Quinze jours après les attentats de Paris, la France et l’Europe annoncent mercredi une série de mesures contre la menace terroriste, qui vont se traduire pour l’Etat français par une mobilisation accrue pour un coût estimé sur trois ans à 425 millions d’euros.

« En tout ce sont près de 3 000 personnes à surveiller » en France en raison de leurs liens avec des djihadistes ou avec « des filières terroristes en Syrie et en Irak », a affirmé lors d’une conférence de presse le Premier ministre français Manuel Valls, en évoquant aussi « la sphère cyber-djihadiste francophone ».

Dans la foulée des annonces françaises, la Commission européenne devait elle aussi publier des mesures sécuritaires destinées à renforcer la coopération antiterroriste et prévenir l’éventualité de nouvelles attaques.

Le plan de renforcement de la « lutte contre le terrorisme » en France prévoit au total 425 millions d’euros de « crédits d’investissement, d’équipement et de fonctionnement (…) au cours des trois prochaines années », a précisé Manuel Valls. Toujours sur trois ans, le gouvernement français va créer 2 680 emplois supplémentaires, consacrés à la lutte contre le terrorisme.

« 60 aumôniers supplémentaires » vont être recrutés pour les prisons, s’ajoutant aux 182 existants. Certains des auteurs des attentats de Paris s’étaient radicalisés en prison.

Un projet de loi sur le renseignement sera par ailleurs débattu par le Parlement « début mars », a ajouté le Premier ministre. « Au-delà du renforcement sans précédent des moyens, il est indispensable de conforter les capacités d’agir des services de renseignement », a-t-il expliqué.

La justice française avait dans la matinée annoncé que quatre hommes, soupçonnés d’avoir aidé en achetant « du matériel » pour Amédy Coulibaly, meurtrier d’une policière et auteur de la prise d’otages (quatre juifs tués) dans un supermarché casher à Paris, avaient été mis en examen (inculpés) et emprisonnés.

Dans l’après-midi, l’exécutif français devrait aussi annoncer des projets pour l’Éducation, afin de renforcer dans la société française le respect de la laïcité en France et mieux former les jeunes à la diversité et à l’esprit civique.

Depuis les attentats, des incidents ont écorné l’image d’unité du pays dans plusieurs établissements scolaires, notamment de quartiers sensibles, où des élèves ont perturbé les hommages aux victimes des attentats voire affiché un soutien aux djihadistes.

Fichier européen

Bruxelles est de son côté très attendu sur l’épineuse création d’un fichier européen des passagers aériens, prévue par une directive de 2011 mais bloquée au Parlement européen qui réclame au préalable une législation commune sur la protection des données.

Les moyens dont dispose l’UE restent toutefois limités: les questions de renseignement restant largement dépendantes du bon vouloir des Etats membres, dont beaucoup rechignent aux échanges d’informations sensibles au delà de leurs plus proches alliés.

Peu après les attentats qui ont fait 17 morts et une vingtaine de blessés à Paris du 7 au 9 janvier, le président socialiste François Hollande avait demandé à son gouvernement des propositions pour muscler les services de sécurité.

Alors que 122 000 policiers, gendarmes et militaires ont été mobilisés pour protéger les sites sensibles du pays, le chef de l’Etat a mis un frein la semaine dernière à la réduction des effectifs de l’armée, censée perdre plus de 22 000 postes d’ici fin 2017.

Son Premier ministre, Manuel Valls, a annoncé la création d’un fichier spécifique pour les personnes condamnées pour terrorisme ou membres « d’un groupe de combat terroriste », et l’isolement carcéral d’ici fin 2015 des détenus islamistes radicaux.

En délicatesse avec Bruxelles sur ses déficits, la France compte cette fois sur le soutien des Européens, tous en alerte maximale. Depuis les attaques de Paris, des opérations antiterroristes ont été menées en Belgique, en Allemagne ou en Grèce.

Apartheid en France ?

Dans le cadre de l’enquête sur les attentats de Paris (17 morts au total), un Français de 28 ans, Fritz Joly-Joachin, soupçonné de liens avec les frères Kouachi, pourrait être extradé dans la journée de Bulgarie, où il a été arrêté le 1er janvier alors qu’il s’apprêtait à entrer en Turquie.

Selon plusieurs sources au sein de l’exécutif, le gouvernement pourrait se rallier à une proposition de l’opposition de droite, soutenue par la majorité socialiste à l’Assemblée nationale, d’une « peine d’indignité nationale » privant de leurs droits civiques, civils et politiques les condamnés pour des faits de terrorisme.

L’idée est aussi de préserver aussi longtemps que possible le climat d’union nationale qui a dopé, depuis les attentats, la popularité de M. Hollande et de son Premier ministre.

Le terrain est sensible: alors que les attentats ont été commis par des djihadistes français issus de l’immigration, Valls s’est attiré de vives critiques à droite en dénonçant mardi un « apartheid territorial, social, ethnique » rongeant la France, dans une évocation des émeutes qui avaient secoué les banlieues à forte population étrangère du pays en 2005.