PARIS (JTA) – En marchant dans Paris avec quelque 1,5 millions d’autres personnes, Philippe Schmidt a ressenti qu’il éprouvait un «beau moment d’unité.

Pour Schmidt, un defenseur juif des droits de l’homme et vice-président de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (LICRA), ce qu’on appelle la marche républicaine de dimanche était « un signe de la mobilisation populaire contre l’extrémisme » après les trois attaques de la semaine dernière par des islamistes en région parisienne où ont été tuées 12 personnes dans les bureaux d’un hebdomadaire satirique, une policière dans la rue et quatre juifs dans un supermarché casher.

Le président français François Hollande et des dizaines de dirigeants du monde entier, y compris le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, ont participé au rassemblement à la mémoire de toutes les 17 victimes qui a attiré un nombre record de manifestants.

Pourtant, selon Schmidt, la plupart des gens marchant »étaient là pour Charlie, pas pour les Juifs, » en référence à la tuerie dans les bureaux de Charlie Hebdo, un magazine ciblé pour ses dessins satiriques du prophète Mahomet.

Son opinion est partagée par de nombreux juifs français qui, bien que soutenant la réponse massive aux attaques, doutent qu’il puisse aider à freiner la montée de la violence antisémite.

« J’espère que la réponse annonce un changement dans l’indifférence à l’antisémitisme, mais je suis également conscient qu’aucune réponse analogue n’est venue quand seulement les Juifs avaient été ciblés, » a noté Schmidt faisant référence à l’assassinat de quatre personnes, en 2012 dans une école juive à Toulouse par un autre islamiste, Mohammed Merah. Trois enfants étaient parmi les victimes.

« Il n’y avait pas eu de marche républicaine ni quelque chose de comparable après Toulouse, » a-t-il dit.

Certaines personnalités juives françaises éminentes ont boycotté la marche, car elle a été co-organisée par des organisations d’extrême-gauche à qui ils reprochent de promouvoir la violence antisémite.

« Certaines des personnes qui marchent aujourd’hui sont les mêmes personnes qui marchaient contre Israël l’été dernier », a déclaré Philippe Karsenty, l’adjoint au maire de Neuilly-sur-Seine en banlieue de Paris, en référence à la violence antisémite lors de manifestations contre la guerre d’Israël avec le Hamas à Gaza.

« C’est complètement hypocrite ».

Bon nombre des marcheurs qui portaient des pancartes « Je suis Charlie, » « n’auraient jamais porter une pancarte« ‘Je suis juif’ ou ‘Je suis HyperCacher’ « , a-t-il dit en référence au supermarché qui a été attaqué.

A la veillée de samedi soir, qui s’est déroulée devant le HyperCacher et qui a attiré près de 2 000 personnes, ont été brandis des centaines de drapeaux israéliens et la « Hatikvah », l’hymne national d’Israël a ete chantée spontanément.

« Regardez autour de vous, il n’y a presque que des Juifs ici », a déclaré Serge Bitton, un habitant de Saint-Mandé en banlieue parisienne.

« L’absence de non-Juifs vous dit tout ce que vous devez savoir sur la façon dont la société française ressent les attaques contre notre communauté. »

Le CRIF, le groupe de coordination des communautés juives de France, et l’Union des étudiants juifs français de France (UEJF), ont appelé leurs membres à assister à la marche de dimanche.

Mais les dirigeants du Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA) sont restés à l’écart pour des raisons similaires à celles exprimées par Karsenty.

En revanche, le grand rabbin de France, Haim Korsia, a parlé de la marche et des centaines de petits rassemblements et défilés organisés ailleurs en France comme un tournant possible. Il se plaint depuis longtemps de l’indifférence à l’antisémitisme dans la société française.

« Cette fois, la société française a fait son devoir », a déclaré Korsia dimanche lors de la cérémonie à la mémoire des 17 victimes à la Grand synagogue.

« Souvent, nous avons demandé, ‘Où est la France ? Où sont les Français ?’. Nous nous sentons isolés. Eh bien, aujourd’hui, en ce jour historique pour la France, nous sentons cette fraternité ».

Alors que de nombreux Juifs français doutent de l’inquiétude de leur société face à l’antisémitisme, ils sont moins sceptiques quant à la position du gouvernement.

Quelques heures après la prise en otage et les meurtres à l’HyperCacher, Hollande a parlé d’une attaque antisémite. Lui et le Premier ministre Manuel Valls ont tous deux assisté à la cérémonie commémorative à la Grande synagogue, et Valls a également assisté à la veillée devant le supermarché avec la maire de Paris Anne Hidalgo.

Dans un discours prononcé mardi devant l’Assemblée nationale, Valls, que de nombreux Juifs français considèrent comme une sorte de héros, a réitéré son affirmation selon laquelle, « La France sans ses Juifs ne serait plus la France. »

Pour Schmidt, le discours de Valls et la présence de Hollande à la synagogue « étaient des symboles de soutien très puissants. »

Bitton, le résident juif de Saint-Mandé, a dit qu’il était très reconnaissant au gouvernement pour son soutien. Mais, a-t-il ajouté, « le gouvernement de la France, ce n’est pas la France. »

«Il (le gouvernement) change toutes les quelques années, » a-t-il dit. « Mais l’antisémitisme, lui, reste en place. »