BERLIN – Le renvoi de la directrice de l’Institut culturel polonais de Berlin a conduit à un brouhaha diplomatique dans la capitale allemande après que certains ont affirmé qu’elle octroyait une place trop importante aux thèmes ayant trait aux juifs.

Le musée juif de Berlin s’est aussi impliqué dans la défense de Katarzyna Wielga-Skolimowska, qui a été remerciée la semaine dernière par le ministère des Affaires étrangères polonais. Il a été clairement établi qu’elle accordait trop d’importance aux sujets juifs, mais l’ambassade polonaise dément vigoureusement cette accusation.

Les médias allemands indiquent que l’ambassadeur polonais en Allemagne, Andrzej Przylebski a récemment critiqué l’Institut Culturel polonais dans un courrier privé pour avoir, entre autres choses, consacré davantage de temps aux thèmes judéos-polonais qu’au dialogue polonais-ukrainien ou polonais-lithuanien.

L’ambassade polonaise a écrit à deux journaux allemands, le Berliner Zeitung et le tageszeitung, pour exiger une correction publique des faits et un droit de réponse.

« Associer notre décision de rappeler notre collègue Katarzyna Wielga avec l’affirmation que cette décision est due à une « affinité avec les thèmes juifs » est non seulement trompeur et erroné, mais particulièrement irritant », peut-on lire dans le courrier de Jacek Bielaga, attaché de presse de l’ambassade.

Wielga-Skolimowska a l’interdiction de parler aux médias tant qu’elle est employée par le ministère des Affaires étrangères. Mais d’autres se sont levés pour la défendre, et notamment le musée juif, qui a demandé à l’ambassadeur Przylebski de revoir sa décision de renvoyer Wielga-Skolimowska. Pour sa part, le vice-directeur du musée Cilly Kugelmann a qualifié Wielga-Skolimowska « d’excellente représentante » de la Pologne.

Le fond de l’histoire, explique les témoins, c’est un clivage idéologique entre la Pologne elle-même et les nationalistes conservateurs qui la dirigent, et ceux qui ont une vision auto-critique de l’histoire moderne de la Pologne, dont Wielga-Skolimowska fait apparemment partie. Les autorités souhaitaient mettre à sa place quelqu’un qui serait plus enclin à promouvoir le nationalisme polonais.

Le quotidien allemand, à tendance politique de gauche tageszeitung ou Taz, qui a révélé cette histoire, a suggéré que la décision de renvoi était due à des plaintes survenues au début de l’année de la part du très conservateur ministre de la Culture, Piotr Glinski, qui aurait déclaré que cet institut berlinois, et d’autres, promeuvent une « culture de la honte » sur l’Holocauste.

Peu après, au printemps, Varsovie a nommé Małgorzata Bochwic-Ivanovska au poste de vice-directeur du bureau à Berlin, ce qui a généré une rivalité avec Wielga-Skolimowska, dont le contrat devait prendre fin l’été prochain.

L’ambassadeur polonais avait demandé à Bochwic-Ivanovska d’organiser une avant-première en Allemagne du film « Smolensk » au printemps. Selon les médias, aucun cinéma n’a accepté de projeter ce film, qui mélange fiction et réalité en relatant l’histoire du crash aérien de 2010 qui a tué de nombreux membres de l’élite politique nationaliste conservatrice, dont le président Lech Kaczynski.

Le film avance une théorie du complot qui accuse la Russie d’être repsonsable de ce crash, et a été catégoriquement rejeté par les critique allemands, et l’un d’entre eux a même été jusqu’à suggérer qu’il recoive le prix du « pire film ».

Au lieu de cela, Wielga-Skolimowska avait projeté le film « Ida », qui a remporté l’Academy Award. Ce film raconte l’histoire d’une femme polonaise qui s’apprête à devenir nonne, quand elle apprend qu’elle est juive, et que ses parents ont été tués par des voisins polonais.

En octobre, l’ambassadeur polonais a écrit une critique interne au bureau à Berlin, dans laquelle il suggère à l’Institut de « ne pas trop se focaliser ; et spécialement en Allemagne, qui ne devrait pas jouer les médiateurs ; sur l’importance du dialogue judéo-polonais comme principal exemple du dialogue interculturel en Pologne. Ce dialogue est déjà mis en avant… et n’apporte pas grand-chose de nouveau. »

Le Taz a indiqué due 3 des 24 directeurs des Instituts Culturel polonais à travers le monde ont été remerciés cet été, et suggère que cette série de licenciements est politiquement motivée, au moins pour une partie d’entre eux.

La lettre du musée ne mentionne aucune action qui justifierait le renvoi de Wielga-Skolimowska. Aucune raison n’a été officiellement reconnue. La lettre a été également adressée en copie au ministère des Affaires étrangères polonais.

L’attaché de presse de l’ambassade polonaise à Berlin a déclaré au JTA via e-mail que les accusations relayées par les médias allemands « semblent être une erreur monumentale et une appréciation des faits erronée… Nous rejetons fermement l’association du licenciement et l’accent mis sur les sujets judéo-polonais », qui restent « importants dans le cadre de notre activité culturelle. »

Jacek Chodorowicz, l’ambassadeur polonais en Israël, a écrit une lettre datée du 7 décembre au Times of Israel. Il y indique que le ministre des Affaires étrangères polonais a décidé de clarifier les accusations qui remettent en cause sa politique.

« Je voudrais souligner que les informations qui sous-entendent que Mme Katarzyna Wielga-Skolimowska aurait été licenciée de son poste de directrice de l’Institut en raison de son ‘style trop juif’ ne sont en rien conformes à la réalité », a écrit Chodorowicz.

Chodorowicz a déclaré que les Instituts polonais à l’international « définissent leurs objectifs et agissent en accord avec les priorités diplomatiques de la Pologne. L’une d’entre elles est la promotion du dialogue interculturel et la présentation d’une coexistence pacifique du peuple de cultures et religions variées en Pologne. »

Chodorowicz a également écrit que le rôle des juifs dans la culture et l’histoire de la Pologne « a été unique ».

Par conséquent, le développement du dialogue judéo-polonais doit être fondé sur des vérités historiques tout en prenant en considération le patrimoine culturel de la Pologne. C’est, selon Chorodowicz, « l’une des tâches importantes qui incombent aux diplomates polonais qui travaillent dans les ambassades et les Instituts polonais, y compris en Israël. »

Pour coordonner ces efforts, le ministère des Affaires étrangères polonais a créé une nouvelle section de la Diplomatie historique au sein du Département de la Diplomatie publique et culturelle.

C’est pourquoi, assure Chodorwicz, « qu’associer le changement du directeur de l’Institut polonais de Berlin avec une trop grande emphase sur les « thèmes juifs » dans ses programmes ne se confirme pas dans les faits. »