Beaucoup d’encre a coulé ces dernières années sur la politique étrangère de l’administration du président américain Barack Obama, tout particulièrement concernant le Moyen-Orient.

Pourtant, il parvient toujours à nous surprendre, encore et encore, par son hésitation à gérer les problèmes régionaux. Il y a seulement deux semaines, Obama a expliqué que l’Amérique n’avait pas de stratégie pour contrer l’Etat islamique (EI).

Quiconque a entendu cette déclaration pourrait penser que traiter avec l’organisation meurtrière requiert beaucoup de réflexion. Néanmoins, Obama a fini par présenter son plan stratégique, que presque n’importe qui au Moyen-Orient qui ne soutient pas l’EI aurait pu présenter il y a deux mois : intensification des frappes contre l’EI partout, y compris en Syrie (enfin !), plus de soutien pour ceux qui combattent l’EI au sol (l’armée irakienne, les Kurdes, et les groupes d’opposition syriens qui ont supplié l’administration américaine de les aider, ce que Washington a refusé), couper les sources de financement de l’EI, améliorer les renseignements, fournir une aide humanitaire aux résidents de la région menacés par les actions de l’organisation.

Il est difficile de ne pas s’étonner de la manière dont les opinions de la Maison Blanche sur le Moyen-Orient sont élaborées. L’administration a montré sa faiblesse à de nombreuses reprises dans la région.

Cela a commencé lorsqu’Obama est arrivé au pouvoir et a choisi d’attaquer Israël et les implantations d’une manière qui a conduit l’Autorité palestinienne à présenter un ultimatum : sans gel des implantations en Cisjordanie et à Jérusalem Est, pas de négociations de paix.

Après que la Maison Blanche se soit opposée au président égyptien de l’époque Hosni Mubarak, tout en traitant les Frères musulmans avec respect, Obama a snobé le président élu Abdel-Fattah el-Sissi. Il a aussi ignoré pendant trop longtemps l’utilisation d’armes chimiques du président syrien Bachar Assad contre son propre peuple.

Néanmoins, dans le cas de l’EI, l’administration a battu son propre record de cynisme. Le président a expliqué cette semaine que l’organisation présentait un plus grand danger pour la région que l’Iran. Oui, cette « armée Toyota », avec au grand maximum 30 000 combattants, menace le Moyen-Orient plus qu’une puissance du seuil du nucléaire, comme l’Iran qui installe des cellules terroristes dans chaque coin du globe. L’Iran, avec ses agents au Liban, en Irak, au Yémen, en Arabie Saoudite, à Gaza, au Sinaï, en Afrique du Nord, en Amérique du Sud et centrale, et même en Europe, est moins dangereuse, selon lui.

Des combattant de l'EI près de la frontière entre l'Irak et la Syrie (Crédit : YouTube/Capture d'écran/Vice)

Des combattants de l’EI près de la frontière entre l’Irak et la Syrie (Crédit : YouTube/Capture d’écran/Vice)

Au lieu de cela, Obama s’est trouvé un ennemi à combattre. C’est plus simple que de s’en prendre à quelqu’un de votre taille. Si Obama ne peut pas gérer les plus gros problèmes de la région, au moins, il s’assurera qu’il a réglé leur compte aux gars armés qui circulent en Toyotas.

Israël a ses propres difficultés de leadership

Les détails révélés au sujet de l’enlèvement des trois adolescents
Gil-ad Shaar, Naftali Fraenkel et Eyal Yifrach indiquent qu’il y a une erreur conceptuelle majeure de la part des dirigeants israéliens pour la politique et la sécurité. Le Shin Bet a déjà trouvé que l’homme qui a financé l’enlèvement et le meutre du 12 juin est Mahmoud Kawasme (dont le frère, Husam, était le chef de la cellule), qui a été envoyé à Gaza dans le cadre de l’accord d’échange de prisonniers pour Gilad Shalit. Cette semaine, j’ai révélé dans le Times of Israel que le commandant de Kawasme était Abed a-Rahman Ghanimat, originaire de Zurif, et son assistant Iyad Dudin, les deux ayant été libérés dans l’accord Shalit et reçu les ordres de l’aile militaire du Hamas dans la région de Hébron.

Amos Harel a écrit dans Haaretz que les dirigeants du Hamas à Gaza ont nommé des commandants régionaux qui se trouvent dans la bande et gèrent des cellules des Brigades Izz ad-Din al-Qassam à travers toute la Cisjordanie. Tous les commandants nommés ont été libérés dans l’accord Shalit. La figure la plus importante parmi ces commandants est Saleh al-Arouri, qui a été expulsé par Israël en Turquie en 2010.

Des soldats entamant les recherches dans le village d'Hallul près de la ville d'Hebron en Cisjordanie, le 29 juin 2014. (Crédit : AFP/Hazem Bader)

Des soldats entamant les recherches dans le village de Hallul près de la ville de Hébron en Cisjordanie, le 29 juin 2014. (Crédit : AFP/Hazem Bader)

L’idée selon laquelle un exil des prisonniers les rend moins dangereux est un fiasco. En réalité, c’est l’inverse qui est vrai. Leur liberté d’action et la distance qui les sépare du bras de l’armée israélienne leur accorde plus d’espace pour planifier des attaques. En d’autres termes, les mêmes décideurs qui ont approuvé et préconisé l’accord, y compris, et particulièrement, le Premier ministre Benjamin Netanyahu, devraient porter la responsabilité de l’enlèvement des trois adolescents.

Pourtant, Netanyahu, lui aussi, préfère s’en prendre aux faibles. Même après que l’enquête sur l’enlèvement ait été terminée, avec une dénonciation sans équivoque de la part de l’Autorité palestinienne, sans mentionner la coopération en matière de renseignement et même après que l’Autorité palestinienne ait aidé aux négociations de cessez-le-feu à Gaza, Netanyahu refuse toujours de bouger d’un pouce sur le front politique.

Les ministres Tzipi Livni, Yair Laid et Yaakov Peri pourraient comprendre l’importance d’un règlement de l’impasse politique avec les Palestiniens, mais le Premier ministre refuse de l’entendre. Au lieu de cela, il semble qu’après les combats à Gaza, les positions du gouvernement se soient en réalité durcies en se concentrant totalement sur les questions sécuritaires.

Netanyahu, paralysé par les menaces de Naftali Bennett et d’Avidgor Liberman, continue à se mettre la tête dans le sable et à espérer pour le mieux.

Pas de bonnes nouvelles à l’horizon

Mercredi matin, un jeune homme de 21 ans nommé Issa Salim al-Katri a été tué par un tir de l’armée israélienne dans le camp de réfugiés al-Amari près de Ramallah. Au milieu de la journée, les magasins et les restaurants du camp ont commencé à fermer leurs volets et à verrouiller leurs portes. Des travailleurs au restaurant où je me trouvais m’ont dit poliment que je devais partir ou rester dans le restaurent avec les volets fermés. Lorsque j’ai essayé de comprendre pourquoi, la femme à l’entrée m’a dit : « Si nous laissons les volets ouverts, ‘ils’ viendront casser les fenêtres ».

De fait, il ne semble pas que les alternatives disponibles aux Palestiniens soient particulièrement bonnes. Ils ont trois options au choix : Gaza, c’est-à-dire, le Hamas et les Frères musulmans, la Cisjordanie, dirigée par Abu Mazen, et l’islam radical, du style de l’ISIS. Au lieu de comprendre l’urgence de pousser en faveur du model cisjordanien, celui qui est prêt à négocier pour la paix, Israël ne fait absolument rien.

Cette politique pourrait bien nous exploser au visage dans les années à venir. Le président de l’Autorisé palestinienne Mahmoud Abbas insiste pour prendre des décisions drastiques contre Israël et le Hamas. Il n’a pas l’intention d’aider Israël en déployant ses forces à la frontière entre Gaza et Israël au point de passage de Rafah sans un nouveau processus politique avec Israël. Dans le même temps, il n’aidera pas à réhabiliter Gaza tant que le Hamas y sera au pouvoir. En outre, Abbas a l’intention de se tourner vers les Nations unies et les institutions internationales pour promouvoir son plan.

Le problème est, et l’appareil israélien de sécurité le comprend, que, selon ce plan, s’il n’y a pas d’avancée politique majeure d’ici six mois à un an, la coopération en matière de sécurité avec Israël arrêtera. Les conséquences sur le terrain pourraient être dramatiques. Au lieu d’observer une amélioration de la situation, une escalade des tensions se profile à l’horizon, et cette fois-ci en Cisjordanie.