Au moment d’écrire cet article, le Hamas n’avait pas officiellement confirmé que Mohammed Deif, le chef de sa branche militaire, avait survécu à la tentative d’Israël de l’éliminer à 21h30 mardi soir dans le quartier de Gaza de Sheikh Radwan. La station de radio du Hamas, Al-Aqsa, a tweeté qu’il était vivant, et cela peut se révéler être le cas. Nous verrons bien…

Des rapports de Gaza font état que Tsahal a visé le domicile de la famille Dalo, où se trouvait la famille de Deif. Le bâtiment a été touché par cinq missiles et ses trois étages se sont effondrés. Le Hamas a annoncé mercredi matin que la femme de Deif, et son fils Ali, ont été tués, ainsi que Ahmed al-Dalo.

Le Hamas a présenté un document de l’hôpital Shifa, l’enregistrement de l’heure à laquelle le corps de la femme et du fils de Deif ont été portés. Pourquoi a-t-il fallu si longtemps pour apporter leur corps ? Il est difficile de le dire.

En fait, il y a de nombreuses questions autour du ciblage de Deif, mis à part le mystère central de son sort. L’attaque a-t-elle été menée sur la base du renseignement ?

La probabilité que Deif soit avec sa femme et son fils, lorsque le conflit a de nouveau repris, ne semble pas particulièrement élevée, bien qu’une poignée de terroristes aient payé le tribut d’avoir répété ces mêmes erreurs. Deif a en effet prouvé de manière impressionnante qu’il était capable de survivre, mais il a été gravement blessé dans une attaque israélienne précédente et sa survie n’est pas liée à sa capacité à se cacher.

Une histoire bien connue dans les échelons supérieurs du Shin Bet a trait à la relation particulière entre le chef de l’aile militaire du Hamas en Cisjordanie, l’archi-terroriste Ibrahim Hamed, et sa femme. Même au plus fort des périodes où Israël le recherchait assidûment, Hamed lui envoyait des lettres et des cadeaux en prenant des risques personnels considérables. Elle est même tombée enceinte pendant cette période.

Hamed a finalement été capturé, jugé et condamné en 2012 pour 46 meurtres, et purge plusieurs peines à perpétuité dans une prison israélienne. Cela ne veut pas dire que la même chose s’applique à Deif, mais celui-ci est recherché depuis le début des années 1990. Vraisemblablement, il rend visite à sa femme et ses enfants de temps en temps. Sinon, il n’aurait pas d’enfants…

Un autre problème concerne les considérations d’Israël en attaquant Deif à ce stade. Cela ne veut pas dire que ce n’était pas correct de le viser. C’est le timing qui soulève des questions.

Quelques heures plus tôt, Israël et le Hamas se trouvaient dans des négociations indirectes, via l’Egypte et l’Autorité palestinienne, sur une trêve à long terme. Les tirs de roquettes avaient repris le mardi après-midi avec une salve à Beer Sheva.

La décision israélienne de frapper la maison de cheikh Radwan montre une certaine escalade. Et c’est peut-être une meilleure décision que la poursuite des négociations désespérées. Mais si tel était le cas, alors Israël aurait dû interrompre les pourparlers et préparer une offensive terrestre généralisée, y compris le rappel des réservistes. Celui qui a autorisé la tentative d’élimination de Mohammed Deif savait que cela signifierait la poursuite des combats et une escalade pendant plusieurs jours supplémentaires au moins.

Les perspectives de reprise des négociations en Egypte (avec ou sans la participation américaine) semblent désormais dépendre, ironiquement, sur le sort de Deif.

Si ce symbole du Hamas a été tué, l’organisation terroriste sentirait la nécessité politique d’intensifier le combat avec, de toute évidence, une réponse dure – pour démontrer à l’opinion publique palestinienne qu’il ne renonce pas. Ainsi, la probabilité d’une trêve ou d’un accord dans les prochains jours serait nulle.