Plusieurs descendants de Peggy Guggenheim (1898-1979) ont assigné devant la justice française la Fondation Solomon Guggenheim, qui administre à Venise la collection de leur grand-mère, pour violation des volontés de cette dernière.

Ils dénoncent « le cynisme commercial » de la Fondation basée à New York et la « dénaturation » de ce haut lieu artistique conçu par Peggy Guggenheim, a déclaré lundi à l’AFP Laurence Tâcu, ex-épouse de Sandro Rumney, l’un des petits-fils de la collectionneuse.

Le Tribunal de Grande Instance de Paris examinera l’affaire le 21 mai.

Riche héritière excentrique, grande mécène, Peggy Guggenheim, qui a eu plusieurs époux dont Max Ernst, a constitué à partir des années 1930 une collection d’art moderne exceptionnelle qu’elle a installée dans un Palais vénitien, situé le long du Grand Canal.

Quelques années avant sa mort, elle a fait don du Palais et de sa collection, riche de 326 oeuvres, à la Fondation Solomon Guggenheim présidée à l’époque par son cousin Harry Guggenheim.

Mais cette donation s’est faite sous certaines conditions précises, notamment « que la collection reste dans son ensemble au Palazzo Venier dei Leoni ». Sa chambre, avec sa tête de lit de Calder et ses boucles d’oreilles doivent rester à l’identique.

« Or ces conditions ne sont absolument pas respectées », souligne Mme Tâcu, qui parle au nom de Sandro Rumney et Nicolas Hélion, les fils de Pegeen, la fille chérie de Peggy Guggenheim décédée brutalement en 1967. Plusieurs petits-enfants font aussi partie des requérants.

Cette branche de la famille, installée à Paris, avait déjà intenté dans les années 1990 une action en justice en France contre la Fondation américaine pour des raisons similaires. Finalement une transaction, régie par le droit français, avait été conclue en 1996 et la Fondation Solomon Guggenheim avait promis notamment de tenir informés les descendants de Peggy et de remettre en état le « Mémorial » de Pegeen créé par sa mère.

– Remise en état –

 

Mais « la Fondation s’est comportée comme le maître des lieux durant plus de 15 années » alors que des événements tragiques frappaient les familles Hélion et Rumney, selon les requérants: décès de David Hélion, un autre fils de Pegeen, AVC handicapant pour Sandro Rumney, AVC également pour Nicolas Hélion.

La Fondation Solomon Guggenheim a fait la part belle à d’autres collectionneurs récents, en ôtant des cimaises une partie des oeuvres appartenant à Peggy Guggenheim pour les remplacer par un art qu’elle n’avait pas choisi.

« L’été dernier, en nous rendant à Venise, nous avons eu un choc: sur la façade, à côté de l’inscription +Peggy Guggenheim Collection+ il y en avait une autre, « Schulhof Collection », raconte Mme Tâcu.

A l’intérieur, sur 181 oeuvres exposées en juillet, plus de 41% provenaient de la collection d’Hannelore et Rudolf Schulhof, selon Mme Tâcu.

Décédée en 2012, Mme Schulhof a donné à la collection Peggy Guggenheim 83 oeuvres notamment d’art contemporain qui doivent y rester de façon permanente.

Le jardin lui aussi est « dénaturé », selon Mme Tâcu. Il abrite la sépulture de Peggy Guggenheim, à côté des tombes de ses chiens. Ce devait être « un lieu de recueillement, dédié à sa mémoire ». Or d’autres plaques ont surgi, dédié à d’autres riches collectionneurs, notamment les Nasher, dont certaines sculptures ont envahi les lieux.

Ce lieu de sépulture est devenu « un lieu commercial, lucratif »: il est loué toute l’année pour des événements privés, déplore Mme Tâcu.

Les descendants de Peggy Guggenheim demandent la remise en état intégrale du jardin, avec la suppression des plaques des donateurs et des sculptures ajoutées.

Ils demandent également la remise en état intégrale de la collection et la mise sous surveillance de l’administration de cette collection. Ils se réservent le droit de demander la révocation de la donation de janvier 1976.

La collection de Peggy Guggenheim comprend des oeuvres de Picasso, Matisse, Mondrian, Kandinsky, Léger, Braque, Miro, Ernst, Brancusi, Giacometti, Calder mais aussi des expressionnistes américains.