La lutte contre les détecteurs de métaux n’a pas pris fin grâce aux chefs d’Etat ou aux chefs des groupes terroristes. Ce sont les responsables du Waqf, des employés jordaniens et de l’Autorité palestinienne, et le mufti de Jérusalem qui ont annoncé jeudi matin que le statu quo au mont du Temple avait été restauré et que les musulmans pouvaient revenir et y prier. Ce sont les cheikhs stratégiques. Ce sont eux qui ont commencé la bataille contre les détecteurs de métaux il y a 11 jours, quand ils ont déclaré devant les caméras de télévision qu’ils n’iraient pas vers le mont du Temple pour prier tant que les détecteurs de métaux étaient en place. Et ce sont eux qui ont mis fin au conflit.

Mercredi, le représentant légal du Waqf a rencontré le chef de la police de Jérusalem, Yoram Halevi, et lui a donné la liste des demandes du Waqf : le retrait de rampes, de cinq caméras et de certains échafaudages métalliques destinés à accueillir des caméras plus sophistiquées à l’avenir et la réouverture des cinq entrées fermées du mont du Temple. L’une après l’autre, la police d’Israël a accédé à chacune de ces demandes tout en prétendant qu’elle ne négociait pas avec le Waqf. En réalité, c’était vrai. Il n’y a pas eu de négociations. La police a simplement fait ce que le Waqf lui a demandé de faire.

Comme l’a résumé Abdel Azim Salhab, l’un des responsables du Waqf, lors d’une conférence de presse que lui et ses collègues ont organisée jeudi matin : « Le Waqf est directement responsable et a le dernier mot (en ce qui concerne le mont du Temple). L’occupation [Israël] ne doit pas intervenir ». Et c’est la conclusion, même si elle est troublante : la souveraineté israélienne sur le mont du Temple a des limites claires, et il est plus intelligent de ne pas essayer de les franchir.

Cette crise aurait pu être résolue plus tôt. Au début, Israël a insisté sur le fait que les nouveaux dispositifs de sécurité, y compris les détecteurs de métaux, étaient nécessaires aux entrées du mont du Temple. Ces portiques ont été installés suite à l’attaque du 14 juillet où trois arabes israéliens ont abattu deux policiers israéliens juste à l’extérieur du complexe en utilisant des armes qu’un complice avait introduites sur le site sacré. Assez rapidement, cependant, il est devenu évident que le coût des détecteurs de métaux était plus élevé que le coût de leur retrait et la décision a été prise tard dans la journée de lundi qu’il était préférable de capituler sur ce point.

Des fidèles musulmans protestent contre les détecteurs de métaux mis en place à l'entrée du mont du Temple après un attentat, le 16 juillet 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Des fidèles musulmans protestent contre les détecteurs de métaux mis en place à l’entrée du mont du Temple après un attentat, le 16 juillet 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Mais alors, le côté palestinien est monté au sommet. D’abord, c’était le Waqf, qui a insisté sur le fait que le retrait des détecteurs de métaux n’était pas insuffisant et qui en a voulu plus. Le Waqf ne voulait pas simplement voir Israël concéder, il voulait qu’Israël soit humilié. Et, par conséquent, il a présenté une liste de revendications marginales et peu importantes qui ont prolongé la crise de trois jours.

Un Mahmoud Abbas changé

Le changement le plus spectaculaire de cette saga du côté arabe, cependant, concerne le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas. En fait, le changement de politique d’Abbas de ces derniers jours est l’une des évolutions les plus importantes depuis des années. Avec tout le respect dû au président turc Recep Tayyip Erdogan et au groupe terroriste palestinien du Hamas, qui régit la bande de Gaza, qui ont suivi une ligne prévisible, la position d’Abbas est la plus surprenante et la plus dangereuse.

Depuis qu’il a pris son poste en janvier 2005, la position d’Abbas sur la violence a été claire : il s’y oppose avec véhémence. Il a demandé à son peuple à maintes reprises de ne pas utiliser la violence, de ne pas se lancer dans un soulèvement. Il a même qualifié la coordination sécuritaire entre l’Autorité palestinienne avec Israël de « sainte ». Mais, il n’a pas abordé le problème de l’incitation à la violence contre Israël et il a continué à payer les terroristes dans les prisons israéliennes. Or, son rôle et celui de ses agences de sécurité dans la guerre contre le terrorisme en Cisjordanie ne peuvent être ignorés. Son peuple a déjoué des centaines d’attaques terroristes ces dernières années. Beaucoup d’Israéliens, y compris des soldats et des résidents d’implantations, leur doivent leur vie.

Le président Mahmoud Abbas s'exprime durant une réunion dans la ville de Ramallah en Cisjordanie, le 25 juillet 2017 (Crédit : Abbas Momani/AFP Photo)

Le président Mahmoud Abbas s’exprime durant une réunion dans la ville de Ramallah en Cisjordanie, le 25 juillet 2017 (Crédit : Abbas Momani/AFP Photo)

Mais cette semaine, quelque chose a changé. Sa déclaration annonçant qu’il arrêtait cette « sainte » coordination sécuritaire avec Israël n’était pas une déclaration vide, malgré certaines allégations affirmant le contraire. La coordination sécuritaire s’est arrêtée, à quelques exceptions près.

Abbas a décidé d’aller à la guerre. Il n’a pas utilisé cette phrase, mais il était clair que si le mont du Temple était resté fermé et que le Tanzim, l’aile armée du Fatah, avait organisé des manifestations de masse en Cisjordanie comme prévu pour ce vendredi, avec l’approbation d’Abbas, cela aurait entraîner une effusion de sang et avait le potentiel de créer une spirale de violence.

Abbas, à l’âge de 82 ans, qui avait jusque-là souligné son engagement dans la recherche de la paix à toutes les occasions, a changé sur ce point. Et il l’a fait, d’ailleurs, après qu’Israël a décidé d’enlever les détecteurs de métaux. Pourquoi maintenant après tout ce temps ?

Apparemment, Abbas se sent extrêmement déçu – par Israël, la Jordanie, l’Egypte et tous les autres acteurs, y compris les États-Unis – et se sent désespéré. Le coup le plus dur des Jordaniens provenait du fait qu’ils ont autorisé le retour en Israël du gardien de sécurité Ziv et du reste du personnel de l’ambassade israélienne après l’incident fatal de dimanche et du fait qu’il a trouvé un accord avec Israël sur le retrait des caméras de sécurité et des détecteurs de métal, sans l’informer. L’AP a été exposée dans toute son insignifiance et sa marginalité. Il semblait que le mont du Temple se glisse hors de ses mains et tombe sous la conduite exclusive des Jordaniens.

Le roi Abdallah II de Jordanie lors d'une conférence de presse avec le président américain Donald Trump au Rose Garden à la Maison Blanche, le 5 avril 2017 (Crédit : AFP Photo / Brendan Smialowski)

Le roi Abdallah II de Jordanie lors d’une conférence de presse avec le président américain Donald Trump au Rose Garden à la Maison Blanche, le 5 avril 2017 (Crédit : AFP Photo / Brendan Smialowski)

Pour ajouter à ses malheurs, il a également été confronté à des forces palestiniennes internes qui l’ont subitement menacé, à savoir le Hamas et son ex-chef de sécurité et son rival Muhammad Dahlane.

À Gaza, jeudi soir, une réunion du parlement palestinien avait été organisée, avec des représentants du Hamas et du camp de Dahlan au Fatah, mais il n’y avait pas de membres du Fatah d’Abbas. Dahlane s’est adressé à la session grâce à une connexion vidéo. Dahlane poursuit ses efforts pour parvenir à un accord avec le Hamas, avec le soutien de l’Égypte, des Émirats arabes unis et d’autres pays et sans qu’Abbas n’ait son rôle dans cette histoire.

En raison de toutes ces raisons, Abbas a pris la décision de rentrer dans une confrontation avec Israël afin de sauver sa position politique. Ainsi, le président de l’Autorité palestinienne a déclaré mercredi à son adjoint au Fatah, Mahmoud Al-Aloul et Jabal al-Mheissen, responsable du Tanzim au sein de la commission centrale du Fatah, d’appeler le Tanzim à rentrer en action vendredi. Quiconque connaît l’histoire du Tanzim sait ce que cela implique : des manifestations de masse, de la violence et une forte probabilité d’utilisation d’armes à feu, dans le style de l’Intifada de septembre dans les années 2000.

Et puis arriva l’annonce du Waqf jeudi matin, les décideurs dans cette crise, que les prières reprendraient au mont du Temple, laissant de nouveau Abbas marginalisé. Que pourrait-il exiger maintenant ? Pourquoi son peuple pourrait-il manifester maintenant que toutes les demandes des fidèles ont été satisfaites ? S’il n’y a pas de drames à la dernière minute, l’Autorité palestinienne devra également revenir au statu quo d’avant crise et reprendre sa coordination sécuritaire avec Israël.

Mais même si cela se produit, lorsque la prochaine crise éclatera, on devrait s’attendre à un Abbas plus résistant qui n’hésitera pas à envoyer les masses dans les rues. Il a été prêt à le faire une fois. Il sera sans doute encore plus prêt à le faire à nouveau.

Netanyahu a besoin des experts arabes

En ce qui concerne le côté israélien, les évolutions de ces derniers jours ont souligné les réactions problématiques du Premier ministre Benjamin Netanyahu en cas de stress et de crise. Netanyahu voudra oublier les deux dernières semaines.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le 25 juillet 2017, avec l'agent de sécurité 'Ziv' qui a abattu deux jordaniens alors qu'il était poignardé par l'un d'entre eux au à l'ambassade d'Israël à Amman, en Jordanie le 23 juillet (Crédit : Haim Zach / GPO)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le 25 juillet 2017, avec l’agent de sécurité ‘Ziv’ qui a abattu deux jordaniens alors qu’il était poignardé par l’un d’entre eux au à l’ambassade d’Israël à Amman, en Jordanie le 23 juillet (Crédit : Haim Zach / GPO)

Les choses ont atteint son point le plus bas quand une « source policière », qui a parlé aux journalistes jeudi matin, a remis Netanyahu à sa place. Netanyahu avait laissé filtré mercredi qu’il avait demandé au ministre de la Sécurité intérieure Gilad Erdan de veiller à ce que tous les fidèles soient contrôlés manuellement avant d’entrer dans le mont du Temple. La réponse de la source de la police était que cette instruction n’était pas mise en œuvre. Ou, pour le dire d’une autre manière : oubliez cela, cela n’arrivera pas.

Apparemment, même la police a reconnu que le Premier ministre tentait de déterminer la politique sur le mont du Temple sur la base d’enquêtes – un sondage de la Deuxième chaîne a révélé mardi soir que les Israéliens n’étaient pas satisfaits du retrait des détecteurs de métaux et de la gestion de crise du Premier ministre – plutôt que de prendre en compte les considérations en matière de sécurité.

Netanyahu a zigzagué et a ignoré les mises en garde des chefs du Shin Bet et de l’armée israélienne et même des collègues du cabinet, comme le ministre des Infrastructures, Yoav Galant, un ancien général qui, il y a une semaine, a remis en question la viabilité de l’utilisation des détecteurs de métaux lorsque des dizaines de milliers de personnes viennent pour la prière.

Netanyahu a choisi d’écouter les twittos de droite qui ont exigé qu’il ne sape pas la souveraineté juive au mont du Temple et qu’il maintienne l’amour propre de l’Etat d’Israël. En fin de compte, Netanyahu a reconnu les limites du pouvoir, mais seulement après avoir également causé des dégâts en matière de politique étrangère d’Israël avec sa gestion déplorable de l’incident de l’ambassade israélienne en Jordanie.

L’accueil chaleureux et télévisé qu’il a réservé mardi à l’agent de sécurité Ziv – qui a été attaqué par un jeune jordanien et qui a ouvert le feu en légitime défense et a tué son assaillant et un Jordanien innocent – revenait à cracher sur les Jordaniens. De toute évidence, Netanyahu a organisé son accueil avec l’aide de la personne chargée de ses relations publiques mais en causant des dommages à Israël. Jeudi matin, les médias jordaniens ont signalé que les diplomates de l’ambassade d’Israël ne seraient pas autorisés à retourner à Amman jusqu’à ce que Ziv soit inculpé.

Le bureau du Premier ministre bénéficie évidemment d’un excédent de conseillers et d’experts spécialisés dans les affaires américaines, les affaires du Likud, en économie et en politique israélienne. Mais il y a apparemment une pénurie d’intervenants arabophones qui auraient pu murmurer à l’oreille de Netanyahu, juste avant la photo avec Ziv : « stop ! Cela provoquera de graves dommages à nos relations avec la Jordanie ».

Avigdor Liberman, ministre de la Défense, avant la réunion du cabinet dans les bureaux du Premier ministre à Jérusalem, le 11 juin 2017. (Crédit : Marc Israel Sellem/Flash90)

Avigdor Liberman, ministre de la Défense, avant la réunion du cabinet dans les bureaux du Premier ministre à Jérusalem, le 11 juin 2017. (Crédit : Marc Israel Sellem/Flash90)

Netanyahu n’est pas le seul leader israélien qui s’est montré en dessous des attentes de la population. Le ministre de la Défense, Avigdor Liberman, a simplement disparu pendant la durée de la crise. Habituellement tellement volubile, Liberman est resté silencieux, et les a tous laissés s’enfoncer plus profondément dans ce bourbier. Si Israël avait un ministre de la Défense avec plus d’expérience, de compréhension et d’intérêt en matière militaire et de sécurité, une telle voix aurait été importante et pourrait même avoir aidé Netanyahu à éviter certaines des erreurs, les zigzags et les dommages.

Erdan et la police pourraient également mieux se rendre compte maintenant que les chefs du Shin Bet et les officiers de l’armée, qui ont été décrits comme des alarmistes et des paniqués, savaient réellement de quoi ils parlaient en matière de sécurité.

Malheureusement, on ne peut pas discuter avec la conclusion du leader du parti HaBayit HaYehudi Naftali Bennett et de ses amis à droite : la capacité de dissuasion d’Israël a effectivement été diminuée suite à cette crise. Les Palestiniens – la population et les décideurs – ont senti la faiblesse de la part de l’Etat d’Israël, en particulier son Premier ministre. Malheureusement, néanmoins, la capitulation du gouvernement est devenue une nécessité compte tenu de la menace de l’effusion de sang.

Parfois, il faut savoir quand battre en retraite.