Beaucoup d’Israéliens des classes moyennes auront davantage à l’esprit la crise immobilière et le prix exorbitant des appartements au moment d’aller voter mardi, que les menaces sécuritaires brandies par le Premier ministre sortant Benjamin Netanyahu.

Ce dernier a fait campagne en se présentant comme le seul capable de faire échec à un mauvais accord international sur le nucléaire iranien et de faire pièce à l’extrémisme islamiste. Ses adversaires de centre-gauche ont en revanche fait du logement un de leurs principaux chevaux de bataille.

Sur le front immobilier, Netanyahu est sur la défensive. Depuis sa prise de fonctions en 2009, il a échoué à juguler la flambée des prix qui ont augmenté de 55 % entre 2008 et 2013, selon les chiffres d’un embarrassant rapport officiel publié en pleine campagne. Malgré différents plans, les prix ont encore augmenté de 5 % en 2014.

Un Israélien doit consacrer en moyenne 148 mois de salaire pour acquérir un logement, au lieu de 76 en France, 66 aux Etats-unis et 64 en Grande-Bretagne.

Quelques exemples: le prix moyen d’un quatre-pièces à Tel-Aviv était de 660.000 euros l’an dernier, de 442.000 euros à Jérusalem, 330.000 dollars à Haïfa (nord), alors que le salaire mensuel moyen est de 2.139 euros.

Talon d’Achille de l’économie

Mi-2011, malgré une relative bonne santé économique nationale et un faible chômage, la cherté de la vie et des logements en particulier avaient été l’élément déclencheur du plus vaste mouvement de contestation sociale de l’histoire du pays, faisant descendre des centaines de milliers d’Israéliens dans la rue.

Des centaines d’entre eux avaient dressé des tentes sur le très huppé boulevard Rothschild à Tel-Aviv en signe de protestation.

Depuis, la situation, à commencer par celle des jeunes couples, ne s’est pas améliorée, au contraire. Pour Eitan Ben Eliezer et son épouse Tal, un couple d’une trentaine d’années avec deux jeunes enfants, le logement suscite frustration et amertume.

Locataires d’un appartement à Beit Zeit, un quartier à la sortie de Jérusalem, ils ne peuvent que rêver d’acheter.

Tous deux travaillent pourtant. Eitan cumule plusieurs emplois pour arrondir les fins de mois : entraîneur de basket, professeur de gymnastique… tandis que son épouse est assistante de recherches à l’université.

« Même en mettant de côté l’équivalent de 750 ou 1 000 dollars par mois, cela ne suffirait pas pour constituer un capital de départ nécessaire. Sans l’aide des parents, impossible de penser à acheter un appartement », se désole-t-il.

« Aucune chance, même si j’économisais jusqu’à 70 ans », renchérit-elle.

Disparités criantes

Pour l’expert Eran Feitelson, la hausse des prix s’est déchaînée avec la baisse des taux d’intérêt qui ont atteint leur niveau le plus bas de l’histoire du pays, à 0,1 % actuellement pour le taux directeur de la Banque d’Israël.

« Cette chute a poussé les investisseurs vers le marché de l’immobilier », dopé par ces acheteurs à la trésorerie suffisante et voulant profiter de taux d’emprunt exceptionnellement bas, explique ce professeur de l’université Hébraïque de Jérusalem.

Par effet domino, la hausse des prix à l’achat a entraîné une hausse de 30 % des loyers en cinq ans, aggravant encore les disparités sociales alors qu’Israël accuse déjà les inégalités les plus criantes des pays développés.

Cette hausse a affecté les 470 000 foyers les plus défavorisés, a déploré dans un rapport le bureau du contrôleur de l’Etat, chargé de surveiller l’usage de l’argent public.

Chaque parti en lice aux législatives a élaboré son programme sur le logement. Un des candidats, Moshé Kahlon, chef de Koulanou, a fait du logement son unique thème de campagne.

Il est crédité de 8 à 10 sièges sur 120 selon les sondages, et pourrait se retrouver en position de « faiseur de roi » au moment de désigner le Premier ministre. Il a exigé le portefeuille des Finances, quel que soit le futur chef du gouvernement.

Sylvan Shalom, un ministre du Likud, promet lui qu’un nouveau gouvernement dirigé par Benjamin Netanyahu fera baisser les prix dès « l’an prochain » et ne manque pas de souligner les performances économiques sur d’autres fronts.