À l’âge de presque 67 ans, elle n’a pas si mauvaise mine. Mais si le document fondateur d’Israël, la Déclaration d’indépendance, a entrepris un voyage rare mardi vers les laboratoires de l’Autorité des Antiquités d’Israël (AAI) pour subir une imagerie multispectrale, c’est précisément parce que des défauts commençaient à apparaître.

Le document, rédigé à la hâte et signé le 14 mai 1948, est généralement préservé dans les Archives de l’Etat d’Israël à Jérusalem.

Mais la Bibliothèque numérique des Manuscrits de la mer Morte Leon Levy l’a accueilli, pour le numériser et le photographier en utilisant l’imagerie multispectrale de haute technologie, conçue par l’AAI.

La numérisation de la Déclaration d’indépendance entre dans le cadre d’un projet des Archives d’Etat visant à documenter, superviser et préserver l’un des documents les plus importants de l’histoire du peuple juif.

Pour ce faire, le gouvernement s’est naturellement tourné vers la maison de manuscrits la plus prestigieuse de l’histoire juive, les Manuscrits de la mer Morte.

La Déclaration d’Indépendance d’Israël n’est pas seulement un document historique. Elle est également une clé de voûte dans le système juridique du pays, en lieu et place d’une constitution formelle, aux côtés d’une série de lois dites « fondamentales ».

Elle a été rédigée sur trois pages, deux sur papier et la troisième sur parchemin animal, cousues ensemble et reliées avec un cordon blanc et bleu. Les historiens ne peuvent encore se prononcer sur l’animal utilisé pour la partie inférieure.

Mais le projet final n’a pas été achevé à temps pour la cérémonie du vendredi 14 mai 1948, ainsi, le Premier ministre David Ben Gourion a lu une version dactylographiée du document, et les dignitaires ont signé au bas de ce registre, qui a par la suite été apposé au reste du texte, explique Dr Mordechai Naor, un historien de l’Etat d’Israël.

Les signatures sur la Déclaration d'Indépendance (Crédit : Ilan Ben Zion / Times ofl Israël)

Les signatures sur la Déclaration d’Indépendance (Crédit : Ilan Ben Zion / Times ofl Israël)

Parmi ses nombreuses excentricités, la Déclaration d’indépendance n’a pas été rédigée sur un support uniforme, ce qui complique encore sa préservation. Non seulement elle a été écrite sur deux surfaces, végétales et animales, mais les 37 signataires et le rédacteur, le graphiste de Tel-Aviv Otte Walische, ont utilisé plusieurs stylos de différentes encres.

« Ils ont demandé [aux signataires] de signer avec le même stylo plaqué or », explique Naor, dont le dernier livre « Le vendredi qui a changé le destin », sur le document fondateur d’Israël, vient de paraître. « Mais plusieurs d’entre eux n’ont pas écouté. »

David Remez, le premier ministre des Transports, « a apparemment apporté un crayon à l’huile… qui est beaucoup plus épais, et pour que personne ne se trompe sur son nom, a inséré les voyelles », dit Naor.

D’autres ont signé avec des feutres. La signature de Felix Rosenblueth, le premier ministre de la Justice, commençait à s’effacer, incitant les experts à analyser le processus de vieillissement du document.

Les laboratoires de l’Autorité des antiquités d’Israël, situés dans les labyrinthes du Musée d’Israël, abritent l’un des six ou sept réseaux d’imagerie multispectrale du monde, capables de capturer et d’assembler des photographies prises sous diverses expositions et distances, allant du visible à l’infrarouge.

L’imagerie multispectrale permet aux historiens de voir le document plus ou moins comme il apparaissait il y a 67 ans.

Pnina Shor, chef des Projets des manuscrits de la mer Morte de l’AAI, affirme que la Déclaration d’Indépendance sera photographiée sous sept longueurs d’onde de lumière visible et cinq lumières infrarouges.

« Le système a été mis au point pour les manuscrits de la mer Morte et nous avons compris que, la Déclaration d’Indépendance étant écrite sur parchemin, notre système pourra s’y appliquer », dit-elle.

Les Archives d’Etat ont contacté l’AAI et demandé leur aide pour créer une version numérique du parchemin. En superposant les images infrarouges et visibles, toutefois, « nous obtenons ce à quoi ressemblait la déclaration quand elle a été écrite il y a 67 ans », indique Shor.

« En raison de l’excellente optique que nous avons ici, et grâce au dispositif numérique, nous obtenons de très hautes résolutions qui nous permettent de comparer des points dans le temps avec un niveau de précision très élevé », déclare Yair Medina, chef du laboratoire de photographie. L’équipe photographiera et supervisera le document pendant six à huit mois et suivra les éventuels changements.

« C’est le début d’un long périple de préservation et de surveillance », dit-il.

« Nous affirmons utiliser la technologie la plus avancée pour sauvegarder les manuscrits les plus anciens », poursuit Shor, au sujet du projet de numérisation des Manuscrits la Mer morte (qu’elle dirige).

« Maintenant, nous pouvons dire que nous utilisons la technologie la plus avancée, non seulement pour sauver nos manuscrits anciens les plus précieux, mais aussi pour sauver notre manuscrit le plus précieux, pierre angulaire de la nation. »

Les premières lignes de la Déclaration d'Indépendance (Crédit photo: Ilan Ben Zion / Times of Israël)

Les premières lignes de la Déclaration d’Indépendance (Crédit photo: Ilan Ben Zion / Times of Israël)