Lors d’une séance marathon à la Knesset jeudi, trois ministères, impliqués dans la défense du pays en temps de guerre, ont débattu sur les meilleures méthodes afin de protéger le peuple israélien lors d’un éventuel conflit armé.

Le député qui présidait la session s’est rapidement plaint du chaos actuel tandis qu’un haut responsable de la sécurité nationale a conclu qu’Israël « n’est pas prêt, point final. »

« La situation actuelle est chaotique et les ministères n’arrivent pas à s’accorder pour savoir qui est responsable de la sécurité du peuple en cas d’urgence, » déclare le député Eli Yishai, président du sous-comité préparatoire de la Défense passive.

Ce groupe est un sous-comité de la Commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset.

« Le Premier ministre a jusqu’à présent évité de prendre une décision sur l’attribution de cette responsabilité, » poursuit-il. « Nous sommes loin d’être prêts à gérer une attaque de missile, et il est temps de mettre les choses en place. »

Depuis la guerre du Liban de 1982, les ennemis d’Israël se focalisent sur l’attaque de civils.

Aujourd’hui, ces pays et organisations possèdent près de 170 000 roquettes et missiles, dont la plupart sont stockés dans des zones urbaines et qui sont susceptibles d’atteindre des civils israéliens, a révélé le commandant de la direction des Renseignements militaires de l’armée israélienne, le général de division Aviv Kochavi en janvier.

Le président du commandement de la Défense passive de l’armée, le général de division Eyal Eisenberg, avait indiqué au quotidien Haaretz en 2013 que le Hezbollah avait « dix fois » plus de moyens pour frapper le centre du pays que lors de la Seconde guerre du Liban.

4 200 roquettes étaient tombées sur Israël lors de la campagne de 2006, qui a duré 34 jours. Le général estime qu’Israël devrait faire face à environ « 1 000 roquettes par jour » en cas de guerre.

Selon lui, l’ennemi serait capable de maintenir un tel rythme pendant le conflit.

Début février, le Times of Israel révélait que le Hamas avait renforcé ses capacités à tirer de Gaza sur Jérusalem, Tel Aviv et le centre du pays, depuis l’opération Pilier de Défense de novembre 2012.

Le Hamas a en effet investi dans la production de ses propres roquettes M-75, d’une portée de plus de 75 kilomètres. L’organisation possède désormais un arsenal de dizaines de roquettes, qui ne cesse de croître.

Face à ce phénomène, la Défense passive est sens dessus dessous et empêtrée dans un no man’s land de responsabilités contradictoires.

Le contrôle de la Défense passive, en temps de guerre comme en temps de paix, était autrefois sous l’entière responsabilité de l’armée, qui obéit aux ordres du ministère de la Défense et du gouvernement.

Mais les menaces contre la population civile d’Israël ont augmenté, alors que la hiérarchie n’est plus autant respectée.

L’armée, le ministère de la Défense, la police, le ministère de la Sécurité publique, le ministère de la Défense passive et les municipalités locales se disputent les compétences.

Le Contrôleur de l’État, Joseph Shapira, a émis une liste détaillant les principaux problèmes qui nécessitent une solution par voie législative.

Dans son rapport de juillet 2013, il souligne par exemple, que l’armée, tout comme la police, a légalement le droit de prendre le contrôle des ambulances de Magen David Adom et des équipes d’intervention en cas d’incendie.

Cette autorité leur est conférée par deux lois différentes – reste encore à savoir laquelle des deux l’emporte. En cas d’urgence, écrit-il, les services de secours pourraient donc très bien recevoir des ordres contradictoires.

Le commandement de la Défense passive de l’armée israélienne est soumis au même problème.

Il est sous les ordres du chef d’État-major (quand il s’agit des affaires militaires) et du ministère de la Défense, selon la loi sur la défense des civils de 1951.

Si les deux départements se contredisent, le chef d’État-major pourrait se retrouver à la tête d’une guerre sur les lignes ennemies mais aussi, en raison de la loi, du secteur civil.

Malgré la création du ministère de la Défense passive, la question de la sécurité civile en temps d’urgence, est toujours l’affaire de plusieurs organisations.

« En temps normal et en cas d’urgence, le ministère de la Défense devrait être en charge de la défense passive, point final, » déclare le directeur général du ministère de la Défense, Dan Harel, un général réserviste de l’armée israélienne.

Harel affirme que pour des cas d’urgence mineurs, comme les catastrophes naturelles mineures, le ministère de la Sécurité publique doit se charger de la défense passive.

Mais en cas d’urgence nationale, il est impératif que seule l’armée contrôle le commandement de la Défense passive.

« Il n’y a pas de place pour un ministère de la Défense passive, » estime Harel. « Le chef d’État-major ne peut pas être mis à l’écart de ce qui se passe à la Défense passive. Dès le moment où il est isolé, cela crée une rupture. Ce n’est pas bon du tout pour la Défense passive et l’État d’Israël. Cette situation risque vraiment de mettre la Défense passive en danger. »

Évoquant à la tempête de neige de décembre dernier, Harel affirme que « 95 % » du matériel utilisé pour venir en aide aux civils appartenait au ministère de la Défense et à l’armée.

En outre, l’escadron des avions bombardiers – qui appartient à l’armée de l’air mais est utilisé par les pompiers – ne reçoit actuellement pas d’instructions depuis les postes de contrôle du trafic aérien de l’armée, ce qui aurait pu causer un accident.

Pour Harel, cette situation est anormale.

Le directeur général du ministère de la Défense passive, Dan Ronen, un ancien général de division à la police, réclame  lui un contrôle total de la Défense passive pour son ministère.

Il a indiqué au comité de la Knesset que le Premier ministre l’avait établi « pour que les ordres viennent d’un seul endroit en cas d’urgence. »