Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a rencontré lundi le ministre des Finances Yair Lapid dans ce qui avait été présenté comme une ultime tentative de sauvetage de sa coalition. Pourtant, une liste des exigences présentées par Netanyahu à Lapid lors de la rencontre, avec une déclaration dure publiée par lui ensuite, semblent indiquer qu’Israël se dirige vers des élections anticipées.

Lapid a déclaré après sa rencontre que Netanyahu entraînait les Israéliens vers les urnes en méprisant leurs besoins, et ne laissant que peu d’espoir que les nouvelles élections pourraient être évitées.

Lors de la rencontre dans son bureau à Jérusalem, Netanyahu a dit à Lapid que « le gouvernement ne peut pas continuer dans une réalité où il [Lapid] et son parti attaquent constamment le gouvernement dans lequel ils sont eux-mêmes membres », a annoncé le Bureau du Premier ministre dans un communiqué.

Netanyahu a présenté à Lapid cinq exigences, lisait-on dans le communiqué, y compris qu’il « arrête de saper et de critiquer fortement le gouvernement dont il fait parti », tout particulièrement en ce qui concerne les plans de construction à Jérusalem et les relations d’Israël avec les Etats-Unis, que Lapid a critiqué publiquement.

La coalition gouvernementale du Premier ministre composée de cinq partis chancelle au bord de l’effrondrement au milieu de divergences amères sur le budget 2015 et le projet de loi très polémique sur l’ « Etat juif », que les opposants considèrent comme discriminant pour la minorité arabe d’Israël.

Le Premier ministre a également exigé que Lapid, en tant que ministre des Finances, transfère 6 milliards de shekels au budget de le Défense, et qu’il donne les fonds demandés par l’armée pour finir le déplacement de la majorité des bases d’entraînement dans la région du sud Negev.

Lapid, a continué Netanyahu, devrait rentrer dans le rang en ce qui concerne la loi polémique sur « l’Etat juif » et soutenir la formulation du projet de loi comme elle est rédigée par le Premier ministre et ses équipes. Lapid a clairement exprimé que son parti ne soutiendrait pas le projet de loi dans sa version actuelle.

Enfin, dans une exigence qui sera très dure à avaler pour Lapid, Netanyahu a dit que le ministère des Finances devrait abandonner son plan de logement abordable qui a été critiqué par des économistes.

« Avec ces 3 milliards de shekels annuels qui seront à disposition [en abandonnant ce plan] », Netanyahu a déclaré, Lapid sera en capacité d’apporter de « réelles solutions pour l’immobilier qui aideront à baisser plutôt qu’à augmenter le prix des logements, comme réduire les taxes sur les produits de première consommation ».

« Les citoyens d’Israël m’ont confié une responsabilité, et dans le gouvernement actuel il est impossible de diriger le pays comme les citoyens d’Israël attendent que nous le fassions », a déclaré Netanyahu dans une déclaration publiée peu de temps après la rencontre. « Si la conduite sans précédent de certains ministres du cabinet persiste, alors il n’y aura pas d’autre choix que de demander la confiance des électeurs une nouvelle fois ».

« Ce n’est pas l’option que je préfère, mais il serait bien pire de prolonger l’existence d’un cabinet dont les ministres sabotent les actions du gouvernement et de la politque contre l’intérêt du public ».

Quelques minutes après que Netanyahu ait publié sa liste d’exigences, Lapid a déclaré que le Premier ministre « entraînait Israël vers des élections inutiles » avec des exigences qu’il était impossible d’accepter.

Netanyahu, a attaqué Lapid, agit « sans considération pour l’intérêt national » en « plaçant les besoins du public israélien à la fin de la liste de ses priorités ».

Les exigences du Premier ministre envers Yesh Atid révèlent ses intentions politiques », a déclaré Lapid.

« Netanyahu préfère un accord avec les partis ultra-orthodoxes pour conduire à de nouvelles élections au détriment des intérêts de tous les Israéliens. Le public israélien comprend maintenant que le chef du gouvernement est un Premier ministre qui ne tient pas ses promesses, un Premier ministre qui préfère sa survie personnelle à leurs intérêts », a continué Lapid.

Le chef de Yesh Atid a déclaré qu’il était engagé « pour continuer à combattre pour les citoyens d’Israël et le droit du public à disposer d’un butget ouvert au social avec des milliards de shekels investis dans l’éducation, la santé, les allocations et la sécurité interne, sans augmentation brusque des taxes et avec un plan de logement global pour les jeunes couples ».

Plus tôt lundi, au milieu de critiques grandissantes de Netanyahu de la part de plusieurs ministres de sa coalition, le Premier ministre a averti qu’à moins que le gouvernement ne travaille ensemble « harmonieusement », il annoncerait des élections pour le début de l’année prochaine, soit deux ans en avance sur le calendrier.

Lors d’une rencontre de la faction du Likud, Netanyahu a fait part aux députés de son parti le manque de soutien de la coalition pour ses politiques en déclarant : « Mes politiques diplomatiques sont constamment attaquées, et même la construction à Jérusalem devient un sujet polémique ».

Il a continué à accuser les membres de la coalition d’essayer de l’évincer, et a déclaré aux députés que même s’il était « réticent » à appeler des élections anticipées, il le ferait si c’était dans le meilleur intérêt d’Israël.

« Je n’ai même pas reçu le strict minimum, la loyauté et la responsabilité des ministres d’un gouvernment dans lequel ils servent », a déclaré Netanyahu.

Lors d’une rencontre du groupe de la Knesset de Yesh Atid lundi, Lapid a averti que des élections anticipées feraient du tort à l’économie et mettraient au point mort des législations cruciales. Il a déclaré qu’il croyait que la coalition pouvait être sauvée et a incité Netanyahu à abandonner les considérations politiques de son calcul.

« Mon unique obligation est envers le public israélien. Nous n’avons pas de « postes », nous n’avons pas « d’emplois » à distribuer et nous n’avons pas de membres d’un comité central pour faire pression sur nous. Nous voulons simplement travailler, avec le gouvernement dans son ensemble, pour les citoyens de l’Etat d’Israël », a déclaré Lapid.

La ministre de la Justice Tzipi Livni, une autre voix critique ouverte contre le projet de loi sur l’ « Etat juif » de Netanyahu, a déclaré aux membres de son parti Hatnua plus tôt lundi que « Netanyahu avait raison : c’est l’un ou l’autre. C’est se tromper que d’aller vers des élections en continuant d’avancer une législation raciste et permettre aux extrémistes, dont certains qui sont dans la coalition, d’avoir leur place ».

Livni devait rencontrer Netanyahu plus tard lundi soir.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.