A maintes et maintes reprises, le président Barack Obama et son infatigable secrétaire d’Etat ont promis qu’eux-mêmes et leurs partenaires de négociations les P5 + 1 ne signeraient pas de mauvais accord avec l’Iran sur son programme d’armement nucléaire.

Et ils ont tenu parole.

Ils n’ont pas signé de mauvais accord-cadre à Lausanne, en Suisse, la semaine dernière. Ils ont seulement accepté un accord de principe, non signé, laissant libre cours à de multiples interprétations contradictoires.

Il était immédiatement clair que les négociateurs dirigés par les Etats-Unis avaient égaré leur boussole morale, et avec elle toute vision nette de leur propre intérêt, quand ils ont convenu de mener les négociations comme prévu, même à l’heure où l’arrogant leader iranien Ali Khamenei scandait son mantra « Mort à l’Amérique », et où l’un de ses chefs militaires qualifiait la destruction d’Israël de « non négociable ».

Ce qui est devenu de plus en plus clair est à quel point l’équipe d’Obama et consorts ont été pris pour des imbéciles par les Iraniens dans les négociations elles-mêmes.

L’Iran a été traîné à la table des négociations suite aux conséquences d’un régime de sanctions soigneusement tissées. L’Iran a été autorisé à quitter la table avec une grande partie de son programme d’armes nucléaires intact, et la promesse du retrait de ces sanctions.

Sans surprise, l’Iran n’a pas été prié de reconnaître ses efforts d’armement nucléaire à ce jour.

Sans surprise, il n’a pas été prié de mettre fin à son programme de développement de missiles.

Sans surprise, l’élimination des sanctions n’était pas conditionnée à l’abandon du terrorisme, à la fin du financement et de l’armement du Hezbollah, du Hamas et d’autres groupes extrémistes islamiques, ou à la fin de l’incitation à la haine incessante envers Israël.

Aucune personne ayant suivi la manipulation abjecte de l’administration Obama des négociations préalables à Lausanne ne devait s’attendre à quoi que ce soit dans ces domaines.

Mais l’accord a dépassé dans sa médiocrité même nos attentes pourtant en chute libre. L’usine d’eau lourde d’Arak ne sera pas démantelée. Pourquoi ? Parce que c’était le meilleur accord que nous pouvions obtenir.

L’usine d’enrichissement de Fordo, construite secrètement dans une montagne, ne sera pas fermée. Pourquoi ? Parce que c’était le meilleur accord que nous pouvions obtenir.

Des milliers de centrifugeuses seront autorisées à continuer de tourner. Des milliers d’autres resteront intactes. Pourquoi ? Parce que c’était le meilleur accord que nous pouvions obtenir.

Tout cela en fonction des éléments incontestés de l’accord signé – jusqu’à présent.

Moins d’une semaine après ces scènes écœurantes de démonstrations d’amitié à Lausanne, cependant, de plus en plus d’éléments centraux de l’accord-cadre sont débattus.

Les sanctions économiques ne seront-elles levées que par phases, selon la complaisance iranienne, ou d’un coup, à la signature du contrat ? Cela n’est pas clair. L’Iran fera-t-il l’objet d’inspections « n’importe où, n’importe quand » de tous les sites suspects, nucléaires et militaires ? Cela n’est pas clair.

L’Iran sera-t-il obligé d’expédier hors du pays la quasi-totalité de son stock d’uranium enrichi au niveau inférieur ? Cela n’est pas clair. L’Iran sera-t-il autorisé à poursuivre ses activités de R & D sur les centrifugeuses plus sophistiquées, pour se doter encore plus rapidement de la bombe ? Cela n’est pas clair.

Et non seulement nous pouvons lire les comptes-rendus nettement contradictoires dans les documents officiels américain et iranien – des deux côtés de la table – mais nous avons également des récits contradictoires du même côté de la table, avec une version française ajoutant à la confusion.

Si ce n’était pas si grave, ce serait ridicule de témoigner des tentatives de l’administration Obama de dépeindre la catastrophe qui s’annonce comme un succès digne d’admiration – le meilleur accord ; historique ; une garantie, selon la formulation inepte et désinvolte du conseiller du président, Ben Rhodes, que l’Iran n’aura jamais la bombe.

Dans une déplorable interview pour NPR lundi, le président a honnêtement admis un échec énorme, funeste, de l’accord – le fait que, même si l’Iran respecte l’accord (et quel « si » colossal, improbable), il pourra se doter de la bombe en un rien de temps lorsque les dispositions clés expireront après une décennie. (Le président l’avait à moitié admis dans son interview au New York Times, samedi, disant : « J’ai été très clair sur le fait que l’Iran n’obtiendra pas l’arme nucléaire sous ma garde » [italiques ajoutées par l’auteur].

Mais il ne peut y avoir aucune reconnaissance candide d’un défaut si capital, car ce serait confirmer l’acte d’accusation réitéré sans relâche par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, selon lequel l’accord pave la voie d’un Iran nucléaire.

Et une porte-parole du Département d’Etat a été poussée devant les caméras mardi pour balbutier sa réinterprétation absurde des remarques d’Obama, véritable tentative de révisionnisme qui insulte notre intelligence.

Il y a pire. La dernière affirmation des Iraniens est que l’accord leur donne le droit de commencer à utiliser leurs centrifugeuses plus sophistiquées – les IR-8 – qui peuvent enrichir de l’uranium 20 fois plus rapidement que leurs IR-1 actuelles.

Et donc, Zarif, ce ministre des Affaires étrangères avunculaire et souriant, et son collègue l’expert nucléaire Ali Akbar Salehi ont annoncé aux députés iraniens mardi que l’Iran commencera l’exploitation des IR-8 dès que l’accord entrera en vigueur, – selon les propres agences de presse iraniennes.

Inutile de préciser que tout accord fait figure de parodie.

Sans doute le reste de la parodie est à venir. C’est ce que vous obtenez lorsque vous permettez à un régime meurtrier et brutal de renifler votre hésitation, votre faiblesse, votre négligence de vos propres intérêts essentiels et de ceux de vos alliés.

« C’est de loin notre meilleur pari pour s’assurer que l’Iran ne se dote pas de l’arme nucléaire », a affirmé Obama au New York Times. Vraiment, Monsieur le Président ? On ne dirait pas vu d’ici. D’ici, il semble que vous auriez pu faire beaucoup mieux si seulement vous aviez essayé.

En fait, il semble que nous sommes face au résultat que vous aviez promis d’éviter : un accord qui lève la pression économique sur un régime maléfique, et lui pave la voie vers la bombe. Un mauvais accord. Bien bien pire que pas d’accord du tout.