Poste par le passé, vous les avez niés, et quelques jours plus tard, ils sont devenus de notoriété publique. Vous pouvez poster quelque chose ici [à la cour] et dire que cela a été distribué, mais personne ne le recevra. »

« Pourquoi ne devrait-il pas y avoir de bureau de poste là-bas ? a demandé Melcer aux représentants de la Poste. Vous décidez à l’avance de ce qui ne sera pas rentable. Vous prétendez être plus intelligents que la population. »

Les juges étaient consternés d’apprendre que le quartier arabe de Beit Safafa, qui compte 10 000 habitants, n’a pas de bureau de poste. Les résidents sont orientés vers les quartiers juifs de Gilo, Talpiot et Rasko pour recueillir leur courrier.

Le comité Reich, mis en place par le gouvernement pour normaliser les services postaux en Israël, a présenté ses recommandations au ministre des Communications Gilad Erdan en avril 2014.

Le comité a décidé que les bureaux de poste ne doivent pas être situés à plus d’1,5 km des maisons des habitants, et que le temps en file d’attente ne doit pas dépasser dix minutes.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, actuellement ministre de facto des Communications, doit signer les recommandations pour qu’elles soient appliquées.

Mais les juges ont demandé à connaître la date exacte de mise en oeuvre des nouvelles normes à Jérusalem-Es. L’ACRI, pour sa part, a affirmé que même sous la loi actuelle, la situation est bien en-deçà de la norme.

« Tout existe déjà [dans les lois actuelles] », a affirmé Tali Nir, l’avocate de l’ACRI, qui demande au tribunal d’émettre un ordre obligeant le ministère des Communications et la Poste à agir.

« Au cours des cinq dernières années, nous voyons que les résultats sont trop rares et trop tardifs. »