L’été passé, Israël a mené, largement au nom de la dissuasion, une campagne de 50 jours contre le Hamas, cherchant à obtenir, avec la force et le sang versé, une période de tranquillité prolongée.

Pourtant, avec Gaza entre les mains du Hamas, le sud Liban sous le contrôle du Hezbollah, le plateau du Golan syrien et la péninsule de Sinaï sous la juridiction médiévale d’al-Quaeda et de ses groupes affiliés, ainsi que de nombreux groupes terroristes rivaux, le pouvoir de dissuasion, un des piliers de la doctrine sécuritaire d’Israël, est mis à mal.

Il n’est encore pas possible de savoir, à propos des tensions renouvelées le long de la frontière avec Gaza, si la réponse directe de mercredi au tireur embusqué de Gaza, tuant un agent du Hamas dans le sud de la bande de Gaza peu de temps après que des tirs depuis la zone aient sévèrement blessé un soldat israélien du bataillon de reconnaissance bédouine, peut préserver la réussite chérie et fragile de la guerre de l’été passé, la dissuasion.

Il est tout aussi incertain de savoir si la dissuasion, à une époque de guerre asymétrique, mérite toujours d’être considérée avec la victoire décisive et l’avertissement comme faisant partie de la stratégie de défense en trois temps d’Israël.

En vérité, il y a eu des problèmes avec la théorie de la dissuasion dès le départ. Même Dieu a échoué. « Mais du fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, a dit Dieu, vous ne le mangerez pas, ni ne le toucherez, de peur que vous en mourriez. »

Trois versets plus loin, la stratégie de dissuasion de Dieu, soutenue par une menace explicite, s’est effondrée, puisqu’Eve, et ensuite Adam, ont goûté le fruit défendu.

Non seulement les « lignes rouges de Dieu ont été franchies », a écrit le major général Yossi Baidatz, chef du Collège de Commandement et du Personnel de l’armée, dans un récent document de recherche publié dans Eshtonot, un journal de l’armée sur les affaires stratégiques, mais la stratégie entière a été remise en question, ce qui a incité le Tout-Puissant à changer de tactiques vers une « prévention active ».

« Alors il a exclu l’homme, et il a placé à l’est du jardin d’Eden des Chérubins et une épée en flamme qui se tournait des deux côtés, pour protéger l’accès à l’arbre de la vie », conclut le chapitre.

Aujourd’hui, la notion de dissuasion efficace fait l’objet de vives critiques. Mais une façon de renforcer cette notion fragilisée réside dans la clarté.

Le ministre de la Défense Moshe Yaalon excelle en cela. Ancien fermier d’exploitation laitière, Yaalon a toujours son franc-parler. En politique ou en diplomatie, voyez kerry, cela peut faire du tort à une carrière. Pourtant, en tant que ministre en charge de l’armée israélienne, cette cohérence claire, sous la forme de lignes rouges et de réactions prévisibles à des attaques non provoquées depuis Gaza, le Liban, la Syrie et ailleurs, a servi d’ancre au milieu d’une région incertaine et instable.

Un manque de clarté, ont écrit les professeurs Dima Adamsky et Baidatz, ancien chef de recherche dans le renseignement militaire, est certainement ce qui a conduit à la Seconde Guerre du Liban. Parce que s’il était totalement vrai qu’Israël cherchait à éviter un conflit dans le nord lors des dures années de la Seconde Intifada, à l’été 2006, Israël était parfaitement prêt à répondre à la provocation avec une force extrême. « A l’inverse, le concept de dissuasion, à cette époque, pour des raisons politiques également, n’a pas présenté la menace d’une manière claire. »

Les signaux, ont écrit Baidatz et Adamsky, étaient trop faibles, « sapant la réputation de la réponse israélienne ».

Pour l’instant, les avertissements répétés et explicites au régime de Bashar el-Assad se sont révélés efficaces. A la fois Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah et allié d’Assad, et d’autres acteurs internationaux, y compris la Russie, s’attendent, et apparemment acceptent, une réponse israélienne à chaque tentative connue de transporter des armes de technologie de pointe de la Syrie vers les mains du Hezbollah au Liban.

Et pourtant, la dissuasion elle-même, comme outil permettant de longues périodes de calme dans un Moyen-Orient résolument guerrier, une pierre angulaire du concept de survie dans la région pour Yaalon, n’est pas suffisante, à Gaza ou ailleurs, selon Baidatz et Adamsky.

« L’expérience des années récentes fournit plus de crédit à l’assertion que ‘les campagnes dont la logique est la dissuasion’, même si à leur terme une période de calme arrive, ne résolvent pas les problèmes avec l’ennemi, mais semblent plutôt capables d’entraîner une violence continue », ont écrit Baidatz et Adamsky.

« Cette illusion peut entraîner un sentiment de satisfaction chez les dirigeants et les empêcher de construire une stratégie ».