L’avant-poste d’Amona est plein à craquer.

Enormément de gens, énormément de voitures, énormément de tensions trompées par les chants et les danses et cet espoir persistant que l’évacuation prévue de l’avant-poste illégalement construit n’aura jamais lieu.

Beaucoup de haine également envers la Haute-Cour de Justice. Après quinze ans de querelle juridique, la Cour a ordonné au gouvernement de procéder à l’évacuation de l’avant-poste, construit sur des terres appartenant aux Palestiniens au nord-est de Ramallah d’ici le 25 décembre.

Dans la nuit de mercredi, les habitants d’Amona ont refusé un accord soutenu par le gouvernement qui leur aurait permis de recevoir des parcelles de terres sur la même colline avec la possibilité de créer une implantation à long terme là-bas, en échange du départ pacifique de leurs habitations.

En guise de contre proposition, ils ont indiqué qu’ils n’accepteraient cette convention qu’une fois achevée la construction de l’avant-poste de remplacement afin de pouvoir déménager de leurs anciennes maisons aux nouvelles de « porte à porte ».

Le gouvernement leur aurait refusé immédiatement cette possibilité, mais jeudi, un habitant d’Amona et l’un des leaders du mouvement de protestation, Avichai Boaron, ont indiqué avoir été en contact avec des personnalités représentant le gouvernement de manière non-officielle.

Une jeune israélienne à l'entrée de son habitation à l'avant-poste d'Amona en Cisjordanie, le 17 décembre   2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Une jeune israélienne à l’entrée de son habitation à l’avant-poste d’Amona en Cisjordanie, le 17 décembre 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Samedi soir, le ministre de l’Agriculture Uri Ariel du parti pro-implantation Habayit Hayehudi a déclaré : “Même maintenant, nous sommes en train d’oeuvrer afin de régler la crise à Amona de manière satisfaisante”.

Malgré ces allusions sur des négociations en cours, jeudi et samedi encore, des rumeurs se sont répandues selon lesquelles l’armée et la police pourraient commencer l’évacuation dans la matinée en fermant auparavant les routes d’accès et en déclarant le secteur “zone militaire close”.

Les articles publiés jeudi concernant une évacuation imminente ne se sont bien sûr pas confirmés. Et en même temps, depuis, le nombre de personnes présentes à Amona a plus que doublé. Des centaines de personnes se sont rendues au sein du petit avant-poste dans la nuit de samedi pour rejoindre les douzaines de manifestants déjà présents. La majorité d’entre eux est formée de mineurs.

Ces adolescents ont également érigé des défenses autour de l’avant-poste, à l’aide de ferraille, de pneus et d’amoncellements de déchets le long des routes qui mènent à la zone, prêts à y mettre le feu à l’arrivée des forces. Ils ont installé une immense citerne en plastique à l’entrée d’Amona pour faire office de barricade artisanale.

Certaines de ces fortifications pourraient ralentir l’avancée des unités militaires et policières lors de l’ordre d’évacuation. D’autres relèvent beaucoup plus de l’amateurisme.

Des jeunes Israéliens dans une tente dans l'avant-poste d'Amona en Cisjordanie, le 17 décembre 2016 (Crédit :  Miriam Alster/Flash90)

Des jeunes Israéliens dans une tente dans l’avant-poste d’Amona en Cisjordanie, le 17 décembre 2016 (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Au cours des “briefings” avec les manifestants, les leaders du mouvement de protestation ont donné pour instruction aux plus jeunes d’occuper chaque construction de l’avant-poste avec des douzaines de manifestants pour rendre l’évacuation aussi difficile que possible. Il leur a été également demandé de rapporter dans le détail toute agression perpétrée par les forces de l’ordre.

La grande question qui plane dans tous les esprits est claire : L’évacuation tournera-t-elle à la violence ? La destruction, en 2006, de neuf bâtiments au même endroit avait donné lieu à des affrontements sanglants entre manifestants et forces de sécurité avec plus de 200 blessés. Alors que la date butoir s’approche, des politiciens et des rabbins israéliens d’extrême droite, en liaison avec le mouvement pro-implantation, ont demandé à leurs partisans de ne pas lutter contre les soldats et contre la police.

Mais au moins deux groupes radicaux – le mouvement “hilltop youth” et l’organisation anti-métissage raciste Lehava – ont pris un rôle central dans ces protestations.

Avant même que l’évacuation ait seulement commencé, le potentiel de violence peut déjà être appréhendé : Les pneus d’au moins un camion appartenant à la première chaîne ont été lacérés. Interrogé sur la possibilité d’une confrontation physique sur la radio israélienne samedi dans la soirée, un habitant d’Amona a indiqué avoir été offensé par les allégations portant sur les violences présumées.

Mais les chefs de l’avant-poste ont reconnu que le contrôle qu’ils exercent sur les manifestants qui affluent au mieux partiel.

Neria, à gauche, Tova, à droite, et leurs deux enfants devant l'entrée de leur habitation dans l'avant-poste d'Amona, en Cisjordanie, le 16 décembre 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Neria, à gauche, Tova, à droite, et leurs deux enfants devant l’entrée de leur habitation dans l’avant-poste d’Amona, en Cisjordanie, le 16 décembre 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Tous ceux qui sont arrivés ce week-end ne sont pas venus pour manifester. Un grand nombre d’entre eux désirait seulement faire part de son soutien à un moment difficile. Pour eux, cette visite s’est davantage apparentée à une réunion sociale.

A travers le petit avant-poste, des jeunes filles criaient en retrouvant leurs amis, des adolescents se serraient la main et se donnaient des accolades dans le dos.

Les fidèles Hassidiques du sage du 19e siècle Nachman de Breslev sont arrivés au sein de l’avant-poste dans un van, les hauts-parleurs diffusant une musique religieuse pleine d’énergie.

Séparés selon leur sexe conformément aux exigences de la pratique religieuse orthodoxe, les garçons et les filles ont dansé sur de la musique techno qui s’échappait du van coloré.

Alors que la nuit avançait, la musique s’est évanouie. Certains se sont allongés sur les sols des habitations de l’implantation pour y dormir, d’autres dans des structures de contreplaqué et de plastique construites à la hâte, d’autres encore dans leurs voitures. Une équipe a continué à travailler sur l’élaboration de fortifications.

Tandis que certains se sont contentés de partir, avec des promesses de retour non convaincantes.