Une semaine après les attentats de Paris, la France a continué jeudi d’enterrer ses victimes, auxquelles le chef de la diplomatie américaine est venu rendre un hommage tardif alors que la menace djihadiste a gagné la Belgique.

La police belge a mené en fin de journée une vaste opération contre un groupe d’une dizaine de personnes, « dont certaines revenaient de Syrie », qui s’apprêtait à mener un « attentat d’envergure », selon le parquet fédéral du royaume.

Deux djihadistes ont été tués et un troisième a été arrêté après une fusillade à Verviers, dans l’est du pays, où le niveau d’alerte antiterroriste a été relevé d’un cran.

Selon les autorités belges, « aucun lien n’a été établi à ce stade » entre cette opération et les attentats de Paris, dans lesquels trois djihadistes ont tué 17 personnes la semaine dernière avant d’être abattus par les forces de sécurité.

Au lendemain de la parution de l’édition des « survivants » de Charlie Hebdo, la décision de la rédaction de l’hebdomadaire satirique, décimée le 7 janvier, de caricaturer de nouveau Mahomet en Une continue de provoquer l’indignation dans le monde musulman.

Le pape François, en voyage aux Philippines, s’est immiscé dans le débat sur la liberté d’expression, en estimant que ce « droit fondamental » n’autorise pas à « insulter la foi d’autrui ».

Pendant que l’enquête en France cherche à découvrir d’éventuels complices des trois djihadistes auteurs des attentats à Paris, la justice espagnole aussi a ouvert une enquête préliminaire pour « collaboration avec une organisation terroriste ».

Elle soupçonne Amédy Coulibaly, meurtrier de quatre juifs dans l’attaque d’un supermarché casher de Paris le 9 janvier, d’avoir séjourné en Espagne avec sa compagne Hayat Boumeddiene et une « troisième personne qui pourrait avoir aidé cette dernière à se rendre en Syrie », selon une source judiciaire.

Les auteurs des attaques de Paris, Coulibaly et les frères Chérif et Saïd Kouachi, avaient affirmé avoir agi pour venger le prophète Mahomet.

– ‘Big hug’ des Etats-Unis –

Face au trouble de la communuauté musulmane de France, cible de plusieurs dizaines d’incidents en France depuis une semaine, le président François Hollande a rappelé jeudi que les musulmans dans le monde sont les « premières victimes du fanatisme ».

« Je veux que ceux qui vivent en France puissent se savoir unis, protégés, respectés comme eux-mêmes doivent respecter la République », a-t-il insisté, en ajoutant que « la liberté, la démocratie » constituaient des valeurs « non négociables ».

A Berlin, la chancelière Angela Merkel a promis de combattre « les idéologues du terrorisme international » avec « tous les moyens à la disposition d’un Etat de droit », lors d’un hommage aux victimes de Paris au Bundestag.

Au cours des funérailles d’un des dessinateurs de Charlie Hebdo, Tignous, sa compagne a appelé, très éprouvée, au respect de la laïcité.

Les obsèques de quatre autres victimes, dont l’emblématique caricaturiste Wolinski, ont également été célébrées jeudi. Celles de Charb, le patron du journal et premier tué dans l’attentat, auront lieu vendredi dans l’intimité au nord de Paris.

C’est dans ce contexte qu’est arrivé jeudi soir à Paris le secrétaire d’Etat américain John Kerry, venu « partager un ‘big hug’ (forte étreinte) à Paris et exprimer l’affection (des Etats-Unis) à la France ».

Son déplacement est destiné à renouer l’amitié franco-américaine, après l’absence remarquée de responsables américains de haut niveau à la manifestation monstre de Paris à laquelle ont pris part dimanche les dirigeants d’une cinquantaine de pays.

M. Kerry doit rencontrer vendredi le président Hollande et prononcer un discours à la mairie de Paris.

– ‘On peut tout dessiner’ –

L’édition « des survivants » de Charlie Hebdo a continué de s’arracher. Au total, 5 millions d’exemplaires devraient être mis en vente. Avant le drame, l’hebdomadaire au bord de la faillite tirait à 60.000 exemplaires. A l’étranger, 130.000 numéros devaient arriver jeudi dans une trentaine de pays.

Sous le titre « Tout est pardonné » en Une, un Mahomet, larme à l’oeil, tient une pancarte marquée « Je suis Charlie », slogan de ralliement des défenseurs de la liberté d’expression depuis les attentats.

En France, « on peut tout dessiner, y compris un prophète », a rappelé la ministre de la Justice Christiane Taubira.

Les réactions indignées se multiplient dans le monde islamique où toute représentation de Mahomet est interdite. La Turquie, le Sénégal, l’Iran, le Nigeria et le Maroc notamment ont interdit la diffusion du journal et dénoncé une « insulte » aux deux milliards de musulmans dans le monde.

Le parlement pakistanais a dénoncé un blasphème et le roi de Jordanie a qualifié le journal d' »irresponsable et inconscient ».

En France, plus d’une cinquantaine d’incidents visant des lieux de prières ou de rassemblement ont été recensés en quelques jours selon l’Observatoire contre l’islamophobie du Conseil français du culte musulman.

Parallèlement, plus de 200 incidents étaient signalés dans les établissements scolaires, comme le refus de s’associer à une minute de silence observée le 8 janvier en mémoire des victimes de Charlie Hebdo.

La justice française a aussi engagé 54 procédures judiciaires pour « apologie du terrorisme » et « menaces d’actions terroristes », dont une contre Dieudonné, jugé début février pour apologie du terrorisme.

L’attentat contre Charlie Hebdo a été revendiqué par Al-Qaïda au Yemen dans une vidéo mise en ligne mercredi et authentifiée par Washington. Pour les observateurs, l’organisation tenterait de regagner le terrain idéologique récemment perdu face à l’organisation Etat islamique.