Après être restés à Saint-Martin et avoir vécu le passage de l’ouragan Irma dans le mikvé de la maison du Habad, l’épouse et les enfants de l’émissaire du mouvement Loubavitch ont été évacués de l’île des Caraïbes pendant Shabbat.

Le rabbin Moishe Chanowits, son épouse Sara et leurs cinq enfants âgés de moins de huit ans étaient restés sur l’île pour pouvoir aider d’autres personnes quand l’ouragan Irma a frappé mercredi. Cependant, alors que les vents s’accéléraient à nouveau pendant Shabbat, la famille a eu du mal à trouver un refuge.

Même si Shabbat avait déjà commencé, la famille a contacté le Habad mondial à New York, et le service de secours ZAKA pour demander de l’aide et être évacuée, alors même que toutes les routes maritimes et aériennes vers l’île étaient fermées. Un avion privé a été loué pour secourir la famille, mais les autorités hollandaises de l’île ne lui ont pas donné la permission d’atterrir, même après l’intervention des responsables du Habad et d’Israël auprès du gouvernement néerlandais.

Un pilote apportant de l’aide humanitaire dans la zone a finalement accepté de secourir la famille, et les a emmenée à Puerto Rico. Le rabbin Chanowits est resté sur l’île pour aider la communauté.

Certains des décombres après le passage de l'ouragan Irma sur l'île de Saint-Martin, dans les Caraïbes, le 6 septembre 2017 (Crédit : Lionel Chamoiseau/AFP/Getty Images via JTA)

Certains des décombres après le passage de l’ouragan Irma sur l’île de Saint-Martin, dans les Caraïbes, le 6 septembre 2017 (Crédit : Lionel Chamoiseau/AFP/Getty Images via JTA)

D’autre part, la communauté juive orthodoxe d’Atlanta se préparait ce week-end à accueillir des centaines de Juifs de Floride fuyant Irma.

« Nous avons commencé à avoir des demandes pour Irma, deux, trois, quatre personnes demandant à pouvoir venir pour Shabbat », a expliqué Adam Starr, rabbin de Youg Israel of Toco Hills, près de Beth Jacob. « Nous avons réalisé que ça allait être un besoin réel, et au lieu de traiter au cas par cas, nous avons ouvert la communauté. »

Le nombre de familles cherchant refuge dans la communauté d’Atlanta était de plus de 250 vendredi, et il continuait à croître. La communauté s’est transformée en terre d’accueil pour les Juifs religieux de Floride cherchant l’hospitalité, une synagogue et un repas de Shabbat, financé par l’Union orthodoxe. Starr estime qu’environ 600 familles orthodoxes vivent dans la région, dont beaucoup étaient prêtes à avoir des invités non prévus vendredi soir.

« Nous sommes la plus grande communauté orthodoxe [voisine] qui ne soit pas directement sur le chemin de l’ouragan. Nous pouvons faire preuve d’une gentillesse extraordinaire en aidant ces personnes », a dit Starr.

Des bénévoles de la communauté juive orthodoxe d'Atlanta organisent l'accueil des évacués de l'ouragan Irma, qui doit frapper la Floride le 10 septembre 2017. (Crédit : Adam Starr via JTA)

Des bénévoles de la communauté juive orthodoxe d’Atlanta organisent l’accueil des évacués de l’ouragan Irma, qui doit frapper la Floride le 10 septembre 2017. (Crédit : Adam Starr via JTA)

Saint-Martin et  Saint-Barthélemy, dévastées par le cyclone Irma, ont vu avec soulagement l’ouragan José passer samedi plus loin que prévu de ces deux îles antillaises, où la population meurtrie ne cache pas son exaspération face à l’action de l’Etat.

Le centre de José, ouragan de niveau 4 sur une échelle de 5, est passé à environ 135 km de Saint-Barthélemy et 125 km de Saint-Martin, qui avaient été placées en vigilance maximale violette, synonyme de confinement total pour les habitants.

Toutes les liaisons aériennes et maritimes avec les deux territoires français ont été interrompues le temps du passage de l’ouragan.

« Du fait d’un passage plus lointain que prévu, les effets en cours sur le territoire sont nettement moins marqués », a fait savoir Météo-France, le service français de prévision météorologique, avec des vents soufflant en moyenne à 35/40 km/h et de 60 à 80 km/h en rafales.

Les deux îles ont été épargnées par José, d’après les journalistes de l’AFP sur place. « Il n’y a même plus un nuage », selon une source confinée dans la partie française de Saint-Martin, qui a été détruite à 95 % par Irma.

Vue aérienne de nuit de la ville de Cap-Haitien au nord d'Haïti, à 240 km de Port-au-Prince, avant l'arrivée de l'ouragan Irma, le 5 septembre 2017 (Crédit : Hector Retamal/AFP)

Vue aérienne de nuit de la ville de Cap-Haitien au nord d’Haïti, à 240 km de Port-au-Prince, avant l’arrivée de l’ouragan Irma, le 5 septembre 2017 (Crédit : Hector Retamal/AFP)

Avant le soulagement de voir José s’éloigner, la tension était palpable à Saint-Martin. « La population est dans un état psychologique médiocre. La moindre rumeur fait qu’ils se pointent tous à un endroit en espérant être évacués », selon un capitaine de la Sécurité civile.

« Je suis en colère après Paris et sa gestion de crise », a déclaré Nicolas, un fonctionnaire installé depuis six ans sur l’île.

Certains se plaignent du manque d’information. « On ne sait pas comment se préparer, ni même ce qui nous attend », a dit Steeve, âgé d’une trentaine d’années. Seules les radios de la partie néerlandaise de Saint-Martin et de l’île d’Anguilla sont reçues à Saint-Martin.

Neuf abris capables d’abriter « 1 600 personnes » ont été ouverts à Saint-Martin, selon la ministre française des Outre-mer, Annick Girardin, qui est restée dans l’île pour la durée de l’ouragan.

Edouard Philippe, nouveau Premier ministre français, à l'hôtel Matignon, à Paris, le 15 mai 2017. (Crédit : Joël Saget/AFP)

Edouard Philippe, nouveau Premier ministre français, à l’hôtel Matignon, à Paris, le 15 mai 2017. (Crédit : Joël Saget/AFP)

L’eau et la nourriture, « acheminées sur place et stockées », doivent « désormais être distribuées à la population dans des conditions d’acheminement difficiles » avec un « quadrillage » du territoire, a déclaré à Paris le Premier ministre Edouard Philippe.

« Il nous reste 12 bouteilles d’eau, pour trois, pour se laver et boire » alors qu’il fait « une chaleur torride », a témoigné au téléphone Olivier Toussaint, un habitant de Saint-Barthélemy.

Sur l’île, entre pillage et rumeurs d’évacuation, les forces de l’ordre n’arrivent pas à sécuriser tous les points.

Le chaos profite aux pilleurs qui ont dévalisé des magasins et des pharmacies. Jusqu’alors, il y a eu 11 interpellations, selon le ministère de l’Intérieur.

Marine Le Pen, présidente du parti d’extrême droite Front national (FN), a dénoncé des moyens « tout à fait insuffisants » et a évoqué des insulaires « obligés d’organiser leur propre défense ».

Le Premier ministre a répliqué samedi soir, après une réunion de crise à l’Elysée, en affirmant la « mobilisation totale de l’Etat » et en critiquant ceux qui « voudraient faire vivre telle ou telle polémique ».

Outre les 410 gendarmes et 80 policiers notamment déjà sur place, trois escadrons de gendarmerie mobile, soit « 240 gendarmes supplémentaires », vont être déployés dans les deux îles, a déclaré Philippe. Le dispositif sera complété rapidement par des moyens militaires, a-t-il dit.

Une interdiction de circulation s’apparentant à un couvre-feu est instaurée à Saint-Martin entre 19h00 et 07h00 jusqu’à mercredi.

Un premier coût des dommages a été évalué samedi à 1,2 milliard d’euros par la Caisse centrale de réassurance (CCR).

L’ouragan Irma a fait au moins dix morts et sept disparus dans les îles françaises, selon le dernier bilan.

Le total des personnes ayant trouvé la mort dans les Caraïbes est de 25, avec six décès dans les îles Vierges britanniques, quatre dans les îles Vierges américaines, deux dans la partie néerlandaise de Saint-Martin, deux à Porto-Rico et un à Barbuda.

Après avoir causé de nombreuses destructions dans le centre et l’est de Cuba, Irma, avec ses rafales de plus de 200 km/h, se rapproche de la Floride, où plus du quart de la population est sous le coup d’un ordre d’évacuation.

Ben Sales a contribué à cet article.