La démarche de Trump sur Jérusalem aidera le processus de paix – experts
Rechercher

La démarche de Trump sur Jérusalem aidera le processus de paix – experts

La reconnaissance de la capitale d'Israël apprend aux Palestiniens "qu'il y a un prix à payer pour perpétuer le conflit", écrit l'ancien sous-secrétaire de Bush à la Défense

Le président américain Donald Trump tient un mémorandum signé après avoir prononcé son discours concernant Jérusalem depuis la Maison-Blanche, à Washington, le 6 décembre 2017, sous le regard du vice-président américain Mike Pence (Crédit : Saul Loeb / AFP)
Le président américain Donald Trump tient un mémorandum signé après avoir prononcé son discours concernant Jérusalem depuis la Maison-Blanche, à Washington, le 6 décembre 2017, sous le regard du vice-président américain Mike Pence (Crédit : Saul Loeb / AFP)

NEW YORK (JTA) — Lorsque le président Donald Trump a reconnu Jérusalem en tant que capitale d’Israël, de nombreux spécialistes des affaires étrangères ont dénoncé une bourde.

Cette initiative était susceptible de donner lieu à un éclatement des violences dans la ville, ont-ils alors estimé. Elle aliénerait les Palestiniens qui vénèrent Jérusalem et gèlerait tout espoir d’un processus de paix. Ce serait un dernier coup donné à une solution à deux états, de plus en plus hors d’atteinte.

« Soulever cette question de la manière dont il l’a fait ne fait pas avancer la cause de la paix, ne fait pas avancer la cause de la stabilité dans la région, cela ne rend pas Israël plus sûr, et cela ne rend pas les Etats-Unis plus sûrs », avait dit James Cunningham, ancien ambassadeur en Israël ayant servi sous les présidents George W. Bush et Barack Obama, à l’Atlantic Council.

« Cela fait naître un risque significatif avec très peu d’avantages pour autant que je puisse en juger ».

Mais des voix dissidentes se font entendre chez des spécialistes qui se situent plutôt à droite de l’échiquier politique mais rejoignent le centre.

Douglas Feith, ancien sous-secrétaire à la Défense en charge de la politique. (Crédit : domaine public)

La reconnaissance par Trump de Jérusalem est une correction qui évolue stratégiquement dans le bon sens de la politique étrangère américaine. Elle ne nuit pas aux perspectives de paix, affirment-ils, et il y a une grande chance qu’elle vienne au contraire les soutenir.

« La reconnaissance américaine de la souveraineté israélienne sur Jérusalem peut contribuer à la paix », dit Douglas Feith, sous secrétaire à la Défense du président George W. Bush, dans Foreign Policy.

Elle apprend aux Palestiniens, écrit-il, « qu’il y a un prix à payer pour perpétuer le conflit : La vie continue, les Israéliens créent de nouvelles réalités et le monde en général s’adapte à ces réalités nouvelles ».

La déclaration de Trump a montré que les Etats-Unis ne se laisseraient pas intimider par l’extrémisme, a écrit Amos Yadlin, à la tête de l’Institut israélien d’études de sécurité nationale et affilié au parti de l’Union sioniste de centre gauche, sur Twitter. La résistance aux menaces de violence change les contours des négociations de paix, a-t-il ajouté.

« Trump ne s’est pas laissé intimider par les menaces de Ramallah, d’Amman ou d’Ankara », a écrit Yadlin dans un post sur Twitter, se référant aux capitales palestinienne, jordanienne et turque. « Le refus de céder devant les menaces et le chantage, associé au message que les Palestiniens n’ont pas le pouvoir d’opposer leur veto est un précédent très important pour l’avenir du processus de paix ».

Les groupes juifs, pour leur part, ont largement salué cette initiative, disant qu’elle était une reconnaissance des revendications historiques et religieuses des Juifs sur la ville, une démarche attendue depuis longtemps, ainsi qu’une reconnaissance du statut de Jérusalem au sein de l’Etat juif contemporain comme siège du gouvernement. Mais un grand nombre d’entre eux ont également répété leur soutien à une solution à deux états et vivement recommandé à Trump d’affirmer son adhésion à cette option.

« C’est une initiative significative qui reconnaît la réalité : Jérusalem est la capitale politique du pays et c’est le coeur spirituel du peuple juif depuis des millénaires », a indiqué une déclaration émanant de l’ADL (Anti-Defamation League), qui ne s’est jamais privé de critiquer Trump dans le passé. La déclaration a ajouté que le groupe recommandait dorénavant « l’avancée rapide des négociations israélo-palestiniennes menant à une solution à deux états ».

Un portrait du président américain Donald Trump brûle durant une manifestation dans la capitale de Téhéran pour dénoncer sa reconnaissance de Jérusalem en tant que capitale israélienne, le 11 décembre 2017 (Crédit : ATTA KENARE/AFP)

Une semaine après l’annonce de Trump, les perspectives de paix semblent s’être obscurcies.

Des manifestations ont eu lieu à Jérusalem et dans les Territoires palestiniens même si elles ont été bien moins importantes que prévues.

Le négociateur palestinien Saeb Erekat a appelé sa population à réclamer dorénavant l’égalité des droits en Israël plutôt qu’un état séparé tandis que le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a indiqué que les Etats-Unis n’avaient plus de rôle à tenir dans les négociations de paix.

Mais cela ne gêne pas les analystes qui ont le sentiment que les Etats-Unis doivent se présenter comme un partenaire résolu d’Israël plutôt que comme un médiateur équitable. Un tel positionnement, ont écrit certains, donne la responsabilité aux Palestiniens d’adapter leurs demandes et de montrer leur volonté de souscrire à un accord.

« L’intention est de détromper les Palestiniens sur cette notion que les Etats-Unis est neutre entre eux et notre allié Israël, un état démocratique, tolérant, libre-échangiste et pro-occidental », a noté Shoshanna Bryan, directrice du Centre politique juif, un groupe conservateur, dans le Daily Caller.

« Le soutien des Américains aux aspirations des Palestiniens n’a pas été retiré mais il repose sur le comportement qu’ils adopteront ».

Les fidèles musulmans palestiniens scandent des slogans pendant la prière du vendredi devant le Dôme du Rocher à proximité du complexe de la mosquée Al-Aqsa, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 8 décembre 2017 (Crédit : AFP / Ahmad GHARABLI)

Mais certains analystes avertissent également que répondre à une ancienne demande d’Israël pourrait créer, pour l’Etat juif, une dette envers Trump s’il venait à demander des concessions.

« Parce que Trump est considéré comme très pro-israélien par le public israélien, ce sera plus difficile pour Netanyahu de dire non à des demandes de compromis du président », a écrit Jonathan Rynhold, directeur du centre Argov d’études d’Israël et du peuple juif à l’université de Bar-Ilan.

« C’était très facile pour Bibi de dire non à Obama, dans la mesure où il n’y avait pas de prix à payer au niveau national, mais ce ne sera pas le cas avec Trump ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...