La crise humanitaire en Syrie reste « épouvantable », même si un fragile cessez-le-feu a permis de réduire les affrontements : Dans un entretien à l’AFP, le patron de l’ONG International Rescue Committee (ICR), David Miliband, tire la sonnette d’alarme.

« La réduction de l’intensité de la guerre a conduit à une attention médiatique bien moindre sur ce qui reste une crise épouvantable à l’intérieur de la Syrie », souligne l’ancien chef de la diplomatie britannique en marge d’un forum à Istanbul.

« Sept millions de personnes ont été chassées de chez elles et des affrontements de faible intensité continuent de terroriser la population », rappelle-t-il.

Une trêve parrainée par la Russie, qui soutient le régime de Bachar Al-Assad, et la Turquie, qui appuie l’opposition, est en vigueur depuis fin décembre, malgré des violations à répétition.

Plus de 310 000 personnes ont été tuées et plus de la moitié de la population a été déplacée depuis le début du conflit syrien en mars 2011 qui a débuté par des manifestations pacifiques contre M. Assad, avant d’évoluer vers une guerre complexe aux acteurs multiples.

« L’histoire nous enseigne que lorsque le monde oublie les crises humanitaires, elles redeviennent des crises politiques », indique M. Miliband, qui dirige depuis 2013 l’ONG d’aide aux réfugiés ICR, fondée par Albert Einstein.

La Syrie, ainsi que d’autres conflits moins médiatisés, comme ceux qui déchirent le Yémen et le Sud-Soudan, ont mis en lumière les limites du système humanitaire, explique-t-il.

‘Réformer le système’

La nature même des défis humanitaires a évolué, détaille M. Miliband, faisant valoir par exemple que les réfugiés restent désormais plus longtemps dans leur pays d’accueil. Ils sont « bien moins susceptibles d’être dans des camps aujourd’hui », dit-il, ce qui nécessite d’adapter l’aide.

La Turquie, où se trouvait M. Miliband pour un forum sur le tourisme, accueille à elle seule plus de 3 millions de réfugiés, dont 2,7 millions de Syriens. Moins de 10 % d’entre eux vivent dans des camps.

Avec des séjours plus longs dans les pays hôtes, « il faut penser à l’éducation, à l’emploi, pas seulement à la question de la survie », explique le chef de l’ICR. « Le système a besoin d’être réformé ».

M. Miliband, qui a dirigé la diplomatie britannique sous le gouvernement travailliste de Gordon Brown de 2007 à 2010, s’est tenu à l’écart de la politique nationale après avoir échoué à prendre la tête du parti face à son frère cadet, Ed.

Mais alors que le Labour traverse une profonde crise, David Miliband est perçu comme une figure susceptible de jouer un rôle de premier plan dans l’avenir de la formation travailliste.

Interrogé sur ses ambitions politiques, M. Miliband assure qu’il est « occupé à diriger une grande ONG ». « Je sens que je fais un travail qui importe et qui m’intéresse, alors je me concentre sur cela », sourit-il.